CHAPITRE 6 — MON PÈRE ÉTAIT VIVANT

CHAPITRE 6 — MON PÈRE ÉTAIT VIVANT
Je cessai de respirer.
L'homme qui descendait lentement les marches me fixait avec un calme presque irréel.
Les cheveux avaient blanchi.
Le visage était plus marqué.
Mais je l'aurais reconnu entre mille.
C'était lui.
Mon père.
L'homme dont j'avais assisté aux funérailles huit ans plus tôt.
L'homme dont j'avais conservé la dernière photographie dans mon portefeuille.
L'homme que j'avais pleuré jusqu'à ne plus pouvoir prononcer son nom.
— Papa...
Le mot sortit à peine de ma bouche.
Il s'arrêta à quelques mètres de moi.
— Nathan.
Sa voix était exactement celle de mes souvenirs.
Je reculai.
— Tu es mort.
Il sourit tristement.
— C'est ce que tout le monde devait croire.
Je me tournai vers ma mère.
— Vous saviez.
Elle baissa les yeux.
— Oui.
Puis vers Rafael.
Il ne répondit pas.
Je compris.
Ils savaient tous.
J'étais le seul à avoir vécu dans le mensonge.
— Depuis combien de temps ?
Mon père me regarda.
— Depuis ton accident.
— Non.
Je secouai la tête.
— Depuis avant.
Il resta silencieux.
— Vous m'avez tous menti.
Ma mère fit un pas vers moi.
— Nathan...
— Ne me touche pas.
Elle s'arrêta.
Je regardai mon père.
— Tu m'as laissé croire que tu étais mort.
— Oui.
— Tu m'as laissé croire que maman était morte.
— Oui.
— Tu as laissé Rafael me mentir.
— Oui.
Ma voix trembla.
— Et tu as laissé Camila essayer de me tuer.
Son visage changea.
— Je ne savais pas qu'elle irait aussi loin.
— Mais tu savais qu'elle était dangereuse.
— Oui.
Je ris nerveusement.
— Alors pourquoi m'avoir laissé l'épouser ?
Mon père répondit :
— Parce que je pensais pouvoir l'utiliser pour atteindre ceux qui nous poursuivaient.
— Tu m'as utilisé comme appât.
Il baissa les yeux.
— Oui.
Cette réponse me fit plus mal que toutes les autres.
Je me tournai vers les personnes qui nous observaient.
— Qui sont-ils ?
Mon père regarda autour de lui.
— Les membres survivants du Cercle.
— Le Cercle ?
— Ceux qui ont juré de protéger notre famille.
Je montrai le symbole gravé sur le siège.
— Alors pourquoi mon nom est-il ici ?
Mon père s'approcha.
— Parce que le Cercle n'a jamais été créé pour gouverner.
Il posa la main sur le siège.
— Il a été créé pour empêcher l'Ordre Noir de gouverner.
Je regardai les balcons.
— Et maintenant ?
— Maintenant, l'Ordre Noir nous a presque détruits.
Rafael intervint :
— Pas presque.
Il regarda mon père.
— Ils sont déjà à l'intérieur.
Tout le monde se tut.
Mon père fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Rafael sortit une clé USB.
— J'ai trouvé ça dans les archives de Victor.
Il la posa sur la table.
— Il y a une liste de noms.
Mon père pâlit.
— Impossible.
— Regarde.
Il lança le fichier.
Une longue liste apparut.
Des hommes politiques.
Des banquiers.
Des juges.
Des policiers.
Des dirigeants d'entreprises.
Puis nous vîmes un nom.
Je me figeai.
Gabriel Martin.
Je regardai mon père.
— Qui est Gabriel ?
Il ne répondit pas.
Rafael murmura :
— Notre oncle.
Je fronçai les sourcils.
— Nous n'avons jamais eu d'oncle.
Mon père ferma les yeux.
— Si.
Il marqua une pause.
— Mais il est mort avant ta naissance.
Je regardai le dossier.
À côté du nom figurait une date.
Statut : ACTIF.
Un bruit de verrouillage retentit.
Les portes de la salle se fermèrent.
Les membres du Cercle se levèrent.
Mon père regarda autour de lui.
— Quelqu'un nous a enfermés.
Les lumières s'éteignirent.
Puis un écran s'alluma.
Un visage apparut.
Un homme âgé.
Costume noir.
Regard froid.
Je ne le connaissais pas.
Mais mon père, lui, le connaissait.
— Gabriel...
L'homme sourit.
— Bonjour, frère.
Je me tournai vers mon père.
— C'est lui ?
Il acquiesça.
— Ton oncle.
Je regardai l'écran.
Gabriel parlait calmement.
— Pendant toutes ces années, vous avez cru pouvoir me cacher.
Mon père répondit :
— Tu as trahi notre famille.
Gabriel sourit.
— Non.
Il fit une pause.
— J'ai simplement compris avant vous que le monde appartenait à ceux qui osaient le prendre.
Ma mère s'avança.
— Pourquoi nous avoir traqués ?
— Parce que votre père m'a volé mon héritage.
