CHAPITRE 3 — TRENTE-SEPT JOURS

CHAPITRE 3 — TRENTE-SEPT JOURS
La porte d'entrée s'ouvrit à 15 h 42.
Isabella descendait lentement l'escalier lorsqu'elle entendit les pas.
Elle s'attendait à voir un employé.
Peut-être le jardinier.
Peut-être un livreur.
Certainement pas Nathan.
Son visage se figea.
Nathan entra dans le hall.
Derrière lui venaient Marcus, Claire, deux agentes et une infirmière.
Mais ce qui inquiéta réellement Isabella, ce ne furent pas les personnes qui l'accompagnaient.
Ce fut son regard.
Nathan ne criait pas.
Il ne semblait même pas en colère.
Il était calme.
Trop calme.
— Nathan ?
Il ne répondit pas.
Il regarda simplement vers la cuisine.
Puis il vit Maya.
Sa fille était assise par terre contre un meuble.
Noah dormait dans son berceau.
Maya avait les bras autour de ses genoux.
Lorsqu'elle vit son père, elle se leva.
Elle courut vers lui.
Nathan s'agenouilla.
Maya se jeta dans ses bras.
Il la serra contre lui.
Très fort.
— Papa...
— Je suis là.
— Tu es vraiment revenu.
— Oui.
Elle pleurait contre son costume.
Nathan posa une main sur ses cheveux.
— Tu n'as plus besoin d'avoir peur.
Isabella descendit les dernières marches.
Elle avait déjà retrouvé son sourire.
— Nathan, je suis tellement contente que tu sois rentré.
Il leva les yeux vers elle.
— Depuis combien de temps Maya s'occupe-t-elle seule de Noah ?
Isabella resta silencieuse.
Puis elle sourit.
— Tu as mal compris.
— Réponds.
— Maya adore son petit frère.
— Ce n'était pas ma question.
Isabella croisa les bras.
— Elle m'aide.
Nathan regarda les marques rouges sur les épaules de Maya.
— Depuis combien de temps ?
— Quelques jours.
Nathan secoua lentement la tête.
— Trente-sept jours.
Isabella pâlit.
— Quoi ?
Nathan sortit son téléphone.
— Trente-sept jours d'enregistrements.
Il posa l'écran devant elle.
La vidéo apparut.
Maya nettoyait la maison à 23 h 48.
Isabella regardait depuis le haut de l'escalier.
Une autre vidéo.
Maya mangeait seule.
Une autre.
Maya berçait Noah à 2 h 13 du matin.
Une autre.
Isabella verrouillait une porte.
Une autre.
Maya demandait :
— Est-ce que je peux manger maintenant ?
Et Isabella répondait :
— Tu n'as pas terminé.
Isabella recula.
— Ces images ne veulent rien dire.
Claire prit la parole.
— Elles constituent pourtant des éléments extrêmement sérieux.
— Vous n'avez rien à faire ici !
Claire resta calme.
— Je suis l'avocate de Nathan et de Maya.
Isabella regarda Nathan.
— Tu fais vraiment confiance à ces gens plutôt qu'à ta femme ?
Nathan ne répondit pas.
Il regardait sa fille.
Maya avait baissé la tête.
Nathan s'approcha d'elle.
— Maya, regarde-moi.
Elle leva lentement les yeux.
— Est-ce qu'Isabella t'a déjà frappée ?
Maya ne répondit pas.
Nathan attendit.
— Maya.
La petite fille secoua la tête.
— Non.
Nathan soupira de soulagement.
Puis elle ajouta :
— Mais elle disait qu'elle le ferait si je parlais.
Nathan sentit son cœur se briser.
Il se releva.
Cette fois, Isabella vit quelque chose dans ses yeux qu'elle n'avait jamais vu auparavant.
La confiance avait disparu.
— Va avec l'infirmière, dit-il à Maya.
— Papa...
— Je te rejoins bientôt.
Maya prit la main de l'infirmière.
Puis elle s'arrêta.
— Papa ?
— Oui ?
— Est-ce que tu es fâché contre moi ?
Nathan resta figé.
— Contre toi ?
Elle acquiesça.
— Parce que je ne t'ai rien dit.
Nathan s'agenouilla devant elle.
— Écoute-moi bien.
Il prit son visage entre ses mains.
— Tu n'as rien fait de mal.
Maya se mit à pleurer.
— Mais je savais que ce n'était pas bien.
— Tu avais peur.
Elle acquiesça.
