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Partie 3 — Laurent découvre son frère

À six heures du matin, Laurent m’attendait dans ma cuisine.

Il avait quitté l’hôpital après que Camille fut médicalement stabilisée.

Il semblait avoir vieilli de dix ans en quatre heures.

— Camille m’a dit que tu avais découvert quelque chose sur Arthur.

Je me suis arrêtée.

— Qui lui a dit ?

— Julien.

Évidemment.

Même dans la panique, il essayait déjà de reconstruire les alliances.

Laurent posa ses mains sur la table.

— Élise, je veux savoir.

— La police te parlera.

— C’est mon frère.

— Et Camille est ta femme.

Il ferma les yeux.

Le coup était bas.

Vrai, mais bas.

Je m’assis face à lui.

— Je suis désolée.

— Non. Tu as raison.

Il regarda par la fenêtre.

— Depuis combien de temps ?

— Pour Camille ?

Il eut un rire sans joie.

— Apparemment, je suis le dernier homme de Bordeaux à le savoir.

Je n’ai rien dit.

— Et Arthur ?

Je pris une inspiration.

— La police a trouvé des documents laissant penser que sa voiture a été sabotée. Un paiement a été effectué à un garagiste. Les fonds remontent vers une structure liée à Julien.

Laurent devint livide.

— Non.

— Laurent—

— Non.

Il se leva.

— Julien était avec moi cette semaine-là.

Je relevai les yeux.

— Quoi ?

— La semaine où Arthur est mort. Il était chez moi plusieurs soirs. Il m’a même emprunté ma voiture.

Mon esprit se mit immédiatement en mouvement.

— Pourquoi ?

Laurent fixa le sol.

— Parce qu’il disait que la sienne avait un problème.

— Quelle voiture ?

Il me donna le modèle.

Je connaissais ce véhicule.

Une berline grise.

Dix ans plus tôt, plusieurs témoins avaient signalé une berline grise près du garage où Arthur faisait entretenir sa voiture.

L’information n’avait jamais mené nulle part.

— Laurent, la police doit savoir ça.

Il secoua la tête, abasourdi.

— Je lui ai donné un alibi.

— Comment ?

— Après l’accident, un enquêteur m’a demandé où se trouvait Julien deux jours avant. J’ai dit qu’il avait passé la soirée chez moi.

— C’était vrai ?

Laurent se mit à trembler.

— Pas toute la soirée.

Je sentis mon estomac se nouer.

— Explique.

— Il est arrivé vers vingt-trois heures. J’avais bu. Je n’ai pas regardé l’heure précisément. Quand le policier m’a demandé, Julien m’avait déjà dit : « Dis-leur qu’on était ensemble depuis le dîner, ça évitera qu’ils inventent des trucs parce qu’Arthur me détestait. » J’ai pensé qu’il paniquait.

Il s’assit.

— J’ai menti.

Pas pour couvrir un meurtre consciemment.

Mais il avait menti.

Et ce mensonge avait peut-être fermé une piste.

Laurent porta ses mains à son visage.

— Mon Dieu.

Je ne lui ai pas dit que ce n’était pas sa faute.

Parce que ce n’était pas entièrement vrai.

Il avait choisi la loyauté envers son frère plutôt que l’exactitude.

Il n’avait simplement jamais imaginé le prix.

— Tu dois tout raconter, dis-je.

— Je sais.

Il resta silencieux.

Puis :

— Il m’a aussi fait signer une facture.

Je me raidis.

— Quelle facture ?

— Une prestation de conseil pour une société automobile. Je ne me souviens plus du nom. Il disait que c’était pour justifier un acompte.

— Montant ?

Laurent réfléchit.

— Cinquante mille.

Le chiffre entra dans la pièce.

50 000 euros.

Le paiement au garagiste.

Je me levai.

— Tu vas appeler Valois maintenant.

Laurent le fit.

À 7 h 14, il était entendu.

À 9 h 02, les policiers avaient retrouvé dans les archives comptables anciennes une société nommée LVS Consulting, alors administrée temporairement par Laurent Vidal.

Un virement de cinquante mille euros avait transité par son compte professionnel.

Puis avait été retiré en espèces.

Laurent affirma qu’il avait signé les papiers sur demande de Julien sans comprendre.

L’enquête bancaire montrerait ensuite que Laurent n’avait conservé aucun bénéfice.

Mais juridiquement, il était devenu une pièce du système.

Le même jour, Camille demanda à parler.

Elle voulait un avocat.

Puis elle voulait coopérer.

Son monde venait de s’écrouler.

Son mari savait.

Son amant était soupçonné d’homicide.

Et elle avait passé trois années à croire qu’elle serait la femme que Julien choisirait enfin.

Elle commença par l’infidélité.

Puis les cadeaux.

Puis les voyages.

Puis les comptes.

Camille travaillait dans une société de conseil en communication.

Julien s’était servi d’elle pour créer de fausses factures.

— Il disait que c’était de l’optimisation, murmura-t-elle.

Le commissaire Valois demanda :

— Et vous le croyiez ?

Camille baissa les yeux.

— Je voulais le croire.

— Ce n’est pas la même chose.

Elle pleura.

Puis elle donna une information qui transforma encore l’affaire.

— Julien disait souvent qu’Arthur avait « payé le prix de sa rigidité ».

Valois releva la tête.

— Quand ?

— Quand quelqu’un lui résistait. Il disait : « J’ai déjà survécu à plus dur qu’un conseil d’administration. Arthur aussi se croyait indispensable. »

— Vous avez compris ce qu’il voulait dire ?

— Non.

Elle hésita.

— Ou peut-être que je n’ai pas voulu comprendre.

Dans une seule nuit, les trois personnes qui avaient protégé Julien d’une manière ou d’une autre commencèrent à parler.

Moi.

Laurent.

Camille.

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Et à mesure que nos silences disparaissaient, la carrière de Julien cessait de ressembler à une réussite.

Elle ressemblait à une scène de crime qui avait duré dix ans.

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