CHAPITRE 2 — L'homme qui était censé être mort

CHAPITRE 2 — L'homme qui était censé être mort
Je relus le message encore trois fois.
Ton frère Thomas n'est pas mort dans l'accident.
Les mots semblaient impossibles.
Je connaissais la date de sa mort.
Je connaissais l'endroit.
Je connaissais même le nom de l'hôpital qui avait conservé son dossier.
J'avais assisté à ses funérailles.
J'avais vu son cercueil.
J'avais pleuré devant sa tombe.
Comment quelqu'un pouvait-il prétendre qu'il était vivant ?
Je levai les yeux vers Maya.
« Qui m'a envoyé ça ? »
Elle secoua la tête.
« Le numéro est masqué. »
« Tu peux le tracer ? »
« Pas immédiatement. »
Je lui tendis mon téléphone.
« Fais-le. »
Maya prit l'appareil.
Pendant ce temps, Adrian s'approcha.
« Claire, qu'est-ce qui se passe ? »
Je verrouillai mon écran.
« Rien. »
Il me regarda.
« Tu viens de recevoir quelque chose. »
« Oui. »
« De qui ? »
« Quelqu'un qui prétend connaître ma famille. »
Adrian fronça les sourcils.
« Quelqu'un te menace ? »
Je souris.
« Pourquoi ? Tu as peur ? »
Il resta silencieux.
Puis il regarda Maya.
« Vous devez partir. »
Maya répondit calmement :
« C'est la maison de Claire. »
Adrian serra la mâchoire.
« Je suis son mari. »
« Et moi, je suis son avocate. »
Le silence devint lourd.
Eleanor intervint.
« Claire, tu vas vraiment laisser cette femme entrer dans nos affaires familiales ? »
Je me tournai vers elle.
« Nos affaires familiales ? »
Elle ne répondit pas.
« Hier soir, vous vouliez mon appartement. »
Je marquai une pause.
« Aujourd'hui, vous voulez contrôler qui peut me conseiller. »
Je regardai Maya.
« Je pense que nous avons notre réponse. »
Maya me demanda de la suivre dans mon bureau.
Je fermai la porte.
« Dis-moi tout. »
Elle posa son ordinateur sur la table.
« J'ai commencé par le document concernant ton appartement. »
Elle ouvrit un fichier.
« La signature est fausse. »
« Adrian ne l'a pas signée. »
« Non. »
Elle fit défiler l'écran.
« Mais quelqu'un avait accès à ses informations personnelles. »
« Qui ? »
« Eleanor. »
Je ne fus pas surprise.
« Ça ne suffit pas. »
« Attends. »
Maya ouvrit un deuxième fichier.
« Eleanor a créé une société il y a dix-huit mois. »
Je fronçai les sourcils.
« Quel genre de société ? »
« Une société immobilière. »
« Et alors ? »
Maya me regarda.
« Elle a acheté deux propriétés. »
« Avec quel argent ? »
Elle répondit :
« C'est justement le problème. »
Elle ouvrit les relevés.
Je reconnus plusieurs virements.
Des sommes importantes.
Des montants réguliers.
Et une même référence revenait plusieurs fois.
CB TRUST SERVICES.
Mon sang se glaça.
« C'est impossible. »
« Pourquoi ? »
« Ce compte n'a jamais été accessible à Eleanor. »
Maya secoua la tête.
« Quelqu'un l'a rendu accessible. »
« Qui ? »
Elle me regarda.
« Adrian. »
Je restai silencieuse.
Adrian avait-il réellement accès à mon trust ?
Je pensais à toutes les années où nous avions été mariés.
Aux conversations sur les finances.
À ses questions apparemment innocentes.
Combien ton père t'a-t-il laissé ?
Tu as encore des comptes à l'étranger ?
Pourquoi ton nom apparaît-il sur cette société ?
À l'époque, je pensais qu'il était simplement curieux.
Maintenant…
je comprenais.
Il enquêtait.
Depuis le début.
« Combien ? » demandai-je.
Maya hésita.
« Plus de quatre millions de dollars. »
Je fermai les yeux.
Quatre millions.
Eleanor n'avait pas besoin de mon appartement.
Elle voulait mon trust.
Quelqu'un frappa à la porte.
Nous nous retournâmes.
Adrian.
« Claire ? »
Je regardai Maya.
Elle murmura :
« Ne lui dis rien. »
J'ouvris la porte.
Adrian entra.
« Je voulais simplement vérifier que tu vas bien. »
Je souris.
« Je vais très bien. »
« Tu es certaine ? »
« Oui. »
Il regarda Maya.
« Vous avez parlé de quoi ? »
« De choses personnelles. »
« Je suis son mari. »
« Et ? »
Adrian soupira.
« Claire, je sais que tu es en colère. »
Je le regardai.
« Je ne suis pas en colère. »
« Alors quoi ? »
« Je réfléchis. »
Il s'approcha.