Nathan l'embrassa sur le front.
— C'est moi qui aurais dû voir.
Maya partit avec l'infirmière.
Nathan se retourna vers Isabella.
— Maintenant, nous allons parler.
— Très bien.
— Mais pas comme mari et femme.
Isabella sentit son visage se vider de ses couleurs.
— Comme quoi, alors ?
Nathan répondit :
— Comme le père d'une enfant que tu as terrorisée.
CHAPITRE 4 — LE DOSSIER ROUGE
Une heure plus tard, Maya était examinée par le pédiatre.
Elle souffrait de douleurs musculaires importantes et présentait plusieurs marques sur les épaules et le dos.
Rien de cassé.
Mais le médecin resta grave.
— Elle est épuisée.
Nathan hocha la tête.
— Je sais.
— Non, Nathan.
Le médecin le regarda droit dans les yeux.
— Vous ne comprenez pas.
Il lui tendit le dossier.
— Ce n'est pas seulement aujourd'hui.
Nathan baissa les yeux.
— Que voulez-vous dire ?
— Elle a perdu du poids.
Nathan releva brusquement la tête.
— Combien ?
Le médecin lui donna le chiffre.
Nathan resta silencieux.
Il connaissait le poids normal de sa fille.
Il connaissait sa taille.
Il connaissait ses résultats scolaires.
Mais il ne connaissait pas son poids actuel.
Parce qu'il n'avait pas regardé.
Parce qu'il avait cru que tout allait bien.
Parce qu'Isabella lui répétait que Maya était une enfant difficile.
Une enfant jalouse.
Une enfant qui refusait de s'adapter.
Il avait cru sa femme.
Pas sa fille.
Cette pensée lui fit plus mal que n'importe quelle accusation.
Marcus entra.
— Nathan.
— Quoi ?
— Nous avons trouvé quelque chose.
Il posa une enveloppe rouge sur la table.
— Où ?
— Dans le bureau d'Isabella.
Nathan ouvrit l'enveloppe.
À l'intérieur se trouvaient des copies de documents financiers.
Des comptes.
Des virements.
Des contrats.
Et plusieurs pages concernant le patrimoine de Maya.
Nathan fronça les sourcils.
— Pourquoi possède-t-elle ces documents ?
Claire les examina.
— Ce sont les documents du trust de Maya.
Nathan releva les yeux.
— Le trust est verrouillé.
— Oui.
— Alors comment a-t-elle obtenu les relevés ?
Claire ne répondit pas immédiatement.
Elle parcourut les pages.
Puis son expression changea.
— Nathan...
— Quoi ?
— Quelqu'un a tenté de modifier les bénéficiaires.
Le silence s'installa.
Nathan prit les documents.
Une signature apparaissait au bas de la page.
Son nom.
— Je n'ai jamais signé ça.
Claire acquiesça.
— Je sais.
Elle sortit son téléphone.
— La signature est probablement falsifiée.
Nathan sentit une colère froide monter.
— Depuis combien de temps ?
Claire regarda la date.
— Trois mois.
Nathan se tourna lentement vers la porte.
Isabella se tenait dans le couloir.
Elle avait entendu.
— Je peux expliquer.
Nathan la regarda.
— Alors explique.
— Je voulais simplement protéger notre famille.
— En essayant de prendre le contrôle du trust de ma fille ?
— Maya est trop jeune pour gérer cet argent.
— Elle n'a rien à gérer.
Nathan serra les documents.
— Cet argent est à elle.
Isabella avança.
— Nathan, tu ne comprends pas.
— Alors aide-moi.
Elle hésita.
Puis elle dit :
— Tu as toujours été trop sentimental avec elle.
Nathan resta immobile.
— Elle a neuf ans.
— Justement.
— C'est ta justification ?
Isabella leva les mains.
— Je voulais lui apprendre la discipline.
Nathan désigna les marques sur les épaules de Maya visibles à travers la porte entrouverte.
— Tu appelles ça de la discipline ?
Isabella détourna les yeux.
Puis Nathan posa une question.
— Pourquoi avais-tu besoin du trust ?
Elle ne répondit pas.
— Pourquoi ?
Silence.
Nathan fit un pas vers elle.
— Où est passé l'argent ?
Isabella blêmit.
Marcus regarda son téléphone.
— Nathan.
— Quoi ?
— Nous avons retrouvé des virements.
Nathan se tourna.
— Vers où ?
Marcus hésita.
— Une société appelée Carter Holdings International.
