CHAPITRE 10 — LE FRÈRE QUE NOUS AVIONS OUBLIÉ

CHAPITRE 10 — LE FRÈRE QUE NOUS AVIONS OUBLIÉ
Je relus le message plusieurs fois.
« Amenez Rafael. »
Une seule chose était certaine : celui qui nous écrivait connaissait notre famille mieux que nous-mêmes.
Rafael regarda mon téléphone.
— Ce n'est pas possible.
— Tu dis ça depuis le début.
Il ne répondit pas.
Ma mère, elle, semblait avoir perdu toute couleur.
— Maman, tu sais qui nous écrit.
Elle resta silencieuse.
— Qui est notre frère ?
Elle murmura enfin :
— Adrian.
Rafael fronça les sourcils.
— Adrian ?
— C'était son prénom.
— Pourquoi ne nous en as-tu jamais parlé ?
Les yeux de ma mère se remplirent de larmes.
— Parce qu'on m'a demandé de l'oublier.
— Qui ?
Elle regarda autour d'elle.
— Ton père.
Nous montâmes dans la voiture.
Elena prit le volant.
Rafael s'assit à côté d'elle.
Je restai à l'arrière avec ma mère.
Pendant plusieurs minutes, personne ne parla.
Puis je demandai :
— Quel âge avait Adrian ?
— Six ans lorsque tu es né.
— Et il avait quel âge quand il a disparu ?
— Onze ans.
Je fronçai les sourcils.
— Comment ?
Ma mère inspira profondément.
— Un soir, il a disparu de sa chambre.
— Enlevé ?
— Oui.
— Par Gabriel ?
Elle secoua la tête.
— Non.
— Alors qui ?
Elle me regarda.
— Ton père.
Je me figeai.
— Papa a enlevé son propre fils ?
— Il pensait le sauver.
— De quoi ?
— De lui-même.
Je ne compris pas.
Elle continua :
— Adrian était différent.
— Différent comment ?
— Il avait une mémoire exceptionnelle.
Je regardai Elena.
— Comme moi ?
— Non.
Elle secoua la tête.
— Beaucoup plus forte.
Rafael se retourna.
— Qu'est-ce qu'il pouvait faire ?
— Il pouvait mémoriser des centaines de pages après une seule lecture.
Je restai silencieux.
— Ton père a compris qu'Adrian pouvait devenir la personne la plus dangereuse de l'Ordre Noir.
— Alors il l'a caché.
— Oui.
— Où ?
Ma mère répondit :
— Dans une institution secrète en Suisse.
La voiture s'arrêta devant un ancien bâtiment isolé.
Elena regarda son téléphone.
— C'est ici.
Nous descendîmes.
Le bâtiment semblait abandonné.
Mais une caméra suivait chacun de nos mouvements.
Une porte s'ouvrit.
Une voix résonna :
— Entrez.
Nous avancions lentement.
Puis les portes se refermèrent derrière nous.
Une lumière s'alluma.
Un homme était assis dans une pièce sombre.
Dos à nous.
Il ne bougea pas.
— Qui êtes-vous ?
L'homme répondit :
— Vous savez déjà.
Rafael s'approcha.
— Adrian ?
L'homme se retourna.
Je cessai de respirer.
Il avait mon visage.
Pas exactement.
Mais suffisamment pour que mon cœur s'arrête.
Même regard.
Même forme du visage.
Même sourire que mon père.
Il se leva.
— Bonjour, Rafael.
Mon frère resta figé.
Puis Adrian me regarda.
— Et toi...
Il sourit.
— Tu dois être Nathan.
Je ne trouvai rien à répondre.
Adrian s'approcha de moi.
— J'ai attendu ce moment pendant vingt ans.
— Pourquoi ?
— Parce que notre père m'a dit que vous finiriez par venir.
— Où est-il ?
Adrian désigna une porte.
— Derrière.
Je me précipitai.
La porte s'ouvrit.
Mon père était là.
Attaché à une chaise.
Vivant.
Je courus vers lui.
— Papa !
Il leva difficilement les yeux.
— Nathan...
Je détachai ses liens.
— Qui t'a fait ça ?
Il regarda Adrian.
— Lui.
Je me retournai.
Adrian n'avait pas bougé.
— Pourquoi ?
Il répondit calmement :
— Parce que je voulais qu'il vous dise la vérité.
Mon père murmura :
— Adrian, tu ne comprends pas.
— Non, papa.
Il s'approcha.
— C'est toi qui ne comprends pas.
Il regarda Rafael.
Puis moi.
— Vous croyez tous que l'Ordre Noir est notre ennemi.
Il sourit.
— Mais vous vous trompez.
Je fronçai les sourcils.
— Alors qui est l'ennemi ?
Adrian répondit :
— Nous.
Il activa un écran.
Des documents apparurent.
Je reconnus immédiatement les archives du Cercle.
— Nos parents ont créé deux organisations, expliqua Adrian.
— Le Cercle et l'Ordre Noir.
— Ils pensaient pouvoir contrôler le monde pour empêcher les guerres.
Il secoua la tête.
— Mais ils ont échoué.
Rafael demanda :
— Et maintenant ?
Adrian nous regarda.
— Maintenant, ils veulent que nous recommencions.
