partie 4

Bastien Legrain se réveilla à l’hôpital le soir même.
Noé était assis à côté du lit.
Il tenait la main de son père avec ses deux mains.
Comme s’il pouvait l’empêcher de repartir dans le noir.
Bastien ouvrit les yeux.
« Le bateau ? »
Noé se mit à pleurer.
« J’ai arrêté Madame Ravel. »
Bastien ferma les yeux.
Cette fois, de soulagement.
« Bon garçon. »
« J’ai perdu une chaussure. »
Bastien sourit faiblement.
« On la facturera à l’assassin. »
Noé rit et pleura en même temps.
Élise entra doucement dans la chambre.
Elle avait enlevé sa veste beige.
Ses cheveux étaient attachés.
Son visage semblait plus vieux que le matin.
« Monsieur Legrain. »
Bastien tenta de se redresser.
« Ne montez jamais dans un bateau dont Côme approche. »
« Je crois que le conseil arrive un peu tard. »
Il grimaça.
« Alors dites-moi qu’ils l’ont arrêté. »
« Lui, oui. Sacha pas encore. »
Bastien tourna lentement la tête vers elle.
« Vous avez vu la bague ? »
Élise hocha la tête.
« Oui. »
Bastien respira difficilement.
« Il venait déjà au port la nuit. Depuis des semaines. Je pensais qu’il surveillait les travaux. Puis j’ai vu les bidons. »
« Pourquoi ne pas m’avoir appelée ? »
Bastien regarda Noé.
« J’ai essayé. Votre téléphone ne répondait pas. Ensuite Côme est arrivé. »
Élise sortit son portable.
Trois appels manqués inconnus.
Supprimés.
Elle n’avait jamais vu ces appels.
Quelqu’un avait eu accès à son téléphone.
Côme.
Bien sûr.
Depuis trois semaines, il l’aidait à “gérer ses messages”.
Elle sentit la honte lui monter à la gorge.
Bastien sembla comprendre.
« Les escrocs n’entrent pas toujours par effraction, Madame Ravel. Parfois, ils tiennent la porte. »
Cette phrase resta dans la chambre.
Puis Noé demanda :
« Il va revenir ? Sacha ? »
Élise s’accroupit devant lui.
« Pas vers toi. Je te le promets. »
Bastien la regarda.
« Ne promettez pas ce que vous ne contrôlez pas. »
Elle accepta la correction.
« Alors je promets autre chose. Je vais tout faire pour qu’il ne puisse plus vous toucher. »
Cette fois, Bastien hocha la tête.
La police retrouva Sacha à l’aube.
Pas sur une route.
Pas dans un aéroport.
Au vieux poste d’écluse.
Il voulait rejoindre un bateau privé sur l’autre rive.
Dans sa voiture, il avait un sac.
Passeport.
Argent liquide.
Disque dur.
Et une enveloppe portant le nom de Noé.
Dedans :
deux billets de train.
Un faux certificat médical.
Et une lettre signée du nom de Bastien.
Noé doit partir chez sa tante jusqu’à nouvel ordre.
Le commandant comprit.
Si le plan avait réussi, Sacha aurait fait disparaître Noé en faisant croire que Bastien l’avait envoyé ailleurs.
Un enfant témoin effacé dans les papiers.
Comme on efface une ligne gênante dans un contrat.
Sacha fut arrêté sans résistance.
Les hommes comme lui ne se battent pas quand leurs signatures parlent déjà contre eux.
Au poste, il nia tout.
Il dit que Côme avait agi seul.
Que les messages étaient sortis de leur contexte.
Que Bastien le détestait.
Que Noé était traumatisé.
Puis le disque dur fut ouvert.
Et le mensonge s’effondra.
On y trouva les plans du projet NovaRive.
Les échanges avec les promoteurs.
Les virements à Côme.
Les faux rapports de dépollution.
Les contrats préparés avant même la mort d’Élise.
Et une vidéo prise par une caméra de sécurité de la villa.
On y voyait Sacha donner la bague en argent à Côme.
Puis dire :
« Porte-la au port. Si le mécanicien parle, il croira m’avoir vu. Je dirai que c’est impossible. »
Élise regarda la vidéo avec le commandant.
Son demi-frère avait même prévu de semer le doute.
Il voulait que la preuve pointe vers lui.
Puis il voulait prouver que la preuve était trop évidente.
Un piège dans le piège.
Mais il n’avait pas prévu Noé.
Un garçon de douze ans.
Blessé.
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Pieds nus.
Trop têtu pour tomber au bon moment.