Partie 11 — « Tu partiras les mains vides »

L’audience de divorce principale arriva presque un an après l’accident.
Je portais un tailleur sombre.
Pas d’attelle.
Pas de béquille.
Antoine entra avec une nouvelle équipe d’avocats.
Il avait perdu du poids.
Son visage paraissait plus vieux.
Il ne travaillait plus chez Apex.
Ses revenus avaient chuté.
Plusieurs de ses comptes étaient concernés par les procédures civiles et pénales en cours.
Mais il n’était pas ruiné.
Contrairement à ce qu’il criait dans la presse.
Il avait des placements personnels.
Un appartement hérité d’une tante.
Des droits dans certaines structures.
Simplement plus de poste prestigieux.
Le divorce traita d’abord les choses sans intérêt médiatique.
Dates.
Résidence.
Contrat.
Flux.
Puis le compte joint.
Les experts expliquèrent.
Traçabilité.
Contributions.
Mouvements.
Le fameux virement de 480 000 euros.
L’avocat d’Antoine affirma :
— Monsieur Parker souhaitait aider sa mère immédiatement après le décès de son père.
Inès répondit :
— Nous ne contestons pas la possibilité d’aider sa mère. Nous contestons le fait qu’il ait tenté de mobiliser une somme très importante dont l’origine principale était le patrimoine propre de son épouse, quelques heures après lui avoir annoncé qu’il prendrait « chaque centime ».
Le magistrat demanda :
— Cette phrase est-elle documentée ?
Je hochai la tête.
L’appel avait été entendu par le personnel médical et partiellement enregistré dans les données de messagerie selon ce qui était admissible ; surtout, les messages ultérieurs confirmaient les menaces financières.
Antoine me regarda.
Puis le duplex.
Son avocat demanda une créance pour travaux.
Il en obtint une partie.
Exactement ce qu’Inès avait dit.
Pas le logement.
Une créance évaluée.
Le SUV fut rapidement écarté du patrimoine conjugal.
Pinnacle aussi.
Le contrat de séparation de biens était clair.
Les actions étaient antérieures.
Les statuts également.
Antoine avait été assisté d’un avocat lors de la signature.
Il prétendit :
— Je ne savais pas la valeur réelle de ses actions.
Le magistrat répondit :
— Vous saviez qu’un patrimoine important était expressément exclu et vous aviez votre propre conseil.
Silence.
Voilà.
On n’a pas besoin de connaître chaque zéro pour savoir qu’on signe une séparation.
Puis l’avocat d’Antoine demanda :
— Madame Beaumont n’a-t-elle pas volontairement dissimulé son identité professionnelle à son époux ?
Je répondis :
— Oui.
Inès se tourna légèrement vers moi.
Je poursuivis.
— Je lui ai dit que j’avais fondé une société et que je disposais d’investissements. Je ne lui ai pas dit que Pinnacle était cette société.
— Pourquoi ?
Je pris le temps.
— Parce que j’avais peur d’être aimée pour mon patrimoine.
— Donc vous l’avez testé.
— Oui.
— Vous reconnaissez une forme de manipulation ?
Je respirai.
— Je reconnais que ce n’était pas une manière saine de construire une transparence conjugale.
Antoine leva les yeux.
Surpris.
Son avocat aussi.
— Et vous demandez néanmoins au tribunal de considérer Monsieur Parker comme seul responsable de l’échec du mariage ?
— Non.
Silence.
— Je demande que les questions financières soient traitées selon les actes, les flux et le droit applicable.
Je regardai Antoine.
— Et je considère que notre mariage a pris fin le jour où il m’a appelée cinquante-deux fois depuis les urgences pour que je cuisine avant de me menacer de me laisser sans rien.
Son avocat demanda :
— Vous n’avez donc pas demandé le divorce à cause de l’audit ?
— L’audit a commencé le lendemain. Ma demande a été formulée avant.
Dates.
Encore.
À la sortie, Antoine m’attendit.
— Ariane.
Je m’arrêtai.
Inès resta près de moi.
— Quoi ?
Il regarda ma jambe.
— Tu boites encore ?
— Quand je suis fatiguée.
— Je suis désolé.
Je ne répondis pas.
— Pour l’hôpital.
Je le regardai.
— Pourquoi maintenant ?
— Parce que j’ai revu la chronologie.
Je fronçai les sourcils.
— Quelle chronologie ?
— Les cinquante-deux appels.
Il baissa les yeux.
— Mon avocat me les a montrés.
— Tu les avais passés.
— Je sais.
— Alors pourquoi avais-tu besoin de les voir ?
Il réfléchit.
— Parce que dans ma tête, j’avais appelé quelques fois.
Je restai immobile.
C’était terrifiant.
Il s’était raconté une version où il avait été insistant.
Pas cinquante-deux appels.
Pas une heure de harcèlement.
— Tu t’es souvenu d’une version plus confortable.
— Oui.
Enfin.
Il poursuivit :
— J’étais persuadé que tu exagérais ta douleur.
— Pourquoi ?
— Maman pleurait. La maison était pleine. Papa venait de mourir.
— Et donc ?
— Je ne sais pas.
Il se couvrit le visage.
— Je pensais que quelqu’un devait gérer.
Je répondis doucement :
— Et ce quelqu’un était toujours moi.
Il ne nia pas.
— Oui.
Silence.
Puis :
— Quand tu as dit divorce, j’ai voulu te faire peur.
— Je sais.
— Je ne pensais pas vraiment pouvoir prendre Pinnacle.
Je souris.
— Tu ne savais pas que Pinnacle était à moi.
Il eut un rire douloureux.
— Exact.
Puis il me regarda.
— Mais je pensais pouvoir prendre assez pour que tu reviennes.
Cette phrase me fit froid.
Pas par méchanceté.
Parce qu’elle révélait le mécanisme.
— Tu voulais me rendre dépendante.
Il secoua la tête.
Puis s’arrêta.
— Peut-être.
Je regardai l’homme que j’avais épousé.
— Antoine, c’est exactement ce qu’Henri essayait de te dire.
Son visage changea.
— Ne parle pas de lui.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il m’a trahi.
Je soupirai.
— Non.
Puis je partis.
Il me cria derrière :
— Alors quoi ?
Je me retournai.
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— Il t’a aimé sans accepter de mourir à ta place.
Antoine ne répondit rien.