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Partie 5 — MoreauTech commence à saigner

La première échéance tomba le lundi suivant.

MoreauTech devait rembourser une tranche de financement relais à une structure luxembourgeoise qui, après trois niveaux de participation, remontait vers Apex Capital.

Julien l’ignorait.

Son directeur financier aussi, visiblement.

Armand Lenoir me présenta la situation dans la salle du conseil d’Apex.

— Ils vont demander une extension.

— Refusée.

— Ils proposeront une garantie personnelle de Julien.

— Sans valeur.

— Ils tenteront de mobiliser la presse économique.

— Très bien. Qu’ils expliquent pourquoi leur trésorerie dépend du pardon d’une épouse qu’ils ont facturée.

Armand eut ce petit sourire qui, chez lui, équivalait à une ovation.

À 10 h 14, la demande d’extension arriva.

À 10 h 26, elle fut refusée.

À 11 h 02, Julien m’appela depuis un numéro inconnu.

Je décrochai, par pure curiosité.

— Tu es derrière ça, dit-il.

Pas bonjour.

Pas comment vas-tu.

Pas je suis désolé.

Juste l’accusation d’un homme découvrant que les conséquences ont parfois un visage.

— Derrière quoi ?

— Le refus de crédit.

— Julien, je ne suis pas derrière tes dettes. Elles étaient là avant moi. Je me contente de ne plus servir de rideau.

— Tu veux me ruiner.

— Non. Je veux que les marchés te regardent sans mon ombre.

Il respira fort.

— Victoire, écoute. On peut arranger ça. Je peux dire à ma mère de s’excuser.

— Tu peux ?

— Oui.

— Comme on ordonne à une femme de chambre de refaire un lit ?

Silence.

Il choisit la mauvaise phrase.

— Ne fais pas ta princesse.

Je ris.

Je ris vraiment.

— Julien, je possède un hôtel particulier à la Villa Montmorency, un fonds d’investissement et trois étages à La Défense. Si je voulais faire la princesse, j’aurais des références solides.

Il raccrocha.

Dans l’après-midi, MoreauTech perdit un fournisseur critique.

Le lendemain, un investisseur retira sa lettre d’intention.

Le surlendemain, un article parut :

MOREAUTECH : TENSIONS DE TRÉSORERIE ET DIVORCE À HAUT RISQUE POUR SON FONDATEUR.

L’article ne mentionnait pas le contrat de loyer.

Pas encore.

Mais tout Paris savait déjà.

Les dîners mondains sont plus rapides que les agences de presse.

Béatrice cessa de poster des photos de sa maison.

Clarisse supprima une vidéo où elle expliquait comment « accueillir une belle-sœur modeste avec élégance ».

Trop tard.

Internet, contrairement aux familles riches, garde parfois les preuves.

Madeleine me montra la vidéo.

On y voyait Clarisse, sourire parfait, dire :

— Dans une famille bien tenue, chacun doit comprendre sa place.

Je demandai :

— Gardez une copie.

— Déjà fait.

La chute de Julien n’était pas seulement financière.

Elle devenait sociale.

Et pour les Moreau, la honte sociale brûlait plus fort que les pertes bancaires.

Une semaine après mon départ, Béatrice fit envoyer un bouquet.

Roses blanches.

Carte écrite à la main.

Ma chère Victoire,

Les émotions du lendemain de mariage ont certainement dépassé notre pensée. J’espère que nous pourrons bientôt effacer ce malentendu entre femmes intelligentes.

Je montrai la carte à Madeleine.

Elle lut.

— Dois-je les mettre dans l’entrée ?

— Non.

— La cuisine ?

— Non.

— Le compost ?

Je souris.

— Excellent.

Le soir, je reçus un autre mail de Julien.

Plus long.

Plus humble en apparence.

Je t’aime. J’ai été idiot. Ma mère a toujours eu une manière brutale de protéger la famille. Je suis prêt à quitter la maison de Neuilly. Nous pouvons voyager. Recommencer ailleurs. Je ne veux pas de ton argent. Je veux toi.

Je lus deux fois la dernière phrase.

Je ne veux pas de ton argent.

Le mensonge était presque tendre dans son audace.

Je répondis enfin.

Une seule phrase :

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Alors tu ne verras aucune objection à signer le divorce sans rien demander.

Il ne répondit pas.

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