Balanced

Partie 7 — Camille retourne sa veste

Camille demanda à me voir.

J’ai refusé deux fois.

La troisième, Sarah m’a dit :

— Tu n’as aucune obligation morale. Mais elle détient peut-être encore des éléments.

Nous nous sommes donc rencontrées dans son cabinet.

Pas chez moi.

Pas chez elle.

Certainement pas dans une chambre d’hôtel.

Camille entra sans maquillage.

Elle semblait plus jeune.

Et beaucoup plus banale.

C’était presque déroutant.

Pendant trois jours, je l’avais imaginée comme une sorte de personnage central de mon malheur.

En réalité, la liaison n’était déjà plus qu’un détail périphérique.

Elle s’assit.

— Je suis désolée.

Je répondis :

— Pour quelle partie ?

Ses yeux se remplirent de larmes.

— Tout.

— C’est pratique.

Sarah m’adressa un regard, mais ne m’interrompit pas.

Camille prit une inspiration.

— Je ne vais pas vous demander de me pardonner. Laurent non plus ne veut plus me parler. Je veux seulement vous donner quelque chose.

Elle sortit de son sac un téléphone.

Pas son appareil principal.

Un ancien modèle.

— Julien me l’avait donné. Il disait qu’on devait communiquer dessus parce que vous étiez capable de faire surveiller ses comptes.

Je faillis rire.

Même avec sa maîtresse, il me présentait comme l’ennemie.

— Il y a encore les messages ?

— Une partie.

Sarah prit le téléphone avec des précautions adaptées.

— Nous allons le remettre aux enquêteurs.

Camille hocha la tête.

Puis elle murmura :

— Il y a un vocal sur Arthur.

Le monde se contracta autour de moi.

— Quel vocal ?

Elle ne me regardait plus.

— Après un dîner, Julien avait beaucoup bu. On parlait de Laurent. Il disait que son frère n’avait jamais eu de courage. J’ai répondu qu’au moins Laurent n’avait jamais détruit quelqu’un pour réussir.

Elle avala.

— Julien a dit : « Quand tu veux vraiment une place, tu élimines ce qui la bloque. Demande à Arthur. »

Je restai immobile.

— Et tu n’as rien dit ?

— Je croyais que c’était une formule horrible. Il parlait souvent comme ça.

— Tu as gardé le message.

— Oui.

— Pourquoi ?

Elle finit par me regarder.

— Parce qu’à ce moment-là, j’ai eu peur de lui.

Voilà.

La maîtresse qui croyait avoir gagné le mari avait commencé à conserver ses mots contre lui.

Comme Maret.

Comme mon père.

Comme Laurent, sans le savoir.

Julien inspirait l’admiration au début.

Puis la peur.

Et la peur produit des archives.

Camille continua :

— Il y a autre chose.

Elle posa une enveloppe.

Des photographies de documents.

Julien avait essayé de convaincre Camille de créer à son nom une société de communication qui servirait de passage à certains fonds.

Elle avait accepté au début.

Puis reculé.

— Il a dit que si je refusais, il raconterait tout à Laurent.

Je la regardai.

— Tu avais peur qu’il révèle votre liaison ?

— Oui.

— Donc tu as continué.

— Oui.

Elle pleura.

Je n’avais aucune envie de la consoler.

Mais je ne ressentais plus la rage brûlante de l’hôpital.

Seulement une lassitude immense.

— Camille, Julien ne t’aimait pas.

Elle ferma les yeux.

— Je sais.

— Il ne m’aimait pas non plus.

Elle les rouvrit.

Et, pour la première fois, nous étions d’accord sur quelque chose.

Julien aimait les positions.

Les accès.

Les avantages.

Les gens tant qu’ils étaient des portes.

Camille avait été une porte vers Laurent, vers des sociétés de communication, vers une image sociale.

Moi, j’avais été une porte vers Duvivier.

Arthur avait été une porte fermée.

Alors il l’avait supprimée.

À la fin de l’entretien, Camille me demanda :

— Est-ce que vous me détestez ?

Je réfléchis.

— Oui.

Elle encaissa.

Puis j’ajoutai :

— Mais pas autant que vous semblez vous détester vous-même. Et ça ne m’intéresse pas de passer le reste de ma vie à vous punir.

Elle pleura davantage.

Je me levai.

— Donnez tout à la police. Dites la vérité à Laurent. Et arrêtez de croire qu’être utilisée par Julien vous rend innocente.

Je suis partie.

Le lendemain, Camille déposa officiellement le téléphone.

Le vocal était là.

La voix de Julien aussi.

« Quand tu veux vraiment une place, tu élimines ce qui la bloque. Demande à Arthur. »

Une phrase.

Pas une confession juridique parfaite.

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Mais placée à côté du paiement de Maret, du dossier du coffre, de l’expertise falsifiée et du carnet, elle pesait beaucoup plus lourd qu’une provocation ivre.


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