Épilogue — La vérité après le silence

Épilogue — La vérité après le silence
La lumière blanche envahit la pièce.
Victor resta immobile.
Pendant quelques secondes, il n’entendit plus les alarmes.
Plus les machines.
Plus les voix.
Il n’entendit que les battements de son propre cœur.
Puis les souvenirs revinrent.
Pas par fragments.
Tous en même temps.
La salle blanche.
Sa mère.
Anna.
Son père.
Adrian bébé.
Lily et Noah.
Les expériences.
Les années volées.
Et surtout…
le premier jour où Genesis avait commencé.
Victor ouvrit les yeux.
« Je me souviens. »
Anna s’approcha.
« De tout ? »
Victor hocha lentement la tête.
« De tout. »
Il se souvenait maintenant de la vérité.
Sa mère, Elena, n’avait jamais été un simple sujet.
Elle avait découvert que son propre corps possédait naturellement une mutation exceptionnelle.
Genesis avait voulu reproduire cette mutation.
Victor avait été le premier enfant créé à partir de ses données.
Puis Adrian était né.
Puis Lily et Noah.
Chaque génération avait permis à Genesis de progresser.
Mais il y avait une chose que l’organisation n’avait jamais comprise.
La mutation n’était pas destinée à créer une arme.
Elle était destinée à réparer.
À protéger.
À guérir.
C’était Genesis qui avait transformé cette découverte en instrument de pouvoir.
Victor regarda son grand-père.
« Tu savais depuis le début. »
Le vieil homme ne répondit pas.
« Tu savais que la mutation pouvait sauver des millions de personnes. »
Il hocha la tête.
« Oui. »
« Alors pourquoi as-tu laissé Genesis faire tout ça ? »
Le vieil homme regarda Elena à travers la vitre.
« Parce que j’avais peur. »
Victor fronça les sourcils.
« Peur de quoi ? »
« De perdre le contrôle. »
Il baissa les yeux.
« J’ai créé Genesis pour empêcher la maladie de décider qui vivrait et qui mourrait. »
Une pause.
« Mais j’ai fini par devenir exactement ce que je voulais combattre. »
Victor s’approcha de la console.
Il regarda les milliers de fichiers.
Puis il fit quelque chose que personne n’attendait.
Il appuya sur SUPPRIMER.
Clara cria :
« Victor ! »
Il ne s’arrêta pas.
« Ce n’est pas assez. »
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je détruis Genesis. »
Anna le regarda.
« Mais toutes les recherches… »
Victor répondit :
« Les recherches doivent survivre. »
Il se tourna vers elle.
« Pas l’organisation. »
Il sélectionna toutes les données médicales vérifiées.
Les traitements.
Les recherches sur les maladies.
Les découvertes légitimes.
Puis il les transféra vers un réseau public international.
Sans propriétaire.
Sans brevet.
Sans nom.
Sans famille privilégiée.
Puis il effaça le reste.
Les dossiers secrets.
Les expériences.
Les identités des enfants.
Les programmes clandestins.
Tout disparut.
Clara resta silencieuse.
« Tu viens de détruire l’empire de notre famille. »
Victor la regarda.
« Non. »
Il sourit légèrement.
« Je viens de détruire ce qui n’aurait jamais dû être notre empire. »
Clara baissa la tête.
Pour la première fois de sa vie…
elle semblait libre.
Edward s’approcha de Victor.
« Tu me détestes ? »
Victor resta silencieux.
Puis répondit :
« J’ai passé trop d’années à te chercher dans mes souvenirs. »
Edward baissa les yeux.
« Et maintenant ? »
« Maintenant, je ne veux plus rien de toi. »
Edward hocha lentement la tête.
Il comprit.
Son fils ne cherchait plus de vengeance.
Et c’était pire qu’une condamnation.
Victor avait simplement cessé de le considérer comme son père.
Les portes du laboratoire s’ouvrirent.
Les enfants sortirent.