Je fronçai les sourcils.
— Quel héritage ?
Gabriel me regarda directement.
— Toi.
Je sentis un frisson.
— Moi ?
— Oui, Nathan.
Il sourit.
— Tu es la clé.
L'écran changea.
Une série de documents apparut.
Mon dossier médical.
Mes résultats ADN.
Des analyses neurologiques.
Des photographies de mon enfance.
Puis un document intitulé :
PROJET HÉRITIER — SUJET N°1
Je regardai ma mère.
— Qu'est-ce que ça signifie ?
Elle pleurait.
— Nathan...
— Réponds-moi !
Mon père intervint :
— Tu n'as jamais été un simple héritier.
— Alors quoi ?
Il hésita.
— Ton grand-père avait créé un programme destiné à identifier les descendants capables de diriger l'ensemble du réseau financier du Cercle.
Je secouai la tête.
— Je ne suis pas spécial.
Gabriel rit depuis l'écran.
— C'est précisément ce que ton père voulait te faire croire.
Il ajouta :
— Ton intelligence, ta mémoire, ta capacité à reconnaître des schémas financiers...
Je l'interrompis :
— Ce ne sont que des compétences.
— Non.
Il sourit.
— Elles ont été développées depuis ton enfance.
Je regardai mes parents.
— Vous m'avez manipulé.
Ma mère pleurait.
— Nous voulions te protéger.
— Vous m'avez transformé en expérience.
Mon père répondit :
— J'ai essayé de détruire le projet.
Gabriel intervint :
— Mais il a échoué.
Soudain, une explosion retentit.
La salle trembla.
Des morceaux de plafond tombèrent.
Les membres du Cercle se mirent à courir.
Rafael attrapa mon bras.
— Il faut partir.
— Où ?
— Par ici !
Nous courûmes vers une porte secondaire.
Mon père et ma mère nous suivirent.
Une deuxième explosion retentit.
Les murs vibrèrent.
Gabriel avait déclenché une attaque.
Nous arrivâmes dans un tunnel.
Mais devant nous...
des hommes armés apparurent.
Rafael sortit son arme.
— Derrière moi.
Une fusillade éclata.
Nous courûmes.
Puis une balle frappa le mur juste à côté de ma tête.
Je me retournai.
Mon père était derrière moi.
Il me regarda.
— Nathan !
Une autre balle partit.
Mon père s'effondra.
— PAPA !
Je courus vers lui.
Du sang apparut sur sa chemise.
Ma mère cria.
Rafael nous rejoignit.
— Il est touché.
Mon père attrapa ma main.
— Ne t'arrête pas.
— Non.
— Écoute-moi.
— On va te sortir d'ici.
Il secoua la tête.
— Il est trop tard.
Je refusai d'y croire.
— Non.
Il me serra la main.
— Le coffre...
— Quoi ?
— Ce n'était jamais l'argent.
Je le regardai.
— Alors qu'est-ce que c'est ?
Il murmura :
— La preuve de l'origine de l'Ordre Noir.
Je fronçai les sourcils.
— Où ?
Il me regarda droit dans les yeux.
— Sous ta maison.
Je me figeai.
— Ma maison ?
— Le véritable coffre est sous la villa.
Je regardai Rafael.
Il semblait comprendre.
Mon père ajouta :
— Et seul ton sang peut l'ouvrir.
Puis ses yeux se fermèrent.
— Papa !
Ma mère se mit à pleurer.
Rafael me tira en arrière.
— Nathan, il faut partir !
Je regardai mon père une dernière fois.
Puis je me levai.
Nous nous enfuîmes dans le tunnel.
Une heure plus tard, nous étions de retour à la villa.
Les policiers avaient sécurisé les lieux.
Je descendis seul dans la cave.
Rafael me suivit.
— Tu es sûr ?
— Oui.
Nous atteignîmes le vieux mur.
Je posai ma main dessus.
Rien.
Puis je me souvins des paroles de mon père.
Seul ton sang.
Je pris une petite lame.
Je me coupai légèrement le doigt.
Une goutte de sang tomba sur le symbole.
Le mur se mit à vibrer.
CLIC.
Une porte secrète apparut.
Derrière...
un immense coffre noir.
Je m'approchai.
Une inscription était gravée dessus :
« À mon fils, celui qui devra choisir. »
Je l'ouvris.
À l'intérieur se trouvait un seul dossier.
Je le pris.
La première page contenait une photographie.
Une photographie datant de 1989.
Je reconnus immédiatement la femme sur l'image.
Ma mère.
À côté d'elle se trouvait Gabriel.
Mais ce qui me glaça...
c'était le bébé dans les bras de ma mère.
Moi.
Au dos de la photo, une phrase était écrite :
« Le premier héritier est né. »
Je tournai la page.
Et la dernière ligne du dossier disait :
« Mais Nathan n'est pas le seul héritier. »
Rafael me regarda.
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
Je ne répondis pas.
Parce qu'au bas de la page apparaissait un deuxième nom.
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Un nom que je connaissais parfaitement.
RAFAEL MARTIN.