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Partie 10 — Le conseil d’administration Six mois après mon accident, je marchais sans béquilles.

Six mois après mon accident, je marchais sans béquilles.

Ma jambe restait douloureuse le soir.

La cicatrice sous mon genou était encore rouge.

Je repris officiellement la présidence active du conseil de Pinnacle.

La première réunion fut presque normale.

Investissements.

Résultats.

Projet ferroviaire.

Acquisition d’un entrepôt.

Puis vint la politique de gouvernance.

J’avais demandé à Farah de préparer un dispositif renforcé sur les relations personnelles entre dirigeants du groupe et collaborateurs, fournisseurs ou responsables de filiales.

Elle présenta.

Déclaration obligatoire.

Comité indépendant.

Traçabilité.

Recours à un administrateur référent.

Aucune intervention du dirigeant concerné dans les audits individuels.

Marc leva la main.

— Tout ça parce que tu as épousé un directeur régional sans lui dire que tu possédais sa maison mère ?

La salle éclata de rire.

Je levai les yeux au ciel.

— Formulé ainsi, ça semble légèrement mauvais.

— Légèrement.

Morgane ajouta :

— On peut appeler la politique « clause Antoine ».

— Refusé.

Farah sourit.

— Trop tard, c’est déjà le nom officieux.

Je ris.

Cela me fit du bien.

Puis le ton redevint sérieux.

Le cabinet forensique avait terminé son rapport.

Préjudice potentiel directement documenté : 2,15 millions d’euros, dont une partie pouvait encore être contestée ou récupérée.

Avantages personnels indus estimés : environ 730 000 euros.

Autres dépenses irrégulières ou mal justifiées : plusieurs millions sous revue.

La justice déterminerait les qualifications.

Le civil déterminerait les remboursements.

Le travail déterminerait les fautes disciplinaires.

Trois systèmes.

Trois standards.

Aucune phrase simple comme :

Il a volé 7,8 millions.

La réalité était plus compliquée.

Et donc plus crédible.

Le conseil vota ensuite la stratégie de coopération avec les autorités.

Je sortis.

Toujours.

Dans le couloir, Morgane m’attendait avec du café.

— Tu sais que tu pourrais légalement rester sur certaines discussions générales.

— Je sais.

— Tu pars quand même.

— Oui.

— Pourquoi ?

Je regardai ma cicatrice.

— Parce qu’Antoine va passer les dix prochaines années à raconter que tout cela est ma vengeance.

— Et tu crois que sortir de la pièce va l’en empêcher ?

— Non.

Je souris.

— Mais ça m’empêchera, moi, de me demander s’il avait raison.

Morgane hocha la tête.

— Bonne réponse.

Puis elle me tendit une seconde enveloppe.

— Divorce.

Je soupirai.

— J’aimais mieux le conseil.

Maître Inès Valmont avait terminé la première grande reconstitution patrimoniale.

Le fameux 1,2 million.

Après analyses, les contributions étaient suffisamment documentées pour soutenir que la grande majorité provenait de mon patrimoine propre.

Mais Antoine conservait certaines créances ou droits sur une part des économies issues de flux communs.

Il n’obtiendrait pas « chaque centime ».

Moi non plus.

Le duplex restait dans ma structure patrimoniale.

Le SUV n’entrait pas dans le partage.

Antoine réclamait cependant une prestation compensatoire significative, arguant de la disparité extrême de patrimoine et de certaines décisions prises pendant le mariage.

Je regardai Inès.

— Il peut obtenir quelque chose ?

— Potentiellement, selon l’ensemble des critères applicables.

— Malgré le contrat ?

— Le contrat règle le régime matrimonial. Il n’efface pas toutes les questions de divorce.

Encore une leçon.

— Donc je ne vais pas le laisser « les mains vides ».

— Peut-être pas.

Je souris.

— Ironique.

— La justice familiale n’est pas une machine à récompenser la personne qu’on préfère moralement.

— Vous devriez imprimer ça sur vos cartes.

Inès poursuivit.

— Son comportement financier et certains faits seront évidemment discutés lorsqu’ils sont juridiquement pertinents. Mais ne vous attendez pas à un jugement disant : « Antoine a été un mari horrible, donc Ariane garde tout. »

— Je ne veux pas ça.

— Bien.

Puis elle posa un document.

— Il demande aussi la moitié de Pinnacle.

Je la regardai.

Puis éclatai de rire.

— Pardon.

— Je savais que ça vous ferait du bien.

— Sur quelle base ?

— Il prétend que votre retrait de la direction quotidienne pendant le mariage a permis une valorisation à laquelle il aurait indirectement contribué en assumant certaines charges du foyer.

Je la regardai.

— Antoine oublie que nous avions une gouvernante quatre jours par semaine.

— Oui.

— Et qu’il n’a jamais payé mon activité.

— Oui.

— Et que Pinnacle existait dix ans avant lui.

— Oui.

Je repris mon sérieux.

— Mais ?

— Mais il a le droit de présenter des arguments. Nous répondons avec les documents.

Documents.

Toujours.

Les chiffres.

Les dates.

Les statuts.

Je commençais à comprendre pourquoi Cynthia disait que les faits sont lourds.

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Ils n’ont pas besoin d’être indignés.

Leur poids suffit.

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