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Partie 10 — Leur retour

Ils arrivèrent à Biarritz un mardi matin.

Pas directement depuis Barcelone.

Ils avaient pris un vol de correspondance jusqu’au Pays basque.

À 11 h 06, la caméra du portail m’envoya une notification.

Je me trouvais dans le bureau de Maître Bessières avec Élodie.

J’ouvris l’image.

Deux taxis.

Mes parents.

Julien.

Serena.

Inès n’était pas là.

Elle était rentrée chez elle.

Mon père descendit le premier.

Il tenta son ancien code.

Refus.

Deuxième tentative.

Refus.

Puis il vit l’enveloppe fixée à l’intérieur du portail.

Coordonnées de l’agence.

Code temporaire.

Instructions.

Il entra.

Ma mère le suivit.

Je regardai sans son.

Je n’avais aucune envie d’assister à une émission de téléréalité familiale.

À midi, mon téléphone sonna.

Papa.

Élodie me demanda :

— Vous voulez répondre ?

— Oui.

Je décrochai.

— Bonjour, Papa.

Il hurla immédiatement.

— Il y a un panneau « sous promesse » devant la maison !

— Oui.

— Tu vas l’enlever !

— Non.

— Nos affaires sont ici !

— Vous avez jusqu’à la date convenue pour les récupérer.

— Tu as changé les codes !

— Vous avez un accès temporaire.

— Tu me parles comme à un locataire !

Je respirai.

— Juridiquement, vous occupiez gratuitement un bien qui m’appartient.

— Je suis ton père !

— Oui.

— Ça ne signifie donc plus rien pour toi ?

Je fermai les yeux.

Cette phrase aurait détruit l’ancienne Clara.

La nouvelle demanda :

— Est-ce que ça signifiait quelque chose quand vous avez donné ma place de croisière à Inès ?

Silence.

— Ce n’est pas pareil.

— Pourquoi ?

— Parce que tu pouvais t’offrir un autre voyage.

Je souris tristement.

Toujours la même logique.

Si Clara peut absorber la perte, elle n’a pas été lésée.

— Vous avez un appartement temporaire prêt.

— Je n’en veux pas.

— Très bien.

— Où sommes-nous censés vivre ?

Je pensai à la réponse.

Puis je la prononçai sans colère.

— Demandez à Julien.

Silence.

— Quoi ?

— Vous avez vendu votre ancienne maison pour lui donner plus de six cent mille euros. Vous avez voulu lui donner une part de la villa. Vous m’avez expliqué qu’il avait davantage besoin de la famille que moi. Alors demandez-lui.

Mon père raccrocha.

Dix minutes plus tard, ma mère appela.

Elle pleurait.

— Clara, je t’en supplie.

Je restai silencieuse.

— Ton père est hors de lui. Julien dit qu’il ne peut pas nous héberger.

Évidemment.

L’appartement de Julien était trop petit.

Le restaurant-club n’existait pas.

Les Valois avaient vendu trop vite leur maison et se retrouvaient eux-mêmes en location temporaire.

Pour la première fois, personne n’avait une Clara à qui transférer l’urgence.

— Maman, l’appartement que j’ai proposé est toujours disponible pendant huit semaines.

— Huit semaines ?

— Oui.

— Et après ?

— Vous choisirez un logement correspondant à vos revenus.

Elle sanglota.

— Tu nous fais ça à notre âge ?

Je regardai Élodie.

Puis la fenêtre.

— Non, Maman. Je cesse seulement d’empêcher vos décisions d’avoir des conséquences.

Elle resta silencieuse.

Puis sa voix changea.

— Tu veux nous punir parce qu’on t’a exclue de la croisière.

— Si c’était seulement la croisière, je serais partie moi-même en vacances.

— Alors quoi ?

— Six cent dix-huit mille quatre cents euros.

Elle cessa de pleurer.

— La SCI.

Silence.

— Le faux mandat.

Silence.

— Le déménagement de Julien.

Toujours rien.

— Le prêt de 1,35 million garanti par ma maison.

Sa respiration devint irrégulière.

— C’était ton père.

La phrase arriva enfin.

C’était ton père.

Premier mouvement de l’effondrement.

Quand une famille construit un secret ensemble, il suffit parfois qu’un membre commence à utiliser le singulier.

— On en parlera chez le notaire, dis-je.

— Je ne veux pas de notaire.

— Alors nous n’en parlerons pas.

— Clara—

— L’appartement est disponible. Vous choisissez.

Je raccrochai.

Le soir, ils y emménagèrent.

Pas parce qu’ils avaient accepté ma position.

Parce qu’ils n’avaient aucune alternative immédiate.

Julien, lui, resta dans un hôtel payé par Serena.

Ironie supplémentaire : selon un relevé qui apparut plus tard, Serena utilisa la carte de sa mère.

La famille continuait à fonctionner.

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Simplement sans moi.


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