Partie 11 — L’ouverture de l’instruction pour meurtre

L’affaire d’Arthur fut officiellement rouverte.
Le mot meurtre entra dans les documents.
Pas accident.
Pas sabotage indéterminé.
Pas anomalie mécanique.
Meurtre.
Une juge d’instruction, Marianne Coste, fut désignée.
Elle reprit l’ensemble.
Ancien dossier routier.
Photographies.
Rapports.
Pièces manquantes.
Expertises contradictoires.
Comptabilité de Maret.
Flux bancaires.
Témoignage de Laurent.
Enregistrements.
Dossier d’Arthur.
Le travail prit des mois.
La justice avance plus lentement que la colère.
Mais elle laisse aussi moins de place aux fantasmes.
L’une des découvertes les plus graves concernait l’ancienne expertise du véhicule.
Le premier expert avait signalé une intervention suspecte.
Son rapport avait ensuite été remplacé par une version évoquant une défaillance liée à l’usure.
Qui avait demandé la seconde expertise ?
Un cabinet d’assurances lié à un intermédiaire proche de Julien.
Un ancien fonctionnaire avait reçu un paiement.
Pas suffisamment pour prouver à lui seul une corruption.
Mais suffisamment pour expliquer certaines pressions.
L’expert initial, aujourd’hui retraité, fut retrouvé.
Il se souvenait très bien du dossier.
— J’avais protesté.
La juge demanda :
— Pourquoi ?
— Parce qu’on me demandait de valider une cause que mes observations ne soutenaient pas.
— Vous avez refusé ?
— Oui.
— Puis votre rapport a disparu.
— Oui.
Il avait gardé une copie papier chez lui.
Pas par prévoyance héroïque.
Parce qu’il gardait tout.
Cette manie sauva une pièce essentielle dix ans plus tard.
La conclusion était nette :
Altération volontaire hautement probable.
Maret reconnut être intervenu.
Les flux remontaient à Julien.
L’enregistrement d’Arthur montrait le conflit financier.
La photographie « Il sait trop » établissait une surveillance.
Le carnet de Maret documentait le paiement.
Et le dossier conservé dans le propre coffre de Julien reliait les pièces entre elles.
La défense tenta alors une hypothèse.
Julien aurait enquêté lui-même sur la mort d’Arthur et aurait gardé ces documents pour prouver un jour son innocence.
La juge demanda :
— Pourquoi la note « A. réglé. Plus d’obstacle succession » ?
L’avocat répondit qu’elle pouvait avoir un autre sens.
— Lequel ?
Il n’en proposa aucun de convaincant.
Julien fut finalement mis en examen pour l’homicide d’Arthur.
À l’annonce, les médias encerclèrent le siège de Duvivier Infrastructures.
Je détestais leur présence.
Arthur devenait un titre.
Une photo d’archive.
LE FRÈRE MORT QUI FAIT TOMBER LE MARI.
Je refusai toutes les interviews.
Puis un journaliste publia une ancienne photographie d’Arthur et moi, enfants, sur une plage.
Cela me mit hors de moi.
Pas parce que la photo était compromettante.
Parce qu’elle était à nous.
Arthur, huit ans, sourire édenté.
Moi, cinq ans, couverte de sable.
Je contactai immédiatement les avocats pour faire retirer les reproductions abusives lorsqu’elles dépassaient ce qui pouvait légalement être contesté.
Je compris quelque chose d’important.
Rendre justice à Arthur ne signifiait pas livrer toute sa vie au public.
Il avait été un homme avant d’être un mort utile à une procédure.
Je recommençai à parler de lui autrement.
À mes neveux.
Aux salariés qui l’avaient connu.
À Laurent même.
Arthur aimait les glaces au citron.
Détestait le golf.
Chantait faux.
Dormait avec la télévision allumée.
Il était arrogant quand il avait raison.
Insupportable quand il savait qu’il avait raison.
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Et il avait presque toujours raison sur Julien.
Je voulais récupérer mon frère à l’intérieur du dossier qui portait son nom.