Les autorités étaient arrivées.
Les médias du monde entier avaient reçu les fichiers.
Genesis n’était plus un secret.
Les arrestations commencèrent.
Des scientifiques furent arrêtés.
Des dirigeants furent interrogés.
Des comptes furent gelés.
Des sociétés furent fermées.
Et pour la première fois…
les familles des enfants disparus reçurent des réponses.
Certaines familles retrouvèrent leurs enfants.
D’autres découvrirent une vérité douloureuse.
Mais personne ne pourrait plus prétendre que Genesis n’avait jamais existé.
Six mois plus tard
Une petite clinique ouvrit ses portes.
Pas de marbre.
Pas de gardes.
Pas de machines secrètes.
Seulement des médecins.
Des infirmières.
Des enfants.
Sur le mur d’entrée, une seule phrase était écrite :
« La science appartient à ceux qu’elle doit protéger. »
Victor se tenait devant la fenêtre.
Anna arriva derrière lui.
« Tu penses encore à Genesis ? »
Victor sourit.
« Tous les jours. »
« Tu regrettes ? »
« Certaines choses. »
Il regarda les enfants jouer dans le jardin.
« Mais pas eux. »
Lily courait dans l’herbe.
Noah la poursuivait.
Adrian, assis sur un banc, riait en les regardant.
Victor les observa.
Trois enfants.
Trois histoires.
Trois vies qu’on avait voulu contrôler.
Mais qu’ils avaient finalement récupérées.
Anna prit la main de Victor.
« Tu sais ce que je regrette le plus ? »
« Quoi ? »
« Avoir perdu douze ans. »
Victor serra doucement sa main.
« Nous ne pouvons pas récupérer ces années. »
« Je sais. »
« Mais nous pouvons décider de ce que nous faisons des prochaines. »
Anna sourit.
« Alors reste. »
Victor la regarda.
« Je ne partirai plus jamais. »
Le soir venu…
Victor rentra dans la maison.
Pour la première fois depuis des années, elle était pleine de bruit.
Des rires.
Des pas.
Des voix.
Une famille.
Pas parfaite.
Mais réelle.
Lily entra dans la cuisine.
« Papa ! »
« Oui ? »
« Noah a encore pris mon dessert ! »
Noah cria depuis le salon :
« C’est faux ! »
Adrian éclata de rire.
Victor secoua la tête.
« Je crois que Genesis n’était finalement pas le plus grand problème de ma vie. »
Anna rit.
Puis elle l’embrassa.
Cette nuit-là, Victor resta quelques minutes seul dans son bureau.
Sur son bureau se trouvait une vieille photographie.
Lui.
Anna.
Adrian bébé.
Une autre photo de Lily et Noah.
Et une dernière photographie.
Le bébé du Sujet 000.
Victor regarda cette dernière image.
Pendant quelques secondes, son sourire disparut.
Il retourna la photographie.
Derrière, une phrase était écrite à la main.
Il ne l’avait jamais remarquée auparavant.
« Le premier cycle est terminé. »
Victor se figea.
Puis il lut la ligne suivante.
« Le deuxième commence avec toi. »
Son téléphone vibra.
Un numéro inconnu.
Un seul message :
« Nous ne sommes pas Genesis. »
Puis :
« Nous sommes ceux qui ont créé Genesis. »
Victor resta immobile.
Il regarda la porte du bureau.
Dans le couloir, il entendait Anna et les enfants rire.
Il éteignit son téléphone.
Puis sourit légèrement.
Parce qu’il avait enfin compris une chose.
Toute sa vie, il avait fui les monstres.
Maintenant…
il n’avait plus peur de les affronter.
Victor ouvrit le tiroir.
À l’intérieur se trouvait une petite clé noire.
La même clé qu’il avait trouvée douze ans plus tôt.
Il la prit.
Puis murmura :
« Cette fois, vous avez choisi la mauvaise famille. »
Il se leva.
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Et referma la porte.
FIN.