Partie 12 — Le procès de la famille Vidal

Le procès s’ouvrit près de trois ans après cette nuit à l’hôpital.
La salle était pleine.
Journalistes.
Salariés.
Curieux.
Anciennes connaissances.
Des gens qui avaient adoré Julien lorsqu’il était brillant et qui venaient maintenant observer sa chute.
Il entra encadré par des agents.
Il avait maigri.
Cheveux plus courts.
Costume sombre.
Toujours cette manière de regarder une pièce comme s’il cherchait celui qu’il pouvait convaincre.
Pendant un instant, son regard s’arrêta sur moi.
Je ne ressentis presque rien.
C’était la preuve du temps.
Autrefois, un mouvement de ses sourcils pouvait modifier ma journée.
Aujourd’hui, il était un homme dans un dossier.
Le parquet présenta d’abord Arthur.
Pas le meurtre.
Arthur.
Son rôle dans l’entreprise.
Les anomalies découvertes.
Son opposition à Julien.
Puis l’enregistrement.
« J’ai remonté Orion Conseil jusqu’à toi. »
Et la réponse de Julien.
« Tu devrais faire attention sur la route. »
Dans la salle, personne ne bougea.
Gérard Maret témoigna.
Sa voix était faible.
Sa maladie s’était aggravée.
Il reconnut le paiement.
L’intervention.
La peur.
— Monsieur Vidal vous a-t-il explicitement dit : « Tuez Arthur Duvivier » ? demanda la défense.
— Non.
— Donc vous ne pouvez pas dire qu’il voulait sa mort.
Maret regarda Julien.
Puis l’avocat.
— Il m’a demandé de toucher aux freins d’un homme qui roulait tous les jours sur des routes rapides. Appelez ça comme vous voulez.
La juge lui demanda de répondre sans commentaire.
Puis Laurent témoigna.
Le faux alibi.
La voiture prêtée.
La facture.
La lettre.
Il ne tenta pas de se justifier.
— J’ai menti pour mon frère. Je pensais le protéger d’une accusation injuste. J’ai appris trop tard que je protégeais peut-être l’homme qui avait tué Arthur.
Camille témoigna après lui.
Liaison.
Fausses factures.
Mails.
Téléphone secret.
Vocal.
Lorsqu’elle passa devant Laurent en quittant la barre, ils ne se regardèrent pas.
Leur mariage était déjà dissous.
Il ne restait qu’une histoire que personne ne voulait récupérer.
Puis Hélène Marchal exposa les 3,2 millions.
Helios.
Les sociétés-écrans.
Le plan de dilution.
Le projet de divorce.
Les faux messages destinés à me discréditer.
Le tableau fut projeté sur un écran.
Phase 1. Phase 2. Phase 3. Phase 4.
La vie transformée en plan stratégique.
Enfin, je témoignai.
On me demanda Arthur.
Notre dispute.
Julien.
Le mariage.
L’infidélité.
Le coffre.
Mon propre acte à l’hôpital.
Tout.
Je répondis.
Puis l’avocat de Julien demanda :
— Madame Duvivier, votre frère s’opposait à votre relation avec mon client. N’est-il pas possible que, dix ans plus tard, vous ayez construit autour de ce conflit ancien une interprétation qui donne un sens à votre douleur ?
Je réfléchis.
— Si je n’avais que ma douleur, oui.
— Donc vous reconnaissez—
— Mais je n’ai pas que ma douleur.
Je regardai les dossiers.
— J’ai un paiement de cinquante mille euros. Une expertise. Un garagiste. Un enregistrement. Une photographie. Une note manuscrite. Des sociétés-écrans. Un faux alibi. Un dossier conservé par Julien lui-même. Ma douleur ne fait que lire la même chose que les pièces.
L’avocat tenta :
— Vous haïssez mon client.
Je regardai Julien.
— Oui.
Silence.
— Cela ne vous rend pas impartiale.
— Je ne suis pas juge.
Je me tournai vers la cour.
— Heureusement.
La phrase fit sourire quelques personnes.
Puis je repris :
— Mon travail n’est pas d’être impartiale envers l’homme qui a détruit ma famille. Mon travail ici est de dire ce que j’ai vu et ce que j’ai trouvé. Votre travail à vous est d’essayer de démontrer que les preuves signifient autre chose.
L’avocat se rassit.
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Julien me fixait toujours.
Je n’avais jamais été aussi libre de son regard.