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CHAPITRE 8 — ELENA, LA SŒUR DISPARUE

CHAPITRE 8 — ELENA, LA SŒUR DISPARUE

Personne ne bougea.

La jeune femme se tenait dans l'encadrement de la porte secrète.

Elle avait environ vingt-cinq ans.

Ses cheveux noirs tombaient sur ses épaules.

Mais ce furent ses yeux qui me bouleversèrent.

Je les connaissais.

Les mêmes que ceux de mon père.

Les mêmes que les miens.

Rafael s'approcha lentement.

— Elena...

Elle le regarda.

— Tu te souviens de moi ?

Il secoua la tête.

— Non.

Un sourire triste apparut sur son visage.

— J'avais deux ans lorsque tu m'as vue pour la dernière fois.

Rafael porta une main à sa bouche.

— Je croyais que tu étais morte.

— Moi aussi, pendant longtemps.

Je regardai Camila.

— Tu savais qu'elle existait ?

Elle acquiesça.

— Depuis presque deux ans.

— Et tu ne m'as jamais rien dit.

— Je ne pouvais pas.

— Pourquoi ?

Elle répondit :

— Parce que Gabriel l'aurait tuée.

Elena s'avança.

— Il ne voulait pas me tuer.

Elle regarda par la fenêtre.

— Il voulait faire de moi son héritière.

Je fronçai les sourcils.

— Pourquoi toi ?

— Parce que notre père avait refusé de lui donner le contrôle du système.

Elle posa une main sur le dossier.

— Gabriel savait que Nathan avait l'accès.

Puis elle regarda Rafael.

— Rafael avait la clé.

Enfin, elle me regarda.

— Mais moi...

Elle marqua une pause.

— J'avais le pouvoir de fermer définitivement le système.


Dehors, les hommes de Gabriel commençaient à encercler la maison.

Rafael regarda par la fenêtre.

— Nous n'avons pas beaucoup de temps.

Elena répondit calmement :

— Ils ne peuvent pas entrer.

— Pourquoi ?

Elle montra les murs.

— Cette maison a été construite comme un bunker.

Je la regardai.

— Comment le sais-tu ?

— Parce que j'y ai vécu pendant dix ans.

Je compris.

— Gabriel t'a gardée ici ?

— Non.

Elle secoua la tête.

— J'ai vécu ailleurs. Mais il m'a appris tout ce que je devais savoir.

— Il t'a élevée ?

— Oui.

Je ressentis une étrange colère.

— Il t'a volé ton enfance.

Elena me regarda.

— Peut-être.

Puis elle ajouta :

— Mais il m'a aussi appris comment le détruire.


Elle se dirigea vers l'ancienne bibliothèque.

Elle tira un livre.

Une partie du mur s'ouvrit.

Derrière se trouvait un tableau de commande.

— C'est quoi ?

— Le système central.

Rafael s'approcha.

— Celui de l'Ordre Noir ?

— Non.

Elle posa sa main sur le clavier.

— Celui du Cercle.

L'écran s'alluma.

Des centaines de comptes bancaires apparurent.

Des sociétés.

Des transactions.

Des noms.

Je reconnus certains des plus grands groupes financiers d'Europe.

— Tout ça appartient au Cercle ?

Elena secoua la tête.

— Pas exactement.

— Alors à qui ?

Elle me regarda.

— À des millions de personnes.

Je ne compris pas.

Elle expliqua :

— Depuis des décennies, l'Ordre Noir détourne de petites sommes sur des milliers de comptes.

— Pourquoi ?

— Parce que personne ne remarque une petite perte.

Elle fit défiler les données.

— Quelques euros ici.

— Quelques milliers là.

— Puis des millions.

Je compris.

— Ils ont volé des milliards.

— Oui.

— Et personne ne le savait ?

— Quelques personnes le savaient.

Elle me regarda.

— Ton père était l'une d'elles.


Soudain, l'écran devint rouge.

Une alarme retentit.

Elena pâlit.

— Ils ont réussi à entrer dans le système.

Rafael demanda :

— Gabriel ?

— Oui.

Une voix résonna dans les haut-parleurs.

Elena.

Elle se figea.

Tu pensais vraiment pouvoir me trahir ?

Gabriel.

Il avait piraté le système.

Tu oublies qui t'a élevée.

Elena répondit :

— Je n'ai rien oublié.

Alors ouvre la porte.

— Non.

Tu sais ce qui arrivera si tu refuses.

Elle sourit.

— Je sais.

Gabriel resta silencieux.

Puis :

Je tuerai tes frères.

Je regardai Elena.

Elle ne trembla pas.

— Tu ne les tueras pas.

Pourquoi ?

Elle regarda Rafael.

