Le Piège de Cristal et de Sang
CHAPITRE 1 : L'ILLUSION PARFAITE
Le soleil de la Méditerranée brûlait doucement le pont en teck du superyacht.
C'était une journée d'une perfection absolue, presque irréelle.
L'eau cristalline de la côte d'Azur s'étendait à perte de vue, tel un miroir de saphir liquide.
Le Souverain, un yacht de luxe de quatre-vingts mètres, glissait silencieusement sur les vagues.
À son bord, tout n'était que calme, volupté et opulence indécente.
Victoria se tenait près de la rambarde en verre, le visage caressé par la brise marine.
Elle portait une longue robe en soie rouge vif, fendue haut sur la cuisse.
Le tissu luxueux épousait chacune de ses courbes avec une précision dangereuse.
Elle ressemblait à une déesse, à une sirène fatale sortie des abysses pour envoûter les mortels.
Mais sous cette beauté divine se cachait un cœur de glace, noirci par une ambition dévorante.
Victoria n'était pas née avec une cuillère en argent dans la bouche.
Elle avait grandi dans la misère, dans les bas-fonds d'une ville industrielle grise et sans avenir.
Elle avait utilisé son corps, son intelligence et sa ruse pour gravir les échelons de la haute société.
Jusqu'à atteindre le sommet ultime : le Duc Alexandre de Montclair.
Un aristocrate et magnat de la finance, âgé de soixante ans.
Un homme d'une prestance rare, respecté et redouté dans tous les cercles de pouvoir européens.
Victoria l'avait épousé un an plus tôt, lors d'une cérémonie qui avait fait la une de la presse mondiale.
Elle avait joué le rôle de l'épouse aimante, soumise et dévouée avec une perfection digne d'un Oscar.
Mais Victoria ne voulait pas être une simple épouse.
Elle voulait la couronne, le trône, et surtout, l'immense fortune du Duc.
Et pour cela, Alexandre de Montclair devait mourir aujourd'hui.
CHAPITRE 2 : LES TROIS GOUTTES DE L'ENFER
Le plan de Victoria était un chef-d'œuvre de machiavélisme.
Elle avait passé des mois à se procurer une toxine rare, extraite d'une plante d'Amérique du Sud.
Un poison totalement incolore, inodore et indétectable lors d'une autopsie standard.
Il provoquait un arrêt cardiaque foudroyant, imitant à la perfection un infarctus naturel.
C'était la mort idéale pour un homme de soixante ans soumis au stress des hautes finances.
Quelques minutes plus tôt, alors qu'Alexandre s'entretenait avec le capitaine, elle avait agi.
Elle s'était approchée de la petite table ronde où reposait la bouteille de vin rouge millésimé.
Un Château Margaux d'une valeur inestimable, débouché pour l'occasion.
D'un geste rapide, précis et invisible, elle avait versé trois gouttes du liquide mortel dans le grand verre en cristal d'Alexandre.
Maintenant, tout était prêt.
Alexandre s'est approché d'elle, marchant avec l'élégance naturelle des hommes de pouvoir.
Il portait un costume trois pièces en lin de couleur crème, parfaitement taillé pour sa carrure imposante.
Ses cheveux argentés étaient coiffés en arrière, et des lunettes de soleil de créateur masquaient son regard.
« Une journée magnifique, n'est-ce pas, mon amour ? » a-t-il dit d'une voix grave et veloutée.
« Absolument divine, Alexandre, » a répondu Victoria avec un sourire d'ange.
Il a pris le verre de vin rouge empoisonné posé sur la table.
Il a fait tournoyer le liquide rubis dans le cristal, libérant les arômes du vin.
Victoria a retenu son souffle.
Son cœur battait à une vitesse folle dans sa poitrine corsetée.
Il a levé le verre vers la lumière du soleil, admirant sa couleur profonde.
Il l'a approché de ses lèvres.
Encore un centimètre.
Un seul petit centimètre, et elle devenait la veuve la plus riche du continent.
Elle imaginait déjà les titres des journaux, l'héritage, le pouvoir absolu.
Mais le destin, ce jour-là, avait décidé de changer les règles du jeu.

Le bruit fut si soudain et si violent qu'il fit sursauter tout l'équipage présent sur le pont.
Un fracas de verre brisé et de métal tordu.
La grande porte coulissante qui séparait le pont arrière du salon privé venait d'être ouverte avec une brutalité inouïe.
Elle a claqué contre sa butée, manquant de sortir de ses gonds.
Un homme a trébuché sur le pont en teck, luttant pour ne pas s'effondrer.
C'était Lucas.
Le plus jeune et le plus dévoué des gardes du corps personnels du Duc.
L'apparence du jeune homme était terrifiante, presque irréelle dans ce décor de luxe.
Sa chemise blanche était déchirée, en lambeaux, maculée de grandes taches de sang frais.
Une coupure profonde barrait sa pommette gauche, et son œil droit était déjà gonflé et violacé.
Il respirait avec une difficulté atroce, tenant ses côtes d'une main tremblante.
Victoria a senti son sang se glacer instantanément dans ses veines.
Ce n'était pas possible.
Lucas était censé être mort.
Elle avait payé deux hommes de main, infiltrés dans l'équipage, pour l'éliminer discrètement dans la salle des machines.
Lucas avait été trop curieux, il avait posé trop de questions sur ses déplacements récents.
Il devait disparaître pour que le plan fonctionne.
Mais il était là. Debout, brisé, mais vivant.
« Monsieur le Duc ! » a hurlé Lucas, sa voix éraillée se mêlant au bruit du vent et des vagues.
« Arrêtez ! Ne buvez pas ce vin ! »
Alexandre a suspendu son geste, le verre immobile à quelques millimètres de sa bouche.
Il n'a pas sursauté. Il n'a pas lâché son verre.
Il a simplement tourné la tête vers son garde du corps en sang, avec une lenteur majestueuse.
Les autres membres de l'équipage se sont figés, tétanisés par l'horreur de la scène.
Lucas a fait un pas chancelant vers son patron, tendant une main désespérée.
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« La Duchesse... La Duchesse a piégé votre verre pour vous tuer ! »
Les mots ont éclaté comme une bombe au milieu de l'océan.