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Partie 4 — Les 618 400 euros disparus

Je voulais une explication.

Pas une vengeance.

Pas encore.

Une explication.

Élodie me conseilla d’attendre.

— Les chiffres d’abord.

Elle fit intervenir un expert-comptable indépendant, Paul Vernet, habitué aux conflits familiaux et aux structures patrimoniales.

Pendant quatre jours, Paul reconstruisit ce que les documents permettaient de voir.

L’ancienne maison de mes parents avait effectivement été vendue pour 742 000 euros.

Après remboursement du prêt restant, frais et quelques dettes identifiées, ils avaient reçu un peu plus de 618 000 euros.

Quatre jours plus tard, 600 000 étaient partis vers une société appelée :

JD Horizon.

Je reconnus les initiales.

Julien Delmas.

Mon frère détenait quatre-vingts pour cent de JD Horizon.

Serena, vingt.

Activité déclarée : organisation d’événements, conseil et exploitation de lieux éphémères.

Je connaissais la société.

Julien la décrivait comme « son prochain gros coup ».

Selon lui, il avait des investisseurs.

Selon les comptes retrouvés plus tard, son principal investisseur s’appelait surtout Papa et Maman.

Puis, indirectement, Clara.

JD Horizon avait utilisé l’argent pour rembourser des dettes fournisseurs.

Un crédit.

Des loyers impayés.

Et surtout une avance sur un projet de restaurant-club à Hossegor qui n’avait jamais ouvert.

Mes parents avaient donc vendu leur maison pour sauver Julien.

Puis ils s’étaient présentés devant moi comme victimes d’une catastrophe financière.

Je me souvenais de ma mère au téléphone.

— On n’a plus rien, Clara.

Mensonge.

Ils avaient quelque chose.

Ils avaient décidé de le donner à Julien.

Ma colère se refroidit.

Les colères chaudes font crier.

Les froides font imprimer les relevés.

Paul trouva ensuite plusieurs virements de ma propre société vers ma famille.

Pas frauduleux.

Des sommes que j’avais moi-même autorisées au fil des années.

Aide pour une voiture.

Travaux.

Factures.

Un « prêt temporaire » à Julien.

Acompte pour l’école privée de ma nièce.

Total sur neuf ans :

428 700 euros.

Je regardai le tableau.

— Je leur ai donné presque un demi-million avant même la villa ?

Paul corrigea :

— Une partie est qualifiée de prêt dans vos mails.

— Remboursée ?

— Très peu.

Je ris sans joie.

Cela faisait donc plus d’un million trois cent mille euros entre les aides et la villa.

Sans compter la croisière.

Et ma mère trouvait épuisant de « m’entendre parler de tout ce que je faisais ».

Je ne leur en parlais pas.

Mais apparemment la simple existence des faits les gênait.

Le cinquième jour, Paul trouva un contrat plus ancien.

Une reconnaissance de dette signée par Julien cinq ans auparavant.

Montant :

185 000 euros.

Créancier :

moi.

Je me souvenais vaguement.

Son premier restaurant.

Il avait besoin de « trésorerie pour quatre mois ».

Maman m’avait promis :

— Il te remboursera dès que la saison commence.

Il avait remboursé dix mille.

Puis plus rien.

J’avais cessé de demander.

Pourquoi ?

Parce qu’à chaque fois, mon père répondait :

— Tu vas ruiner ton frère pour de l’argent ?

Je m’étais tue.

Paul additionna.

— Si nous incluons les prêts documentés, les sommes restant dues et les engagements récents liés à la tentative de financement, on arrive déjà à une exposition familiale très élevée.

— Combien ?

— Je préfère ne pas additionner des choses de nature différente.

Je souris.

— Vous avez fréquenté Élodie.

— Beaucoup trop.

Puis il finit par me donner un ordre de grandeur.

Entre les dettes personnelles de Julien, les apports de mes parents, les emprunts professionnels, les garanties proposées et le nouveau crédit de 1,35 million, le système familial tournait autour de 3,7 millions d’euros d’engagements et de dettes.

Pas 3,7 millions que je devais payer.

3,7 millions que ma famille tentait de maintenir à flot.

Et la villa devait être le prochain actif sacrifié.

Je compris pourquoi ils voulaient la transférer dans la SCI.

Une fois la maison apportée, elle servirait de garantie pour le prêt.

Le financement aurait remboursé une partie de JD Horizon, plusieurs dettes privées et donné de la trésorerie à Julien.

Mes parents conserveraient trente pour cent chacun.

Julien trente-cinq.

Moi cinq.

Avec mon propre bien.

Le plan était tellement obscène que j’eus du mal à croire qu’ils avaient imaginé que je l’accepterais.

Puis je me rappelai leur méthode.

Ils ne comptaient pas me demander.

Ils comptaient me placer devant le fait accompli.

Et, si je protestais :

La famille doit s’entraider.

Je reçus ce soir-là une série de photographies dans le groupe familial.

Santorin.

Mes parents souriants.

Julien et Serena devant la piscine du navire.

Inès avec un verre à la main.

Légende de ma mère :

Enfin un peu de paix en famille. ❤️

Je regardai la photo.

Puis je quittai le groupe.

Pas de message.

Pas d’insulte.

Je sortis simplement.

Deux minutes plus tard, ma mère me réajouta.

Je repartis.

Elle me réajouta.

Je quittai encore.

Au troisième essai, Julien écrivit :

Grandis un peu.

Je bloquai le groupe.

Puis je pris une décision.

Je demandai à Maître Bessières :

— Combien vaut réellement la villa aujourd’hui ?

Il répondit :

— Avec les travaux que vous avez financés, probablement plus que 966 000.

— Faites-la estimer.

Il me regarda.

— Vous envisagez quoi ?

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Je contemplai l’océan derrière la fenêtre.

— De vendre.

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