Nathan fronça les sourcils.
— Cette société n'existe plus.
— Justement.
Marcus lui tendit le téléphone.
— Quelqu'un l'a réactivée il y a six mois.
Nathan fixa l'écran.
Le compte avait reçu plusieurs millions.
Et l'un des bénéficiaires était...
Isabella Carter.
CHAPITRE 5 — CE QU'ELLE CACHait
Cette nuit-là, Nathan ne dormit pas.
Maya dormait dans sa chambre.
Noah était avec la nourrice.
Isabella était surveillée par les autorités pendant que les avocats préparaient les premières mesures.
Nathan était seul dans son bureau.
Il regardait les vidéos.
Encore.
Et encore.
Il cherchait quelque chose.
Un détail.
Une incohérence.
Une raison.
Pourquoi Isabella avait-elle commencé à maltraiter Maya ?
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi le trust ?
Pourquoi cette société ?
À 2 h 18 du matin, Marcus entra.
— Tu devrais dormir.
Nathan ne leva pas les yeux.
— Pas encore.
Marcus s'approcha.
— J'ai trouvé une autre chose.
Il posa une tablette.
— Une caméra du garage.
Nathan lança la vidéo.
La date était six mois plus tôt.
Isabella montait dans une voiture noire.
Elle n'était pas seule.
Un homme l'attendait.
Nathan ne reconnut pas son visage.
Mais il reconnut sa voix.
Même à travers l'enregistrement.
— Tu as parlé à Nathan ?
Isabella répondit :
— Pas encore.
— Et la fille ?
— Elle commence à poser des questions.
Nathan se redressa.
L'homme continua :
— Alors accélère.
— Elle n'est qu'une enfant.
— Une enfant qui héritera de tout.
Isabella resta silencieuse.
L'homme ajouta :
— Si Nathan découvre ce que sa première femme avait découvert avant sa mort, tout s'effondre.
Nathan se figea.
Sa première femme.
La mère de Maya.
Elle était morte quatre ans auparavant.
Officiellement, d'une maladie soudaine.
Nathan avait toujours accepté cette version.
Mais la vidéo venait de faire apparaître quelque chose d'impossible.
La mère de Maya avait découvert quelque chose.
Et quelqu'un avait peur que Nathan le découvre.
Marcus regarda son patron.
— Tu comprends ce que ça signifie ?
Nathan ne répondit pas.
Il relança la vidéo.
Cette fois, il entendit une phrase qu'il n'avait pas remarquée.
L'homme disait :
— Maya ne doit jamais savoir qui était réellement son père.
Nathan arrêta la vidéo.
Son visage devint livide.
— Son père ?
Marcus fronça les sourcils.
— Nathan...
— Je suis son père.
Marcus ne répondit pas.
Nathan regarda l'écran.
Puis il murmura :
— Alors pourquoi quelqu'un vient-il de dire le contraire ?
Dans le couloir, une petite silhouette s'était arrêtée.
Maya.
Elle avait entendu.
Et elle tenait quelque chose dans sa main.
Une vieille enveloppe.
— Papa ?
Nathan se retourna.
— Maya ?
Elle entra lentement.
— J'ai trouvé ça dans les affaires de maman.
Nathan s'approcha.
— Qu'est-ce que c'est ?
Maya lui tendit l'enveloppe.
— Elle m'avait dit de ne jamais l'ouvrir.
Nathan regarda le nom inscrit dessus.
Son propre nom.
Et sous celui-ci, une phrase écrite de la main de sa première femme :
« À Nathan, seulement lorsqu'il sera enfin prêt à connaître la vérité sur Maya. »
Nathan sentit le sol disparaître sous ses pieds.
Il ouvrit l'enveloppe.
À l'intérieur se trouvait une seule photographie.
Une photographie prise neuf ans plus tôt.
Le jour de la naissance de Maya.
Et derrière la photographie...
Un nom.
Un nom que Nathan n'avait jamais vu auparavant.
Maya observa son père.
— Papa...
Nathan ne répondit pas.
Parce qu'il venait de comprendre que l'histoire qu'on lui avait racontée pendant neuf ans était peut-être entièrement fausse.
Et pour la première fois depuis la mort de sa première épouse...
Nathan eut peur de découvrir la vérité.
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À suivre…
Dans le prochain chapitre : Nathan découvre pourquoi la mère de Maya avait caché la vérité sur sa naissance — et pourquoi Isabella était prête à tout risquer pour empêcher cette révélation.