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Partie 2 — Le coffre devient une scène de crime

Sarah arriva avant les policiers.

Elle entra dans le bureau sans toucher à rien.

Je lui montrai le coffre ouvert.

Elle resta à deux mètres.

Son regard passa du dossier à moi.

— Tu as sorti quelque chose ?

— Seulement le premier dossier. Je l’ai reposé exactement comme il était après l’avoir photographié.

— Très bien. À partir de maintenant, tu ne touches plus rien.

Je me suis assise.

— Il a tué Arthur.

Sarah ne répondit pas immédiatement.

— Tu as trouvé des éléments qui peuvent le laisser penser. Laisse la police construire la suite.

— Il a écrit « plus d’obstacle succession ».

— Je sais.

— C’est son écriture.

— Je sais.

Je l’ai regardée.

— Pourquoi tu parles comme ça ?

— Parce que toi, ce soir, tu es la sœur d’Arthur. Moi, je dois être ton avocate.

Cette phrase m’a empêchée de tomber.

Une vingtaine de minutes plus tard, le commissaire Antoine Valois, de la brigade criminelle, entra avec une équipe de police technique et scientifique.

Il était grand, cheveux grisonnants, voix tranquille.

Il n’eut aucune réaction spectaculaire.

Pas de « mon Dieu ».

Pas de promesse.

Il observa.

Photographia.

Demanda la chronologie exacte.

— Comment avez-vous obtenu le code ?

— Julien me l’a donné volontairement à l’hôpital.

— Pourquoi ?

— Je lui ai demandé avant de signer un document médical.

Valois me regarda.

— Vous avez conditionné votre signature ?

Je compris le problème.

— Je lui ai demandé le code. Il me l’a donné. Je n’ai pas menacé de refuser des soins vitaux.

Sarah intervint.

— Le dossier médical précisera la nature du document. Nous coopérerons entièrement.

Valois hocha la tête.

Puis :

— Et ce qui s’est passé avec le produit dans le tube ?

Je ne baissai pas les yeux.

— C’est moi.

— Vous comprenez que cela peut avoir des conséquences pénales indépendantes ?

— Oui.

— Même si vous avez ensuite découvert beaucoup plus grave.

— Oui.

Il me fixa quelques secondes.

— Très bien. Une affaire grave n’en efface pas une autre.

Étrangement, cette phrase me rassura.

Je ne voulais pas que la justice devienne ma vengeance privée.

Je voulais qu’elle soit précisément ce que Julien avait toujours méprisé : quelque chose qui ne choisit pas ses règles en fonction de la personne.

Les techniciens vidèrent le coffre pièce par pièce.

Outre le dossier d’Arthur, ils trouvèrent trois éléments essentiels.

Un carnet noir contenant des initiales, des dates et des montants.

Une clé USB chiffrée.

Et une chemise portant le nom :

OPÉRATION HORIZON.

À l’intérieur, les premiers éléments du détournement de 3,2 millions.

Sociétés-écrans.

Factures.

Comptes au Luxembourg.

Un compte à Monaco.

Plusieurs signatures imitées.

Et une feuille de route.

Phase 1 : fragiliser gouvernance Duvivier.

Phase 2 : rachat dette partenaires.

Phase 3 : dilution Élise.

Phase 4 : contrôle indirect.

Je relus la dernière ligne.

Sortie personnelle après sécurisation.

Sortie personnelle.

Notre mariage.

C’était cela.

Une phase temporaire.

Sarah lut par-dessus mon épaule.

— Il prévoyait de te quitter après avoir obtenu le contrôle.

— Avec Camille ?

— Peut-être.

Un policier appela Valois depuis l’autre côté du bureau.

— Commissaire.

Dans le fond du coffre, sous une plaque amovible, ils avaient trouvé une enveloppe.

À l’intérieur : une photographie d’Arthur.

Vivante.

Pas une photo d’identité.

Une photo prise à son insu, devant les bureaux de Duvivier Infrastructures.

Au dos, une date.

Quatre jours avant l’accident.

Et trois mots.

Il sait trop.

Cette fois, Valois changea d’expression.

Très légèrement.

Mais je le vis.

L’affaire venait de passer d’un soupçon financier à autre chose.

Il me demanda :

— Votre frère enquêtait-il sur Julien avant sa mort ?

— Je l’ignorais.

— Avait-il accès aux comptes ?

— Oui. Arthur dirigeait les opérations. Moi, j’étais directrice financière adjointe.

— Avait-il identifié des anomalies ?

Je réfléchis.

Dix ans.

Des souvenirs enfouis.

Puis une scène revint.

Arthur, dans la cuisine de mes parents, trois semaines avant sa mort.

Il avait posé un dossier devant mon père.

Papa s’était énervé.

Julien était parti plus tôt.

Moi, j’étais entrée au milieu de la dispute.

Arthur avait dit :

« Je refuse qu’elle l’épouse tant qu’on ne sait pas d’où vient cet argent. »

J’avais cru qu’il parlait du patrimoine de Julien.

Peut-être parlait-il déjà d’un premier détournement.

— Oui, murmurai-je. Je crois qu’il avait trouvé quelque chose.

Valois demanda :

— Où sont les affaires professionnelles d’Arthur ?

Je sentis ma gorge se serrer.

— Une partie est dans les archives familiales. Le reste a été détruit après la succession.

— Par qui ?

Je répondis avant même de comprendre la portée de la phrase.

— Julien avait aidé mon père à trier.

Le silence tomba.

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Mon mari avait peut-être participé au rangement des preuves après avoir organisé la mort de mon frère.

Et nous l’avions remercié pour son soutien.

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