Partie 13 — « Je n’ai jamais voulu le tuer »

Julien finit par parler.
Longtemps.
Beaucoup trop.
C’était sa faiblesse.
Il croyait toujours qu’assez de mots pouvaient remplacer une vérité.
Il reconnut les détournements partiellement.
Des « arbitrages irréguliers ».
Les sociétés-écrans ?
« Des montages de financement agressifs. »
Camille ?
« Une faute personnelle. »
Le plan contre moi ?
« Une stratégie de continuité dans un contexte conjugal conflictuel. »
Arthur ?
Là, il hésita.
— Je n’ai jamais voulu le tuer.
La salle se figea.
Le parquet demanda :
— Qu’avez-vous voulu ?
Julien resta silencieux.
— Monsieur Vidal, vous venez de dire que vous n’avez pas voulu le tuer. Qu’avez-vous demandé à Gérard Maret ?
— Qu’il provoque une panne.
— En intervenant sur les freins.
— Je voulais faire peur à Arthur.
Je fermai les yeux.
Même après trois ans, l’horreur trouvait encore un endroit neuf où frapper.
— Pourquoi ? demanda le procureur.
— Il voulait me détruire. Il menaçait mon avenir avec Élise.
— Vous avez donc payé cinquante mille euros pour provoquer une défaillance sur son véhicule.
— Oui.
— Et vous n’avez pas envisagé qu’il puisse mourir ?
— Pas comme ça.
Le procureur laissa passer le silence.
— Comment, alors ?
Julien ne répondit pas.
Sa défense venait de changer.
Du déni à la minimisation.
Il ne contestait plus l’intervention.
Il contestait l’intention.
Mais l’enregistrement, la surveillance, le choix du véhicule, la route connue, les mots après la mort et le bénéfice successoral formaient un ensemble.
Le procureur demanda :
— Qu’avez-vous fait lorsque vous avez appris la mort d’Arthur ?
Julien baissa les yeux.
— J’ai paniqué.
— Avez-vous appelé la police pour signaler que vous aviez commandé une intervention sur ses freins ?
— Non.
— Avez-vous dénoncé Maret ?
— Non.
— Avez-vous détruit des documents ?
— Je ne me souviens pas.
— Avez-vous laissé Élise croire pendant dix ans à un accident ?
Silence.
— Monsieur Vidal ?
— Oui.
Ce oui fut peut-être la phrase la plus importante du procès.
Pas parce qu’il avouait le meurtre.
Parce qu’il reconnaissait avoir vécu dix ans dans le mensonge auprès de la sœur de l’homme dont il avait commandé le sabotage.
Le procureur poursuivit :
— Vous l’avez consolée ?
Julien ferma les yeux.
— Oui.
— Vous avez assisté aux obsèques ?
— Oui.
— Vous avez porté le cercueil ?
Je me retournai brutalement.
J’avais oublié.
Julien avait porté le cercueil d’Arthur.
Avec Laurent.
Mon père.
Deux cousins.
Je sentis Sarah poser doucement une main sur mon avant-bras.
Julien murmura :
— Oui.
Le procureur ne dit rien pendant plusieurs secondes.
Il n’en avait pas besoin.
C’était peut-être cela, la véritable nature de Julien.
Pas l’adultère.
Pas l’argent.
Pas même la violence.
Sa capacité à compartimenter.
Faire saboter les freins d’un homme.
Puis porter son cercueil.
Embrasser sa sœur.
Devenir son refuge.
Construire une famille sur le trou qu’il avait lui-même creusé.
Je compris enfin pourquoi son coffre contenait tout.
Julien ne gardait pas les preuves parce qu’il était imprudent.
Il les gardait parce qu’une partie de lui avait besoin de conserver la trace de ses victoires.
Le dossier Arthur.
Les montages financiers.
Les communications.
Comme des trophées invisibles.
Un homme comme lui ne détruit pas toujours ses secrets.
Il les collectionne.
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Parce qu’ils lui rappellent tout ce qu’il a réussi à faire sans être pris.
Jusqu’à la nuit où un hôpital appelle sa femme à deux heures du matin.