Partie 4 — Gérard Maret

Le nom du garagiste fut la première piste véritablement ancienne à reprendre vie.
Gérard Maret.
À l’époque de la mort d’Arthur, il possédait un petit garage à Mérignac.
L’entreprise avait fermé trois mois après l’accident.
Maret avait disparu des radars commerciaux.
Pendant plusieurs années, il avait vécu en Espagne.
Puis au Portugal.
Puis il était revenu en France sous une adresse discrète près de Bayonne.
La brigade criminelle le retrouva quatre jours plus tard.
Il avait soixante-sept ans.
Cancer avancé.
Un appartement modeste.
Pas de fortune.
Pas de villa.
Pas de trace visible de cinquante mille euros.
Lorsqu’on lui montra une photo de Julien, il demanda immédiatement un avocat.
Ce simple réflexe ne prouvait rien.
Mais il disait qu’il connaissait le visage.
La première audition ne donna presque rien.
Maret nia.
Puis nuança.
Puis prétendit ne plus se souvenir.
À la troisième heure, Valois posa devant lui la facture retrouvée dans le coffre.
Pas une accusation.
Juste la feuille.
Maret la regarda.
Longtemps.
Puis il dit :
— Il l’a gardée ?
Valois ne répondit pas.
— Monsieur Maret, pourquoi cette question ?
Le vieil homme passa une main sur son front.
— Parce qu’il m’avait promis qu’il détruirait tout.
Voilà.
Après dix ans, une phrase venait de faire tomber la première pierre.
Maret demanda une pause.
Puis il parla.
Pas par noblesse.
Par peur.
Par maladie.
Peut-être par fatigue de porter une chose trop lourde.
Julien l’avait contacté par l’intermédiaire d’une connaissance du milieu automobile.
Au début, il avait demandé « une panne ».
Quelque chose qui immobiliserait Arthur.
Puis la demande avait changé.
Il voulait une défaillance susceptible de se produire en circulation.
Maret affirma qu’il n’avait jamais accepté de tuer.
— Je devais fragiliser le système. Pas le condamner.
Valois demanda :
— Vous pensez qu’une intervention sur le freinage d’un véhicule roulant sur une route de corniche est autre chose qu’un danger mortel ?
Maret baissa les yeux.
Il avait été payé cinquante mille euros.
En espèces.
Julien lui avait fourni l’accès au véhicule lors d’un passage programmé pour entretien.
Arthur ne savait pas que Maret lui-même intervenait.
Le garage avait un sous-traitant habituel.
Julien avait organisé la substitution.
— Pourquoi Arthur ?
Maret secoua la tête.
— Il m’a dit que son beau-frère voulait le détruire. Qu’Arthur fabriquait des accusations financières pour l’empêcher d’épouser sa sœur.
— Et ça vous a suffi ?
— L’argent m’a suffi.
Une réponse hideuse.
Mais honnête.
Maret avait conservé quelque chose.
Un carnet.
Pas parce qu’il comptait dénoncer Julien.
Parce qu’il avait peur d’être éliminé à son tour.
Il notait les transactions compromettantes comme assurance.
Le carnet était caché dans un box loué sous le nom de sa fille décédée.
Les policiers le saisirent.
À une page datée de dix ans plus tôt :
J.V. — 50 K — frein A.D. — ne plus jamais accepter ce type de travail.
Plus bas :
J.V. menace si parle. Dit “personne ne cherchera, la famille veut croire à l’accident”.
Cette phrase me détruisit.
Parce qu’elle était vraie.
Nous avions voulu croire à l’accident.
Papa surtout.
Ma mère était morte avant Arthur.
Papa avait déjà perdu une épouse.
Puis il avait perdu son fils.
Il n’avait pas eu la force d’imaginer que l’homme qui consolait sa fille pouvait avoir organisé la tragédie.
Et moi ?
Moi, j’avais été si brisée que je m’étais accrochée à Julien.
Il avait été là.
Toujours.
Café au matin.
Main dans mon dos à l’enterrement.
Appels tardifs.
« Tu n’as pas à traverser ça seule. »
Six mois après la mort d’Arthur, il m’avait demandé de m’installer avec lui.
Deux ans plus tard, nous nous étions mariés.
Je pensais avoir épousé l’homme qui m’avait aidée à survivre au meurtre de mon frère.
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J’avais épousé celui qui l’avait préparé.