CHAPITRE 4 : LE THÉÂTRE DU MENSONGE

CHAPITRE 4 : LE THÉÂTRE DU MENSONGE
Victoria savait qu'elle n'avait qu'une fraction de seconde pour réagir.
Si elle montrait la moindre once de panique, elle était perdue.
Elle a fait appel à ses talents d'actrice les plus profonds, ceux qui l'avaient menée jusqu'ici.
Elle a laissé son visage se déformer par le choc, l'indignation et la terreur.
« Quoi ?! » a-t-elle crié, la voix aiguë, reculant d'un pas théâtral.
« Espèce de misérable ingrat ! Comment osez-vous me calomnier de la sorte ?! »
Elle s'est tournée vers son mari, cherchant son regard derrière ses verres fumés.
« Alexandre, chéri, cet homme a complètement perdu la raison ! »
« Regarde-le, il est couvert de sang, il a dû se battre avec l'équipage et maintenant il délire ! »
Elle a pointé un doigt accusateur et manucuré vers le jeune garde du corps.
« Appelle la sécurité immédiatement ! Qu'on l'enferme dans la cale ! »
Lucas a craché un filet de sang sur le pont immaculé.
Il n'a pas regardé Victoria. Il ne regardait que l'homme à qui il avait juré fidélité.
« J'ai entendu sa conversation radio avec ses complices, Monsieur, » a haleté Lucas.
« Ils ont essayé de me tuer en bas pour me faire taire. Le poison est dans votre verre. »

Victoria a poussé un rire hystérique, un rire faux et perçant.
« C'est absurde ! C'est le délire d'un homme ivre ou drogué ! »
« Alexandre, je t'en supplie, ne l'écoute pas. Fais-le jeter aux fers ! »
Elle se rapprochait d'Alexandre, tentant de jouer la carte de l'épouse fragile et offensée.
Mais Lucas, puisant dans ses dernières réserves de force, s'est redressé.
Ses yeux brûlaient d'une détermination farouche.
Il a regardé Victoria, puis s'est adressé à nouveau à son maître.
« Si je mens, Monsieur... » a prononcé Lucas, chaque mot tranchant l'air comme un couperet.
« Si je ne suis qu'un fou qui calomnie votre épouse... »
« Alors faites-lui boire ce vin. »
« Pour que toute la vérité soit claire. Devant tout le monde. »
Le silence qui a suivi cette phrase était d'une lourdeur insoutenable.
C'était un silence de mort.
Seul le bruit des vagues frappant la coque du navire résonnait dans l'espace.
L'échec et mat absolu.
Victoria a senti son cœur s'arrêter de battre.
Son propre piège venait de se refermer sur elle, avec des mâchoires d'acier.
CHAPITRE 5 : LE JUGEMENT DU ROI
Si Alexandre s'était mis en colère, s'il avait crié, Victoria aurait pu trouver une faille.
Elle aurait pu jouer sur ses émotions, pleurer, le manipuler comme elle l'avait toujours fait.
Mais Alexandre n'a pas crié.
L'immense magnat de la finance n'a montré aucune trace de surprise ou de panique.
Il est resté parfaitement immobile, d'un calme qui frisait le surnaturel.
Lentement, avec une élégance glaçante, il a levé sa main libre.
Ses doigts ont effleuré la monture dorée de ses lunettes de soleil.
Il les a abaissées doucement sur l'arête de son nez.
Ses yeux sont apparus à la lumière du jour.
Des yeux d'un gris acier, froids, impénétrables, dénués de la moindre trace de tendresse.
Ce n'était plus le regard d'un mari aimant.
C'était le regard d'un prédateur au sommet de la chaîne alimentaire.
Un homme qui détruisait des empires financiers avant même de prendre son petit-déjeuner.
Il a regardé Victoria, et à cet instant précis, elle a compris.
Elle a compris, avec une terreur absolue, qu'il savait.
Il savait probablement depuis le tout début.
« Une proposition fort intéressante, Lucas, » a murmuré Alexandre d'une voix douce et mortelle.
Il a tendu le bras, présentant le verre de cristal rouge sang à sa jeune épouse.
Le liquide rubis scintillait sous le soleil, magnifique et mortel.
« À toi de choisir, ma douce Victoria. »
« Prouve-lui qu'il a tort. »
« Bois. »
Le mot a résonné comme une sentence de mort.
Victoria a reculé, ses talons aiguilles dérapant légèrement sur le pont en teck.
Son masque de beauté s'est fissuré, laissant place à une panique pure, animale et incontrôlable.
Elle a regardé le verre.
Elle savait qu'une seule gorgée suffirait à arrêter son cœur en moins de trois minutes.
« Alexandre... tu ne vas quand même pas croire ce misérable domestique plutôt que ta propre femme ? » a-t-elle gémi.
Ses mains tremblaient violemment.
Sa voix n'était plus qu'un chuchotement pitoyable.
« Je ne te demande pas de croire, » a répondu Alexandre, le bras toujours tendu, inébranlable.
« Je te demande de boire. »
« Si ce vin est pur, nous fêterons notre amour. »
« S'il ne l'est pas... tu n'auras plus à te soucier de mon testament. »
CHAPITRE 6 : L'ABÎME DE LA VÉRITÉ
L'équipage entier retenait son souffle.
