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Partie 9 — Laurent au bord du vide

Laurent demanda à me voir après sa deuxième audition.

Il avait quitté la maison conjugale.

Camille aussi.

Ils communiquaient uniquement par avocats.

Il semblait vidé.

Nous nous sommes retrouvés dans les anciens bureaux d’Arthur, conservés au siège du groupe.

Laurent regarda la plaque.

Arthur Duvivier — Direction des opérations.

— Je n’étais jamais venu ici, dit-il.

— Pourquoi ?

— Julien disait qu’Arthur me méprisait.

Je le regardai.

— Arthur ne te connaissait presque pas.

Laurent eut un sourire amer.

— Je commence à comprendre que beaucoup de mes souvenirs de lui viennent de Julien.

Il s’assit.

Puis sortit une enveloppe.

— J’ai retrouvé ça chez ma mère.

La mère de Julien et Laurent était morte trois ans plus tôt.

L’enveloppe contenait une ancienne photo de famille et plusieurs papiers.

Parmi eux, une lettre de Julien à Laurent, écrite peu après la mort d’Arthur.

Frérot,

Si quelqu’un reparle de la semaine de l’accident, rappelle-toi que j’étais avec toi les 12 et 13. Pas besoin de compliquer. Élise souffre déjà assez.

Laurent fixa le papier.

— J’avais oublié cette lettre.

— Garde-la pour la police.

— Je l’ai déjà signalée.

Puis il me regarda.

— Élise, je dois te demander quelque chose.

— Vas-y.

— Tu crois qu’il aurait pu me tuer aussi ?

Je n’avais aucune réponse confortable.

— Oui.

Il baissa les yeux.

— Moi aussi.

Silence.

Puis :

— J’ai passé toute ma vie à défendre mon frère. Notre père était violent. Julien me protégeait quand on était petits. Il prenait les coups parfois. Il est devenu… le héros de mon enfance.

Je compris alors une partie de la mécanique.

Julien n’était probablement pas né monstre.

Cela ne changeait rien à ce qu’il avait choisi ensuite.

Mais Laurent avait construit son identité autour d’une dette ancienne.

— Quand quelqu’un le critiquait, continua-t-il, j’entendais mon père. Alors je défendais Julien avant même d’écouter.

Il se frotta le visage.

— Même Arthur.

Je ne dis rien.

— Et Camille…

Sa voix se brisa.

— Camille m’a trompé avec lui pendant trois ans. Mais ce qui me tue le plus, c’est de comprendre que Julien savait exactement ce que ça me ferait.

Oui.

Il savait.

C’était même probablement une partie de l’attrait.

Laurent était son frère.

Camille était la femme de son frère.

Me prendre mon entreprise.

Prendre la femme de Laurent.

Éliminer Arthur.

Julien ne se contentait pas d’obtenir.

Il avait besoin que ses gains prouvent la faiblesse des autres.

Je demandai :

— Qu’est-ce que tu vas faire ?

Laurent regarda la plaque d’Arthur.

— Dire la vérité au procès.

— Même si elle montre que tu as menti il y a dix ans ?

— Surtout pour ça.

Il inspira.

— Et je vais renoncer à toute relation avec Julien.

Cette phrase lui coûta.

Je le vis.

On peut couper un frère de sa vie et continuer à porter l’enfant qui l’aimait.

Je savais cela.

J’allais porter longtemps la femme qui avait aimé mon mari.

Laurent se leva.

Avant de sortir, il demanda :

— Arthur m’aurait pardonné ?

Je regardai la porte de son ancien bureau.

— Je ne sais pas.

Il hocha la tête.

Bonne réponse.

Les morts ne sont pas des machines à absoudre les vivants.

Laurent partit.

Deux semaines plus tard, il déposa volontairement un témoignage complet.

Il reconnut son faux alibi.

La facture signée.

Ses mensonges.

Le rôle de Julien.

Le parquet décida finalement de ne pas le poursuivre pour complicité d’homicide, faute d’éléments montrant qu’il connaissait le projet criminel, mais son rôle dans les irrégularités financières fit l’objet d’un traitement distinct.

Laurent accepta.

Pas de campagne de victimisation.

Pas de « je suis de la famille ».

Il dit simplement :

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— J’ai signé sans regarder et j’ai menti pour protéger mon frère. Je répondrai de ça.

Pour la première fois depuis le début de l’affaire, un Vidal venait de prononcer une phrase adulte.

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