Partie 7 — Béatrice vend ses bijoux

La première vente eut lieu en secret.
Du moins, Béatrice crut qu’elle était secrète.
Une bague ancienne.
Deux bracelets.
Une paire de boucles d’oreilles saphir.
Elle les confia à un intermédiaire de la place Vendôme, persuadée que le silence s’achetait aussi facilement que le champagne.
Erreur.
Le joaillier avait une dette envers Apex.
Il appela Armand.
Armand m’appela.
— Béatrice Moreau liquide des bijoux.
— Vrais ou financés ?
— Mélange des deux.
— Pourquoi ?
— Probablement pour soutenir Julien. Ou maintenir le train de vie.
Je regardai la photo des pièces.
Béatrice m’avait porté ces boucles d’oreilles au visage lors du mariage en disant :
— Certaines femmes savent porter l’histoire familiale. D’autres portent du toc sentimental.
J’avais alors porté de petites perles de ma mère.
Elle les avait prises pour du faux.
— Achetez tout, dis-je.
Armand resta silencieux.
— Pardon ?
— Via un intermédiaire. Pas à mon nom. Au prix demandé. Puis envoyez-les-lui dans un mois comme cadeau de divorce.
Il y eut un silence plus long.
— Votre mère aurait demandé un supplément pour la mise en scène.
— Faites encadrer la facture.
— Très bien.
Pendant ce temps, Julien tentait de sauver MoreauTech.
Il sollicitait des banques.
Des fonds.
Des amis.
Des gens qui, deux semaines plus tôt, riaient à ses blagues.
Le monde financier aime les hommes en ascension.
Il les adore jusqu’à la minute où la pente change.
Ensuite, il découvre très vite qu’il avait seulement croisé leur nom.
Clarisse tenta de m’attaquer sur les réseaux.
Pas directement.
Elle publia une story :
Méfiez-vous des femmes qui prétendent chercher l’amour mais cachent leur vrai visage.
Je répondis depuis le compte officiel d’Apex Capital ?
Non.
Trop vulgaire.
J’utilisai mon compte personnel, rarement actif.
Une simple photo de moi, de dos, entrant dans l’hôtel particulier.
Légende :
Certaines femmes cachent leur visage. D’autres attendent simplement que vous montriez le vôtre.
La photo fit le tour de Paris.
Pas parce que j’avais besoin de célébrité.
Parce que les gens adorent découvrir qu’une femme humiliée avait en réalité les clés du château.
Je reçus des centaines de messages.
D’anciennes camarades.
D’hommes soudain très polis.
De journalistes.
De cousins éloignés.
Et d’une personne que je n’attendais pas.
La jeune assistante de Julien.
Émilie.
Madame de Valmont, je sais que je n’ai aucun droit de vous écrire. Mais il y a des documents chez MoreauTech que vous devriez voir. Pas pour votre divorce. Pour les salariés.
Je fixai l’écran.
Puis répondis :
Je vous écoute.
Nous nous rencontrâmes dans un café discret près du parc Monceau.
Émilie avait vingt-sept ans, les traits tirés, un sac serré contre elle.
— Je ne veux pas d’argent, dit-elle avant même de s’asseoir.
— Je n’en ai pas proposé.
— Je sais comment ça marche. Après, on dira que j’ai été achetée.
— Alors dites-moi ce que vous avez vu.
Elle sortit une clé USB.
— Julien a promis aux salariés qu’il n’y aurait pas de licenciements. C’est faux. Il prépare une liquidation partielle. Il veut transférer les contrats rentables à une nouvelle structure au nom de sa mère. Les dettes resteraient dans MoreauTech.
Je ne fus pas surprise.
Mais je fus en colère.
Julien ne détruisait pas seulement son mariage.
Il préparait le naufrage de ses employés en sauvant les meubles de sa famille.
— Pourquoi me le donner ?
Émilie baissa les yeux.
— Parce que vous avez dit, le matin de votre mariage, que les choses sans valeur ne devraient pas encombrer une maison. J’ai pensé à nous. Aux salariés. On est devenus des choses dans leurs tableaux.
Cette phrase me frappa.
Je pris la clé.
— Vous avez des copies sécurisées ?
— Oui.
— Un avocat ?
— Non.
— Vous en aurez un avant ce soir. Payé par Apex, sans obligation de témoignage public. Protection de lanceuse d’alerte.
Elle se mit à pleurer.
— Je voulais juste qu’ils ne nous jettent pas.
Je pensai au contrat de 3 000 euros.
À la maison de Neuilly.
À Béatrice.
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Aux gens comme eux qui croient que tout le monde est soit locataire, soit meuble, soit levier.
— Alors on va écrire cela correctement.