CHAPITRE 15 — LE DOUZIÈME NOM

CHAPITRE 15 — LE DOUZIÈME NOM
Je regardai la feuille.
Mon nom était encerclé en rouge.
NATHAN MARTIN.
Je secouai la tête.
— Non.
Mon père ne répondit pas.
— Tu savais ?
Il détourna les yeux.
— Depuis ta naissance.
Rafael arracha presque le dossier de mes mains.
— C'est impossible.
Adrian lut les documents.
Son visage changea.
— Ce n'est pas une simple nomination.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Il tourna la page.
Une phrase était inscrite :
« Le douzième héritier ne sera jamais choisi. Il naîtra. »
Elena murmura :
— Alors tout était prévu.
Je regardai mon père.
— Ma naissance ?
Il acquiesça lentement.
— Oui.
Je reculai.
— Tu veux dire que je n'étais pas simplement ton fils ?
— Tu étais l'héritier final.
Je sentis une colère immense monter.
— Et ma mère ?
Elle ferma les yeux.
— Je savais.
— Camila ?
Elle baissa la tête.
— Elle aussi.
Je regardai Rafael.
— Et toi ?
Il secoua la tête.
— Je ne savais rien.
Adrian répondit :
— Moi non plus.
Je fixai mon père.
— Alors pourquoi moi ?
Il prit une profonde inspiration.
— Parce qu'Alexander avait besoin d'un héritier qui ne soit pas complètement soumis au Consortium.
— Et tu pensais que ce serait moi ?
— Oui.
Je ris amèrement.
— Tu m'as élevé pour devenir exactement ce que tu prétendais combattre.
Mon père ne répondit pas.
Soudain, Elena cria :
— Nathan !
Elle montrait le dossier.
Une nouvelle page venait d'apparaître.
ACTIVATION DU DOUZIÈME HÉRITIER : EN COURS.
Je sentis mon téléphone vibrer.
Puis celui de Rafael.
Puis celui d'Adrian.
Tous les écrans affichèrent le même message :
« BIENVENUE, NATHAN. »
La salle entière s'illumina.
Des centaines d'écrans sortirent des murs.
Des cartes.
Des banques.
Des sociétés.
Des gouvernements.
Des noms.
Tout était connecté.
Je compris alors.
Le système n'était jamais mort.
Nous avions seulement détruit sa façade.
Une voix résonna.
Pas celle d'Elias.
Pas celle de Victor.
Une voix inconnue.
Calme.
Froide.
— Bonsoir, Nathan.
Je me tournai vers les écrans.
Douze silhouettes apparurent.
Onze étaient dans l'ombre.
La douzième avait un visage visible.
Je le reconnus.
Je ne pus prononcer qu'un mot :
— Camila...
Elle était déjà dans la salle.
Mais elle ne me regardait pas.
Elle regardait les écrans.
Puis elle murmura :
— Je suis désolée.
Je compris immédiatement.
— Tu fais partie du Consortium.
Elle acquiesça.
Rafael pointa son arme vers elle.
— Depuis quand ?
Camila répondit :
— Depuis ma naissance.
Je la regardai.
— Alors tout ce que tu m'as dit...
— Était vrai.
— Même ton amour ?
Elle leva les yeux.
— Surtout ça.
La voix des écrans reprit :
— Nathan, tu as maintenant deux choix.
Une interface apparut.
ACCEPTER LA COURONNE.
DÉTRUIRE LE CONSORTIUM.
Je regardai mon père.
— Que se passe-t-il si je détruis le Consortium ?
Il répondit :
— Tu mourras.
Je fronçai les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce que le système est lié à ton ADN.
Adrian comprit.
— S'il détruit le Consortium, le système détruira son propre héritier.
Elena regarda l'écran.
— Il mourra avec lui.
Je restai silencieux.
Puis je souris.
— Alors ils ont fait une erreur.
Mon père me regarda.
— Laquelle ?
— Ils pensent encore que je veux survivre.
Je m'approchai du terminal.
Camila courut vers moi.
— Nathan, non !
Je me retournai.
— Pourquoi ?
Elle avait les larmes aux yeux.
— Parce que je ne peux pas te perdre une deuxième fois.
Je la regardai.
— Tu m'as déjà sauvé une fois.
— Je peux encore te sauver.
— Comment ?
Elle sortit une petite carte noire de sa poche.
— Le Consortium a une faille.
Je pris la carte.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Une clé d'arrêt.
Adrian se rapprocha.
