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Partie 6 — Le jour où Antoine a découvert Apex

La révélation de mon identité n’eut pas lieu comme je l’avais imaginée.

Pas dans une salle de conseil.

Pas derrière un grand bureau.

Pas avec une phrase théâtrale.

Elle eut lieu dans le cabinet de son avocat.

Antoine demanda, par l’intermédiaire d’Inès, une médiation patrimoniale précoce.

Nous acceptâmes uniquement pour les questions civiles.

Il entra avec Maître Renaud Colbert.

Moi avec Inès.

Cynthia n’était pas présente.

Le dossier professionnel n’avait rien à faire là.

Antoine me regarda.

Ma jambe était encore dans une botte orthopédique.

Je marchais avec une seule béquille.

— Tu as bonne mine.

— Merci.

— Tu es contente ?

Je m’assis.

— De marcher ? Oui.

— Tu sais ce que je veux dire.

Inès intervint.

— Nous sommes ici pour les éléments patrimoniaux.

Antoine ouvrit immédiatement.

— Le duplex.

Son avocat le retint.

— Antoine.

— Non. Je veux qu’elle entende.

Il me regarda.

— Tu m’as fait expulser de chez moi.

— Je ne t’ai pas fait expulser.

— Les serrures ont été changées.

Inès répondit :

— Après expiration de l’autorisation provisoire et selon l’accord signé par votre conseil.

Antoine ignora.

— Et la voiture ?

— Véhicule de fonction.

— Ton véhicule de fonction ? Tu n’as même pas de travail salarié !

Je le regardai.

Inès aussi.

Antoine poursuivit :

— Ça suffit, les mensonges.

Je restai silencieuse.

— Je veux connaître tes vrais revenus.

Inès posa un document.

— Les déclarations requises seront échangées dans le cadre prévu.

— Non.

Il frappa la table.

— Elle se cache derrière des holdings.

— Antoine—

— Je sais qu’elle a de l’argent.

Je sentis quelque chose de froid.

— Depuis quand ?

Il se figea.

— Quoi ?

— Depuis quand sais-tu ?

Silence.

— Henri savait.

Son visage changea.

Très légèrement.

— Ne mêle pas Papa à ça.

— Il m’a écrit.

Antoine blêmit.

— Quoi ?

— Avant de mourir.

Il se tourna vers son avocat.

Renaud Colbert ne semblait pas au courant.

— Quelle lettre ?

Je secouai la tête.

— Ce n’est pas notre sujet aujourd’hui.

Antoine se pencha.

— Qu’est-ce qu’il a raconté ?

— Que tu considérais mon patrimoine comme une solution future.

— Il délirait à la fin.

Cette phrase me glaça.

— Ton père avait toute sa tête.

— Tu ne sais pas.

— Assez.

Il respira fortement.

Puis :

— Très bien. Oui, je savais que tu avais de l’argent.

— Combien ?

— Je ne savais pas.

— Et pourtant tu m’as appelée parasite.

— J’étais en colère.

— Tu as dit à ta mère que je ne travaillais pas.

— Parce que tu ne travailles pas comme tout le monde !

Je souris sans joie.

— Non.

Il se pencha.

— Alors dis-moi.

Silence.

Je regardai Inès.

Elle ne m’empêcha pas.

— Tu veux vraiment savoir ?

— Oui.

— Pinnacle Global Group.

Il fronça les sourcils.

— Quoi ?

— Tu connais ?

Il rit nerveusement.

— Évidemment que je connais Pinnacle.

— Bien.

— Quel rapport ?

Je le regardai.

— Je l’ai fondé.

Silence.

Il ne comprit pas.

— Tu as quoi ?

— Fondé Pinnacle.

Il secoua la tête.

— Arrête.

— Avec deux associés. J’avais trente ans.

— C’est impossible.

— Pourquoi ?

— La fondatrice s’appelle A. Beaumont.

Je souris.

— Ariane Beaumont.

Son visage se vida.

— Non.