Mon père cria :
— Non !
Adrian se tourna vers lui.
— Tu as déjà choisi pour nous.
Puis il me regarda.
— Mais Nathan doit décider.
— Décider quoi ?
Adrian posa trois clés sur la table.
— Détruire le système.
Il désigna la première.
— Prendre le contrôle.
Il désigna la deuxième.
Puis la troisième.
— Ou le transférer à quelqu'un d'autre.
Je regardai les clés.
— À qui ?
Adrian sourit.
— À Gabriel.
Rafael s'avança.
— Tu es fou.
— Peut-être.
Adrian haussa les épaules.
— Mais Gabriel n'est pas le vrai problème.
— Alors qui ?
Adrian regarda notre père.
— Demande-lui.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
Mon père baissa la tête.
— Il y a une quatrième organisation.
Le silence tomba.
— Laquelle ? demandai-je.
Il répondit :
— La Fondation.
Adrian expliqua que la Fondation avait financé à l'origine le Cercle et l'Ordre Noir.
Mais contrairement aux deux autres organisations...
elle n'avait jamais été détruite.
Elle contrôlait encore tout.
Les banques.
Les médias.
Les gouvernements.
Les entreprises.
Même certaines organisations criminelles.
Je compris soudain pourquoi tout semblait impossible à démêler.
— Qui dirige la Fondation ?
Mon père ne répondit pas.
Je répétai :
— Qui ?
Il leva enfin les yeux.
— La personne qui a organisé ton mariage avec Camila.
Je me figeai.
— Camila ?
— Non.
Il secoua la tête.
— Son père.
Rafael murmura :
— Victor Salvat.
Mon père acquiesça.
— Victor n'est jamais mort.
Je regardai Adrian.
— Mais nous avons vu son corps.
Adrian sourit.
— Un faux corps.
Je sentis la colère monter.
— Alors tout était faux.
— Pas tout.
Il me regarda.
— Ton accident était réel.
Je me figeai.
— Quoi ?
— Camila devait réellement te tuer.
— Mais elle travaillait pour Victor.
— Oui.
— Alors pourquoi m'a-t-elle laissé vivre ?
Adrian resta silencieux.
Puis il prononça une phrase qui changea tout :
— Parce qu'elle était tombée amoureuse de toi.
Je secouai la tête.
— Non.
— Elle devait te tuer.
— Je l'ai vue me pousser.
— Elle t'a poussé.
Il s'approcha.
— Mais elle savait que tu savais nager.
Je fronçai les sourcils.
— Je ne savais pas nager.
Adrian sourit.
— Si.
Il me regarda.
— Ton père t'a appris à nager lorsque tu avais six ans.
Je me figeai.
Un souvenir me traversa.
Une piscine.
Mon père.
Sa main sous mon dos.
Sa voix :
« N'aie pas peur de l'eau, Nathan. »
Je fermai les yeux.
Tout revenait.
Mon père m'avait appris à nager.
Camila le savait.
Elle savait que je survivrais.
Mais alors...
pourquoi m'avait-elle poussé ?
Adrian posa un dernier document sur la table.
— Parce que Camila avait besoin que tu disparaisses.
Je regardai le dossier.
— Pourquoi ?
— Pour que tu puisses échapper à la Fondation.
Je ne comprenais plus rien.
Adrian continua :
— Camila n'était pas ton ennemie.
Je repensai à son visage.
À son regard lorsqu'elle m'avait poussé.
À la façon dont elle avait refusé de regarder l'eau.
Puis à son téléphone.
La transaction.
La fortune.
Tout semblait pourtant réel.
— Alors pourquoi a-t-elle pris mon argent ?
Adrian répondit :
— Parce qu'elle devait convaincre Victor que tu étais mort.
Je restai sans voix.
Rafael murmura :
— Elle t'a sauvé.
Je secouai la tête.
— Elle m'a menti.
— Oui.
— Elle m'a trahi.
— Oui.
— Elle m'a abandonné.
Adrian acquiesça.
— Parce qu'elle savait que si elle restait près de toi...
Il marqua une pause.
— Victor vous aurait tués tous les deux.
À cet instant, mon téléphone vibra.
Un nouveau message.
Camila : « Je suis désolée. Je n'ai jamais voulu te tuer. »
Puis un deuxième.
« Mais ils viennent de me retrouver. »
Et enfin :
« Nathan, si tu veux savoir toute la vérité, viens seul. »
Une localisation apparut.
Je regardai l'adresse.
Villa Salvat.
Adrian s'approcha.
— N'y va pas.
Je le regardai.
— Pourquoi ?
— Parce que c'est exactement ce qu'ils veulent.
Je rangeai mon téléphone.
— Alors j'irai quand même.
Rafael se leva.
— Je viens avec toi.
— Non.
— Nathan...
Je le regardai.
— Cette fois, je dois y aller seul.
Adrian secoua la tête.
— Tu ne comprends pas.
— Quoi ?
Il me fixa.
— La femme qui t'attend là-bas n'est pas Camila.
Je me figeai.
— Alors qui est-ce ?
Adrian répondit :
— La véritable dirigeante de la Fondation.
Puis il prononça son nom.
Et mon sang se glaça.
Isabelle Martin.
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Ma mère.
Elle nous avait encore menti.