« À quoi ? »
Je répondis :
« À notre mariage. »
Il se figea.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Je me demande depuis combien de temps tu me mens. »
Son visage changea.
Très légèrement.
Mais je le vis.
« Je ne te mens pas. »
« Très bien. »
Je souris.
« Alors tu n'auras aucun problème à répondre à quelques questions. »
Il croisa les bras.
« Lesquelles ? »
« Pourquoi Eleanor a-t-elle accès à mes comptes ? »
Silence.
« Quel compte ? »
« Le Bennett Family Trust. »
Son visage devint blanc.
Une seconde.
Une seule.
Mais elle suffit.
« Je ne sais pas de quoi tu parles. »
Je souris.
« C'est étrange. »
« Pourquoi ? »
« Parce que tu as changé de couleur. »
« Claire… »
« Tu sais exactement de quoi je parle. »
Maya resta silencieuse derrière moi.
Adrian se passa une main sur le visage.
« Ce trust est compliqué. »
« Je ne t'ai pas demandé s'il était compliqué. »
« Alors quoi ? »
« Je t'ai demandé pourquoi ma belle-mère y avait accès. »
Il ne répondit pas.
Je compris.
C'était suffisant.
« Sors. »
Adrian me regarda.
« Claire… »
« Sors de mon bureau. »
« C'est aussi ma maison. »
« Non. »
Je pris le titre de propriété.
Je le posai devant lui.
« Elle ne l'a jamais été. »
Il regarda le document.
Puis moi.
« Tu ne peux pas faire ça. »
« Je viens de le faire. »
Une heure plus tard, Adrian quitta la maison.
Pas parce qu'il avait accepté.
Parce que Maya avait appelé deux agents de sécurité.
Eleanor criait dans le couloir.
Charles menaçait d'appeler la police.
Je les laissai parler.
Pour la première fois depuis des années…
leurs voix ne m'intimidaient plus.
Lorsqu'ils furent partis, la maison devint silencieuse.
Maya ferma la porte.
« Maintenant, nous devons retrouver Thomas. »
Je regardai la clé USB.
« Où commencer ? »
« Là où il est censé être mort. »
Deux heures plus tard, nous étions devant l'ancien hôpital.
Le bâtiment avait été rénové.
Le service où Thomas avait été admis n'existait plus.
Mais Maya avait obtenu les archives.
Une vieille infirmière accepta de nous rencontrer.
Elle s'appelait Margaret.
Elle avait plus de soixante-dix ans.
Lorsqu'elle entendit le nom de Thomas, son visage changea.
« Vous êtes sa sœur ? »
« Oui. »
Elle me regarda longuement.
« Je savais que quelqu'un finirait par venir. »
Mon cœur se mit à battre plus vite.
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? »
Margaret s'assit.
« Votre frère n'est jamais mort ici. »
Je sentis mes jambes devenir faibles.
« Mais son dossier… »
« A été modifié. »
Maya intervint.
« Par qui ? »
Margaret secoua la tête.
« Je ne sais pas. »
Puis elle sortit une enveloppe.
« Mais il m'a laissé ça. »
Je la pris.
Mon nom était écrit dessus.
Claire.
L'écriture était celle de Thomas.
Je la reconnus immédiatement.
Mes doigts tremblèrent.
J'ouvris l'enveloppe.
À l'intérieur se trouvait une photographie.
Thomas.
Vivant.
Et debout devant une voiture.
À côté de lui…
Eleanor.
Je cessai de respirer.
Au dos de la photo, une phrase était écrite :
« Ne crois jamais Eleanor. Elle sait ce qui s'est réellement passé. »
Je regardai Margaret.
« Quand cette photo a-t-elle été prise ? »
« Onze ans après l'accident. »
Je secouai la tête.
« Non. »
Maya prit la photo.
« C'est récent. »
Je regardai la date imprimée dans le coin.
Elle datait de huit mois.
Huit mois.
Mon frère était vivant huit mois auparavant.
Et Eleanor l'avait vu.
Je murmurai :
« Pourquoi ne m'a-t-il jamais contactée ? »
Margaret répondit :
« Il a essayé. »
« Quand ? »
« Plusieurs fois. »
« Alors pourquoi… »
Margaret me regarda avec tristesse.
« Parce qu'à chaque fois qu'il essayait de vous contacter, quelqu'un arrivait avant lui. »
Je sentis un frisson.
« Qui ? »
Elle hésita.
Puis répondit :
« Votre mari. »
Je me levai brusquement.
« Adrian ? »
Margaret hocha la tête.
« Il est venu ici plusieurs fois. »
« Pourquoi ? »
« Il voulait savoir si Thomas était encore vivant. »
Maya et moi nous regardâmes.
Tout venait de changer.
Adrian savait.
Il savait que Thomas était vivant.
Et il savait peut-être depuis le début.
Dans la voiture, je ne parlai pas.