Je continuai.

— J’ai quitté la direction opérationnelle avant notre mariage, mais je suis restée présidente du conseil.

Il regarda son avocat.

Puis moi.

— Apex…

Je hochai la tête.

— Filiale de Pinnacle.

Il se leva.

— Tu mens.

— Lis les statuts publics du groupe.

— Tu…

Il ne terminait plus ses phrases.

— Tu possèdes Apex ?

— Pinnacle contrôle Apex.

— Donc toi.

— Je détiens la majorité de Pinnacle, oui.

Il recula.

Puis se rassit.

— Depuis combien de temps ?

— Avant de te connaître.

— Et tu m’as laissé travailler là ?

Je fronçai les sourcils.

— Tu y travaillais avant notre rencontre.

— Tu m’as laissé être promu !

— Je ne participe pas aux promotions de directeurs régionaux.

— Tu savais !

— Oui.

— Et tu n’as jamais rien dit !

Je pris une inspiration.

— C’était une erreur de ne pas te raconter toute ma situation.

Il rit.

— Une erreur ?

— Oui.

— Tu m’as humilié pendant trois ans.

Cette phrase me surprit.

— Comment ?

— J’ai parlé de mon boulot devant toi !

— Oui.

— Je t’ai raconté des choses !

— Des choses générales.

— Tu savais qui étaient les dirigeants !

— Oui.

— Tu savais mes chiffres !

— Non. Je refusais d’accéder à tes données opérationnelles.

— Mensonge.

Inès intervint :

— Monsieur Parker, attention.

Il me pointa du doigt.

— Tu as préparé l’audit.

Je secouai la tête.

— Décidé avant mon accident.

— Tu l’as accéléré.

— Le comité l’a lancé.

— Parce que tu es présidente !

— Je me suis récusée.

— Bien sûr.

Son avocat murmura :

— Antoine, arrêtez.

Mais il ne pouvait plus.

— Tu m’as piégé.

Je le regardai.

— Comment ?

— Tu as attendu que je fasse une erreur.

— Quelle erreur ?

Silence.

Je répétai :

— Quelle erreur, Antoine ?

Il comprit.

Trop tard.

Je n’avais rien dit de l’audit.

Pas un mot.

Il venait lui-même de parler d’une erreur.

Son avocat ferma les yeux.

Je repris doucement :

— Le divorce ne dépendra pas de l’audit.

— Arrête de faire semblant.

— Et l’audit ne dépendra pas du divorce.

— Tu vas me virer.

— Je ne voterai pas.

— Tu vas me faire arrêter.

— Je ne décide pas de ça.

— Tu contrôles tout !

Je le regardai.

— Non.

Puis :

— C’est précisément ce que tu n’as jamais compris.

Il rit de colère.

— Tu possèdes un empire et tu veux me faire croire que tu n’as pas de pouvoir ?

— J’ai du pouvoir.

Je pris mon dossier.

— Ce qui compte, c’est ce que j’ai le droit d’en faire.

Silence.

— Et ce que tu as fait, toi, de celui que tu avais.

Je me levai.

Antoine me regarda.

— Ariane.

Je m’arrêtai.

— Si j’avais su…

Je sentis mon estomac se nouer.

— Si tu avais su quoi ?

Il ne répondit pas.

— Que j’étais ta patronne ?

— Pas ma patronne.

— Alors ?

Il baissa les yeux.

Je compris.

— Si tu avais su que j’étais plus puissante que toi, tu ne m’aurais pas traitée comme ça.

Silence.

Je souris tristement.

— C’est exactement pourquoi c’est fini.

Je sortis.

Dans le couloir, Inès me rejoignit.

— Ça va ?

— Non.

— Vous regrettez de lui avoir dit ?

Je réfléchis.

— Non.

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Puis je regardai la porte fermée.

— Je regrette seulement qu’il ait fallu qu’il découvre mon pouvoir pour comprendre que j’étais une personne à qui il pouvait perdre quelque chose.

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