— Impossible.
Camila secoua la tête.
— Alexander l'avait créée.
Mon père pâlit.
— Je croyais qu'elle avait été détruite.
— Non.
Elle regarda Nathan.
— Je l'ai gardée pendant vingt ans.
Je compris alors.
Camila n'était pas seulement une agente.
Elle préparait cette journée depuis le début.
— Pourquoi ne pas l'avoir utilisée plus tôt ?
Elle répondit :
— Parce qu'elle ne fonctionne qu'avec le douzième héritier.
Je regardai la carte.
Puis le système.
Puis mes frères.
Ma mère.
Mon père.
Camila.
Tout le monde me regardait.
Je savais ce que je devais faire.
Je posai la carte sur le terminal.
IDENTITÉ CONFIRMÉE.
Une alarme retentit.
PROTOCOLE FINAL.
Les onze silhouettes apparurent.
Pour la première fois, elles semblaient paniquées.
— NATHAN, ARRÊTE !
Je souris.
— Vous avez passé toute ma vie à décider pour moi.
Je posai ma main sur le lecteur.
— Cette fois...
Je regardai Camila.
— ...c'est moi qui décide.
ACTIVATION.
Le système commença à s'effondrer.
Les écrans explosèrent les uns après les autres.
Les comptes furent verrouillés.
Les serveurs s'éteignirent.
Les communications coupèrent.
Les onze membres du Consortium hurlèrent.
Puis une dernière phrase apparut :
« DOUZIÈME HÉRITIER : LIBÉRATION. »
Une douleur terrible traversa ma poitrine.
Je tombai à genoux.
— NATHAN !
Camila me rattrapa.
Mon cœur ralentissait.
Je n'entendais plus rien.
Seulement sa voix.
— Reste avec moi.
Je voulus répondre.
Mais aucun son ne sortit.
Puis...
plus rien.
Trois jours plus tard.
Un hôpital de Paris.
Camila était assise près de la fenêtre.
Rafael dormait dans un fauteuil.
Elena tenait la main de ma mère.
Adrian regardait silencieusement la porte.
Mon père entra.
Il s'approcha du lit.
Je n'avais toujours pas ouvert les yeux.
Il prit ma main.
— Nathan...
Aucune réaction.
Il ferma les yeux.
— Pardonne-moi.
Puis il sentit quelque chose.
Mes doigts bougèrent.
Très légèrement.
Mon père releva la tête.
— Nathan ?
Mes yeux s'ouvrirent.
Tout le monde se précipita vers moi.
Camila pleurait.
— Tu es revenu.
Je respirai difficilement.
— Vous...
Ma voix était faible.
— Vous êtes vraiment dramatiques.
Rafael éclata de rire.
Elena pleura de soulagement.
Mon père posa son front contre ma main.
Pour la première fois...
il n'était plus le chef.
Il n'était plus l'héritier.
Il n'était plus le fondateur.
C'était simplement mon père.
Six mois plus tard, le Consortium avait disparu.
Les onze familles furent arrêtées ou placées sous surveillance.
Les derniers comptes secrets furent rendus publics.
La Fondation fut définitivement dissoute.
Et la famille Martin disparut des affaires.
Nous vendîmes la villa.
Nous quittâmes Paris.
Pour la première fois, nous pouvions choisir nos propres vies.
Un matin, je reçus pourtant une dernière enveloppe.
Aucun expéditeur.
À l'intérieur, une seule feuille.
Je la dépliai.
Une phrase :
« Le Consortium est mort. Mais quelqu'un doit toujours surveiller ceux qui contrôlent le pouvoir. »
En bas se trouvait une signature.
NATHAN MARTIN — DIRECTEUR.
Je fronçai les sourcils.
Je regardai Camila.
— Je n'ai jamais signé ça.
Elle prit la feuille.
Son visage devint sérieux.
— Moi non plus.
Puis mon téléphone vibra.
Un message apparut.
« Ce n'est pas toi qui as signé. »
Un deuxième :
« C'est ton fils. »
Je me figeai.
Je regardai Camila.
Elle était enceinte.
Nous n'en avions parlé à personne.
Elle posa instinctivement une main sur son ventre.
Puis elle me regarda.
— Nathan...
Je ne répondis pas.
Parce qu'au même instant, un dernier message apparut :
« Le treizième héritier est déjà né. »
Je relevai lentement les yeux.
Et pour la première fois depuis des années...
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j'eus réellement peur.
FIN.