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Partie 11 — La table du notaire

La réunion eut lieu six jours plus tard.

Grande salle blanche.

Maître Bessières.

Élodie.

Paul.

Mes parents.

Julien avec son avocat.

Serena avec le sien.

Moi.

Ma mère me regardait comme si j’étais morte.

Papa ne me regardait pas du tout.

Julien posa ses mains sur la table.

— On va perdre des heures alors qu’il suffit que Clara annule la vente.

Maître Bessières répondit :

— La vente n’est pas votre sujet juridique direct, Monsieur Delmas.

— C’est la maison de mes parents.

— Non.

Julien se tourna vers moi.

— Tu vois ? Voilà exactement ce que tu fais. Tu utilises les avocats pour nous humilier.

Élodie intervint.

— Monsieur Delmas, personne ne vous oblige à être ici.

Il se tut.

Paul commença.

Pas avec la villa.

Avec l’ancienne maison de mes parents.

Prix de vente.

Solde net.

Virement vers JD Horizon.

Papa se raidit.

Puis les avances.

Mes prêts.

Les garanties.

Les dettes.

Enfin la SCI Atlantique.

Paul projeta le tableau.

Projet de financement : 1 350 000 €.

Garantie : villa appartenant à Clara Delmas.

Mandat contesté.

Répartition SCI : Clara 5 %.

Je regardai mes parents.

— Pourquoi cinq pour cent ?

Personne ne répondit.

— J’aimerais réellement savoir.

Papa finit par parler.

— Parce que la SCI devait être familiale.

— Et moi ?

— Tu as déjà ton entreprise, tes appartements, tes investissements.

Je souris.

— Donc plus je travaille, moins j’ai de droits sur ce que j’achète.

— Ne caricature pas.

— Alors explique.

Il frappa la table du plat de la main.

— Julien a des enfants !

— Moi non.

La phrase resta.

Serena baissa les yeux.

Ma mère regarda soudain son mari avec une expression étrange.

Peut-être se souvenait-elle de mes fausses couches.

Papa poursuivit :

— On voulait maintenir quelque chose pour les petits-enfants.

— Avec une maison que j’ai payée.

— Tu n’aurais pas été lésée.

— Vous me laissiez cinq pour cent.

— Tu as déjà suffisamment !

Je le regardai.

Voilà le cœur du problème.

Pas un montage financier.

Une philosophie.

La propriété cessait d’être morale dès que quelqu’un possédait « trop ».

Du moins lorsque cette personne s’appelait Clara.

Élodie posa ensuite le mandat sur la table.

— Madame Delmas conteste avoir signé.

L’avocat de Julien intervint.

— Mon client conteste toute falsification.

Élodie répondit :

— C’est précisément pour cela qu’une procédure indépendante existe.

Ma mère devint agitée.

— On peut arrêter avec ça.

Tout le monde se tourna vers elle.

— Hélène ? demanda Papa.

Elle regarda ses mains.

— Michel…

— Quoi ?

Elle se mit à pleurer.

— On savait qu’elle ne signerait pas si on lui expliquait tout.

Silence absolu.

Papa devint livide.

— Tais-toi.

Ma mère leva les yeux.

— Non.

Ce mot sembla lui coûter trente ans.

— Hélène.

— Tu avais dit qu’on régulariserait ensuite.

Julien intervint :

— Maman, arrête.

Elle le regarda.

— Et toi tu avais dit que le mandat ne servait qu’à ouvrir le dossier.

L’avocat de Julien murmura :

— Monsieur Delmas, je vous conseille de ne plus intervenir.

Trop tard.

Ma mère pleurait.

— Je pensais qu’on demanderait ensuite à Clara de signer chez le notaire. Michel disait qu’une fois l’argent prêt, elle ne laisserait pas tout s’effondrer.

Je cessai de respirer.

Voilà la stratégie.

Créer l’urgence.

Faire avancer les démarches.

Puis m’amener au dernier moment.

Si tu refuses maintenant, tout le monde perd.

C’était exactement ainsi qu’ils m’avaient obtenue pendant des années.

Pas avec un pistolet.

Avec des catastrophes déjà déclenchées.

— Et la croisière ? demandai-je.

Ma mère me regarda.

Silence.

— Pourquoi me retirer du voyage ?

Elle ferma les yeux.

— Parce que le rendez-vous bancaire devait avoir lieu pendant la deuxième semaine.

Papa se leva.

— J’en ai assez.

Maître Bessières lui demanda de se rassoir.

Il refusa.

— Tout ça est grotesque. Je voulais sauver mon fils.

Je répondis :

— En sacrifiant ta fille.

Il me regarda enfin.

— Toi, tu survis toujours.

Cette phrase me traversa.

Puis elle perdit son pouvoir.

— Oui, Papa.

Je hochai la tête.

— Mais survivre à ce que vous me faites ne vous donne pas le droit de recommencer.

Il sortit.

La porte claqua.

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Julien resta.

Pour la première fois de ma vie, il avait l’air petit.

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