Puis moi.

— Parce que tu as besoin d'eux.

Gabriel rit.

Tu apprends vite.


Je demandai :

— De quoi a-t-il besoin ?

Elena répondit :

— Des trois héritiers.

— Pourquoi ?

— Parce que le système ne peut être activé qu'avec nos trois signatures biologiques.

Rafael comprit.

— C'est pour ça qu'il nous voulait ensemble.

— Oui.

Je regardai l'écran.

— Et qu'est-ce que le système peut faire ?

Elena me répondit :

— Tout.

— Tout ?

— Transférer des milliards.

— Geler des comptes.

— Détruire des sociétés.

— Révéler des secrets.

Elle marqua une pause.

— Ou provoquer un effondrement financier mondial.

Je sentis un froid.

— Gabriel veut provoquer ça ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Pour reconstruire le monde selon ses propres règles.


Nous entendîmes un bruit violent.

BOUM !

La porte extérieure trembla.

Rafael prit son arme.

— Ils sont là.

Elena resta devant l'écran.

— Nous devons terminer.

— Terminer quoi ?

— Le transfert.

Je regardai l'écran.

— Quel transfert ?

Elle me montra une barre de progression.

ARCHIVES DE L'ORDRE NOIR : 73 %

— Je copie toutes les preuves.

— Où ?

— Partout.

— Sur les serveurs publics ?

— Oui.

— Alors pourquoi attendre ?

— Parce qu'à cent pour cent, le système s'ouvrira.

Je compris.

— Et Gabriel pourra l'utiliser.

Elle acquiesça.

— Sauf si nous le détruisons immédiatement après.

Rafael fronça les sourcils.

— Si nous le détruisons, toutes les preuves disparaîtront.

Elena répondit :

— Pas toutes.

Elle regarda mon dossier.

— Ton père a prévu une dernière sauvegarde.

Je demandai :

— Où ?

— Dans ta mémoire.

Je ris nerveusement.

— Ma mémoire ?

— Oui.

Elle m'expliqua que certaines informations avaient été codées dans mes souvenirs d'enfance.

Des séquences.

Des chiffres.

Des lieux.

Des noms.

Tout ce que je croyais avoir oublié.

Tout était encore là.


Je fermai les yeux.

Et soudain...

je revis mon enfance.

Mon père me tenant la main.

Une horloge.

Une porte rouge.

Un escalier.

Un homme en costume.

Un numéro.

317.

Je rouvris les yeux.

— 317.

Elena me regarda.

— Quoi ?

— L'heure de l'horloge.

Rafael comprit.

— Le code.

Je hochai la tête.

— 3-1-7.

Elena entra les chiffres.

ACCESS DENIED.

Elle recommença.

ACCESS DENIED.

Je réfléchis.

Puis je me rappelai autre chose.

Mon père me disait toujours une phrase quand j'étais enfant :

« Ce qui commence à trois doit finir à sept. »

Je regardai Rafael.

— 317... 731.

Elena entra le code.

ACCESS GRANTED.

Toutes les lumières s'allumèrent.

Un gigantesque coffre numérique apparut à l'écran.

Puis une liste de noms.

Je regardai le premier.

Gabriel Martin.

Le deuxième.

Je cessai de respirer.

Camila Costa.

Le troisième.

Je regardai ma mère.

Son nom apparut.

Isabelle Martin.

Ma mère ferma les yeux.

— Je suis désolée.

Je reculai.

— Tu étais dans l'Ordre Noir.

Elle acquiesça.

— Oui.

Rafael la regarda avec horreur.

— Maman...

Elle pleurait.

— J'y suis entrée pour vous protéger.

Je secouai la tête.

— Tout le monde dit ça.

Puis un quatrième nom apparut.

Je regardai l'écran.

Nathan Martin.

Je me figeai.

— Pourquoi mon nom est-il là ?

Elena pâlit.

— Ce n'est pas possible.

Puis le système afficha une dernière ligne.

STATUT : DIRECTEUR FINAL.

Je regardai mes frères et ma mère.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

Personne ne répondit.

Puis la voix de Gabriel résonna dans les haut-parleurs :

Maintenant, tu comprends enfin.

Je me tournai vers l'écran.

— Comprendre quoi ?

Gabriel répondit :

Ce n'est pas moi qui ai créé l'Ordre Noir.

Un silence.

C'est ton père.

Je restai pétrifié.

Gabriel ajouta :

Et toi, Nathan... tu es son successeur.

La porte derrière nous explosa.

Des hommes armés entrèrent.

Et pour la première fois depuis le début de cette histoire...

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je compris que mon véritable ennemi n'était peut-être pas Gabriel.

C'était peut-être l'héritage que mon père m'avait laissé.

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