Je regardais la photographie.
Thomas.
Eleanor.
Adrian.
Mon frère vivant.
Ma belle-mère.
Mon mari.
Trois personnes.
Un secret.
Et soudain, mon téléphone vibra.
Le même numéro inconnu.
« Maintenant, tu comprends. »
Je répondis immédiatement.
« Où est Thomas ? »
La réponse arriva.
« Il est plus proche que tu ne le crois. »
Puis un deuxième message.
« Regarde derrière toi. »
Je levai lentement les yeux vers le rétroviseur.
Une voiture noire nous suivait.
Maya la remarqua également.
« Ne te retourne pas. »
Je murmurai :
« C'est lui ? »
« Je ne sais pas. »
La voiture accéléra.
Puis elle disparut dans la circulation.
Mon téléphone vibra encore.
Cette fois, une photo apparut.
Thomas.
Debout.
Vivant.
Et derrière lui…
Adrian.
Je fixai l'écran.
Puis je lus le dernier message :
« Ton mari n'a pas essayé de cacher la mort de ton frère. »
Un autre message apparut.
« Il a essayé de cacher pourquoi Thomas voulait te prévenir. »
Je sentis mon cœur se serrer.
« Pourquoi ? »
Trois points apparurent.
Puis la réponse :
« Parce que Thomas a découvert que l'argent que ta famille croyait perdu n'a jamais disparu. »
Je regardai Maya.
« Quel argent ? »
Elle pâlit.
« Claire… »
« Quoi ? »
Elle prit une profonde inspiration.
« Le trust. »
« Qu'est-ce qu'il a découvert ? »
Maya regarda l'écran.
« Je crois que les quatre millions ne sont qu'une petite partie de ce que ton père t'a laissé. »
Je restai silencieuse.
« Combien ? »
Elle répondit :
« Je ne sais pas encore. »
Puis elle regarda la photographie de Thomas.
« Mais si ton frère est vivant, lui le sait probablement. »
Cette nuit-là, je rentrai seule.
La maison était vide.
Pour la première fois depuis des années, je n'entendis pas les pas d'Adrian dans le couloir.
Je montai dans ma chambre.
Je m'assis sur le lit.
Puis j'ouvris l'ancien coffre de mon père.
Je pris tous les documents.
Je les étalai sur le sol.
Et au fond du coffre, sous une fausse paroi que je n'avais jamais remarquée…
je trouvai une petite boîte métallique.
À l'intérieur se trouvait une lettre.
Mon père l'avait écrite quelques semaines avant sa mort.
Je reconnus son écriture.
« Claire, si tu lis cette lettre, c'est que Thomas a échoué à te protéger. »
Je cessai de respirer.
Je continuai.
« Ne fais confiance à personne de la famille Bennett. »
Puis :
« Adrian n'est pas celui que tu crois. »
Je retournai la page.
La dernière phrase était écrite en lettres plus grandes.
« Et surtout, ne laisse jamais Eleanor découvrir que tu connais l'existence de la société Blackstone. »
Je connaissais ce nom.
Blackstone.
C'était une société que j'avais vue dans les documents d'Eleanor.
Une société qu'elle prétendait ne jamais avoir possédée.
Je pris mon téléphone.
Je cherchai immédiatement le nom.
Puis je vis quelque chose qui me glaça.
La société Blackstone avait été créée onze ans auparavant.
L'année de la mort de Thomas.
Et son principal bénéficiaire était…
Adrian Bennett.
Je reculai.
À cet instant, quelqu'un frappa trois fois à la porte d'entrée.
Je ne bougeai pas.
Trois coups.
Puis une voix.
Une voix que je n'avais pas entendue depuis onze ans.
Une voix que je reconnaîtrais entre mille.
« Claire… »
Mon cœur s'arrêta.
La voix continua :
« C'est moi. »
Je courus jusqu'à la porte.
Je l'ouvris.
Et il était là.
Plus âgé.
Plus maigre.
Une cicatrice sur le visage.
Mais vivant.
Thomas me regardait.
Mon frère.
Celui que j'avais enterré onze ans plus tôt.
Il murmura :
« Tu dois partir avec moi. »
Je pleurais déjà.
« Pourquoi ? »
Il regarda derrière moi.
Puis son visage se décomposa.
« Parce qu'Adrian sait que je suis venu. »
Je me retournai.
Au bout de la rue…
une voiture noire venait de s'arrêter.
Thomas prit ma main.
« Claire, écoute-moi. »
« Quoi ? »
Il murmura :
« Ce n'est pas ton argent qu'ils veulent. »
Je le regardai.
« Alors quoi ? »
Il répondit :
« C'est quelque chose que ton père a caché avant de mourir. »
La portière de la voiture noire s'ouvrit.
Thomas serra ma main.
« Et si Adrian le trouve avant nous… »
Il s'arrêta.
May you like
« …il pourra détruire toute la famille Bennett. »
À suivre…