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PARTIE 2 : LE TRIBUNAL DES NUAGES

À l'intérieur de la cabine insonorisée, le bruit des moteurs était réduit à un bourdonnement sourd et puissant.

L'atmosphère était instantanément devenue irrespirable, chargée d'une électricité mortelle.

Valérie était recroquevillée dans le coin de la banquette, tremblant de tous ses membres.

Sa robe dorée, froissée, lui donnait l'air d'un oiseau blessé tombé du nid.

Dans le cockpit, séparé par une vitre claire, le pilote Marc s'était retourné.

Il avait les yeux écarquillés par l'incompréhension et la peur.

Il avait vu la scène sur la pelouse.

Il avait vu Armand jeter sa propre femme à l'arrière avec une brutalité inouïe.

Et surtout, Marc savait qu'il y avait réellement une bombe à bord.

« Monsieur de Villiers ? » a balbutié le pilote dans le micro de son casque.

« Que se passe-t-il ? Madame a l'air souffrante. »

Armand a pris place sur le siège face à sa femme, d'un calme olympien.

Il a mis son propre casque de communication.

« Tout va parfaitement bien, Marc, » a répondu Armand d'une voix posée, suave.

« Madame avait juste une légère hésitation due au stress du voyage. »

« Décollez immédiatement. Cap sur Genève, comme prévu. »

Marc a dégluti difficilement.

La sueur commençait à perler sous la visière de sa casquette.

« Monsieur, avec cet incident sur la pelouse... la procédure exige une vérification technique avant... »

« J'ai dit : DÉCOLLEZ ! » a tonné Armand, sa voix claquant comme un coup de fouet dans les écouteurs.

Marc a sursauté.

Il savait qu'il ne pouvait pas refuser l'ordre direct de son patron sans éveiller de graves soupçons.

Il a poussé la manette des gaz, les mains tremblantes.

L'hélicoptère a tremblé, puis s'est arraché lourdement de la pelouse du domaine.

La forteresse des Villiers est devenue minuscule à mesure qu'ils prenaient de l'altitude.

Ils étaient maintenant seuls, suspendus entre le ciel et la terre.

Prisonniers d'une cage de verre et d'acier qui filait vers les montagnes.

Armand a détaché sa ceinture de sécurité avec une lenteur calculée.

Il a ouvert le petit compartiment bar intégré dans l'accoudoir en ronce de noyer.

Il s'est servi un verre de whisky pur malt, sans glaçons.

Il a bu une gorgée, savourant le liquide ambré pendant que sa femme sanglotait devant lui.

« Pourquoi pleures-tu, mon amour ? » a demandé Armand d'un ton sarcastique.

« Nous sommes en route pour notre lune de miel d'anniversaire. »

Valérie a relevé la tête, le maquillage coulant sur ses joues parfaites.

« Tu es fou, Armand ! » a-t-elle crié, la voix brisée.

« Fais-nous atterrir ! Je t'en supplie, fais-nous atterrir tout de suite ! »

Armand a posé son verre sur la petite tablette.

Il s'est penché en avant, réduisant l'espace entre eux.

« L'atterrir ? Mais pourquoi ? Tu as peur du vide ? »

« Ou as-tu peur de la charge explosive qui se trouve sous nos pieds ? »

Les mots sont tombés comme des couperets.

Valérie a hoqueté, plaquant ses mains sur sa bouche.

Le pilote, qui écoutait la conversation sur l'intercom, a fait une embardée avec l'appareil.

L'hélicoptère a violemment tangué, arrachant un cri de terreur à la jeune femme.

« Attention à ton altitude, Marc, » a réprimandé Armand sans quitter Valérie des yeux.

« Nous voudrions éviter un accident prématuré, n'est-ce pas ? »

Armand a croisé ses longues jambes avec élégance.

« Alors, ma chère épouse. Parlons un peu de mécanique. »

« Comment le déclencheur fonctionne-t-il ? »

Valérie a secoué la tête frénétiquement.

« Je ne sais pas de quoi tu parles ! C'est ce garçon ! Il t'a monté la tête ! »

« Tu es paranoïaque, Armand ! »

Armand a soupiré, déçu par la médiocrité de ses mensonges.

Il a appuyé sur un bouton de l'interphone pour parler directement au pilote.

« Marc, mon garçon. Puisque ma femme a soudainement perdu la mémoire... »

« Peut-être pourras-tu m'éclairer. »

Le dos du pilote s'est raidi contre le siège en cuir.

« Monsieur, je... je ne suis au courant de rien, » a menti le jeune homme, la voix tremblante.

Armand a esquissé un rictus effrayant.

« Vraiment ? C'est étrange. »

« Parce que j'ai remarqué que tu as transféré trois cent mille euros sur un compte offshore aux Bahamas la semaine dernière. »

« Et j'ai aussi remarqué que le parfum de ma femme imprégnait les draps de la chambre d'amis de ta petite garçonnière parisienne. »

Le silence est revenu dans la cabine.

Un silence assourdissant, brisé uniquement par les pleurs pitoyables de Valérie.

Ils étaient découverts.

Le plan parfait était en lambeaux.

« Le vieux lion semble aveugle, » a continué Armand avec une froideur chirurgicale.