Le capitaine du navire, immobile près de la barre, n'esquissait pas un geste pour la secourir.
Victoria s'est retrouvée totalement isolée.
Seule au milieu de l'océan, sans aucune issue, sans aucune échappatoire.
Elle a regardé la mer immense, bleue et profonde.
Sauter par-dessus bord ? C'était une mort certaine au milieu de nulle part.
Refuser de boire ? C'était avouer son crime de la manière la plus publique qui soit.
Elle a regardé les yeux froids d'Alexandre.
« Comment... » a-t-elle balbutié, les larmes coulant enfin sur ses joues parfaites, ruinant son maquillage.
« Comment peux-tu me faire ça ? »
Alexandre a esquissé un sourire d'une cruauté majestueuse.
« Tu crois sincèrement que j'ai survécu quarante ans dans le monde de la haute finance en étant naïf, Victoria ? »
« Tu crois que tu es la première femme vénale qui a cru pouvoir me manipuler pour ma fortune ? »
Il a fait un pas vers elle, la dominant de toute sa hauteur.
« Mes enquêteurs privés ont découvert tes recherches sur ce poison sud-américain il y a plus de trois mois. »
« J'ai laissé faire. Je voulais voir jusqu'où irait ta cupidité. »
« Je voulais voir si tu aurais vraiment le cran de passer à l'acte. »
Victoria a poussé un hoquet d'horreur.
Elle n'avait jamais été le chasseur. Elle avait toujours été la proie, enfermée dans un labyrinthe qu'il avait lui-même construit.
« Les hommes qui ont attaqué Lucas dans la cale... » a poursuivi Alexandre.
« Ils ne travaillent pas pour toi. Ils travaillent pour moi. »
« C'était un test de loyauté pour mon jeune garde du corps. Un test qu'il a réussi avec brio. »
Lucas, toujours appuyé contre l'encadrement de la porte, a craché une dernière fois, un léger sourire aux lèvres.
Victoria s'est effondrée sur ses genoux.
La belle soie rouge de sa robe s'est étalée sur le pont, comme une flaque de sang.
Elle pleurait bruyamment, vaincue, brisée, humiliée.
« Pitié... Alexandre, je t'en supplie, pardonne-moi... » a-t-elle supplié, s'agrippant au bas de son pantalon en lin.
« J'étais perdue... je ne voulais pas... »
Alexandre a doucement retiré sa jambe de son étreinte pathétique.
Il n'y avait aucune pitié dans son regard. Seulement un profond mépris.
« Le pardon est une vertu que je ne possède malheureusement pas, Victoria. »
CHAPITRE 7 : LA FIN DU VOYAGE
Alexandre a lentement vidé le contenu du verre empoisonné par-dessus la rambarde.
Le vin rouge s'est dissous dans l'écume blanche de l'océan, disparaissant à jamais.
Il a posé le verre vide sur la table avec un petit tintement cristallin.
« Capitaine, » a dit Alexandre d'une voix claire, s'adressant à l'officier en uniforme.
« Oui, Monsieur le Duc, » a répondu immédiatement le capitaine.
« Mettez le cap sur le port de Monaco. Vitesse maximale. »
« Les autorités locales et la police judiciaire nous attendent sur le quai d'honneur. »
« Bien, Monsieur. »
Alexandre s'est ensuite tourné vers deux autres gardes du corps qui venaient d'arriver sur le pont.
« Prenez soin de Lucas. Amenez-le à l'infirmerie du bord et soignez ses blessures. Il recevra une prime exceptionnelle dès ce soir. »
« Quant à cette femme, » a-t-il ajouté en désignant Victoria, toujours recroquevillée et pleurant sur le pont.
« Enfermez-la dans la cabine de sécurité du pont inférieur. Sans fenêtre. Sans communication. »
« Je ne veux plus voir son visage jusqu'à ce que les policiers lui passent les menottes. »
Les deux gardes ont saisi Victoria par les bras sans aucun ménagement.
Ils l'ont soulevée brutalement du sol.
Elle ne s'est pas débattue. Elle n'avait plus aucune force.
Son rêve de richesse éternelle s'était transformé en un aller simple pour les quartiers de haute sécurité d'une prison.
Elle a été traînée hors du pont, ses sanglots s'estompant lentement dans les couloirs luxueux du yacht qu'elle avait cru posséder.
Le pont arrière a retrouvé son calme plat.
Le vent marin a rapidement balayé les derniers échos de cette tentative d'assassinat.
Alexandre de Montclair s'est approché de la table.
Il a pris une bouteille d'un autre millésime, intacte celle-ci.
Il s'est servi un nouveau verre de vin, pur et délicieux.
Il a remonté ses lunettes de soleil sur ses yeux, cachant à nouveau son regard impénétrable.
Il s'est accoudé à la rambarde, regardant le sillage d'écume blanche que laissait le yacht en fendant les vagues à pleine vitesse.
Il a porté le verre à ses lèvres et a pris une longue gorgée.
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Le vin n'avait jamais eu un goût aussi exquis.
Le goût parfait, absolu et enivrant de la survie et du pouvoir inébranlable.