« Mais il sent l'odeur des charognards de très loin. »

« Je savais que vous couchiez ensemble. Je l'ai toléré car cela m'amusait de voir votre bassesse. »

« Mais essayer de me tuer pour accélérer la succession ? C'est un manque de goût impardonnable. »

L'altimètre indiquait maintenant trois mille mètres.

Les crêtes acérées des Alpes commençaient à se dessiner à l'horizon.

« Marc, » a ordonné Armand. « Dis-moi comment fonctionne la bombe. »

« Monsieur, je vous jure... »

D'un mouvement fluide et invisible, Armand a sorti une arme de poing compacte de la poche intérieure de son smoking.

Il l'a pointée directement vers le siège du pilote, à travers la vitre de séparation.

« La prochaine fois que tu mens, je te tire une balle dans l'épaule droite. »

« Nous tomberons tous en vrille. Mais toi, tu souffriras avant de mourir. »

La terreur a finalement brisé les nerfs du jeune pilote.

« C'est un altimètre barométrique ! » a hurlé Marc dans son micro, en larmes.

« Couplé à un minuteur d'armement ! »

Valérie a poussé un cri strident en entendant la confession de son amant.

« Il s'arme à deux mille mètres, et il explose si nous redescendons en dessous de mille mètres ! » a poursuivi Marc, hystérique.

« Nous ne pouvons pas atterrir, Monsieur ! Si on descend, on meurt ! »

Valérie s'est effondrée sur les genoux d'Armand, s'agrippant à son pantalon.

« Armand, par pitié ! Fais quelque chose ! Appelle des secours, appelle des démineurs ! »

« Je t'en prie, je ne veux pas mourir ! Je te donnerai tout, je signerai ce que tu veux ! »

L'arrogante jeune femme n'était plus qu'une flaque de misère humaine et de lâcheté.

Armand l'a regardée avec un mépris si abyssal qu'il aurait pu geler l'enfer.

Il a repoussé Valérie du bout du pied, comme un déchet encombrant.

« Une bombe barométrique. Ingénieux, Marc. Vraiment. »

« Cela imite parfaitement une défaillance en plein vol lors de la descente vers Genève. »

« Il y a cependant un petit détail qui vous a échappé à tous les deux. »

Armand a replacé son arme dans sa poche.

Il a de nouveau plongé la main dans sa veste, et en a sorti un petit boîtier électronique noir.

Des fils électriques rouges et bleus pendaient lamentablement du boîtier, grossièrement arrachés.

Valérie a fixé l'objet, les yeux écarquillés jusqu'à la limite du possible.

Marc s'est retourné dans son siège, regardant le boîtier à travers la vitre avec stupéfaction.

C'était le récepteur du détonateur.

« Le jeune Léo est un garçon plein de ressources, » a expliqué calmement Armand.

« Avant de courir sur la pelouse, il s'est glissé sous la carlingue. »

« Il a trouvé l'anomalie près du réservoir et a arraché le cœur du dispositif avec ses mains nues. »

« Il me l'a glissé dans la main juste avant que je ne te jette dans cet appareil, Valérie. »

La révélation a frappé les deux amants avec une violence inouïe.

Il n'y avait plus de danger d'explosion.

Ils n'allaient pas mourir dans une boule de feu.

Mais le soulagement n'a même pas eu le temps de s'installer.

Car ils ont compris que s'il n'y avait pas de bombe, le vol n'avait qu'un seul et unique but.

La torture psychologique. L'obtention de leurs aveux.

Armand a levé son téléphone portable, l'écran affichant un enregistrement vocal en cours depuis le début du vol.

« Je voulais que vous confessiez vos crimes, avec la mort planant au-dessus de vos têtes. »

« Je voulais voir vos masques tomber, et voir la laideur de vos âmes à nu. »

« Et vous avez chanté comme de misérables petits oiseaux terrifiés. »

Armand a appuyé sur la touche d'arrêt et a sauvegardé le fichier audio.

« J'ai envoyé cet enregistrement sur un serveur sécurisé. Mes avocats et la police judiciaire l'ont déjà reçu. »

Valérie s'est recroquevillée sur elle-même, détruite, sanglotant sans fin.

Elle avait tout perdu. Sa jeunesse, sa richesse, et sa liberté.

« Marc, » a commandé Armand, reprenant le contrôle absolu de son empire et de sa vie.

« Fais demi-tour. »

« Pose cet hélicoptère devant le commissariat central de la gendarmerie de notre région. »

« Je crois qu'un comité d'accueil en uniforme vous attend déjà sur le tarmac. »

Le pilote n'a rien répondu. Il a incliné le manche, vaincu, le visage baigné de larmes de honte et de désespoir.

Armand de Villiers a tourné la tête vers le hublot.

Il a regardé les majestueuses montagnes défiler au loin sous le soleil couchant.

Il avait frôlé la mort. Il avait eu le cœur brisé par la trahison de la femme qu'il pensait aimer.

Mais l'or véritable se forge toujours dans le feu de l'adversité.

Il pensait à Léo.

Ce garçon misérable, couvert de boue et de sang, qui avait risqué sa propre vie pour sauver la sienne.

Armand sourit, d'un vrai sourire cette fois-ci, chaud et paternel.

Il allait licencier tous ses conseillers corrompus et envoyer sa femme pourrir dans une cellule sombre.

Mais surtout, il savait enfin qui allait hériter de son immense fortune.

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Le roi n'était pas mort aujourd'hui.

Au contraire, il venait juste de trouver son nouveau prince.

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