CHAPITRE 8 — L'homme qui contrôlait tout

CHAPITRE 8 — L'homme qui contrôlait tout
Le silence était absolu.
Je regardais l'homme qui venait d'apparaître au bout de l'entrepôt.
Ses cheveux étaient blancs.
Son visage marqué par l'âge.
Mais ses yeux…
Je les connaissais.
Je les avais vus sur les anciennes photographies de famille.
C'était lui.
Richard Carter.
Mon grand-père.
L'homme que toute ma famille croyait mort depuis trente ans.
Et devant lui, à genoux, les mains attachées dans le dos…
Adrian.
— Lâchez-le ! cria Thomas.
Richard sourit.
— Toujours aussi impulsif, Thomas.
Mon frère leva son arme.
— Je vous ai cherché pendant onze ans.
Richard répondit calmement :
— Et tu n'étais pas censé me trouver.
Je regardai Adrian.
Il avait du sang sur le visage.
— Adrian !
Il leva les yeux vers moi.
— Ne viens pas ici.
Richard posa une main sur son épaule.
— Il est trop tard pour les avertissements.
Je m'avançai.
— Pourquoi avez-vous fait tout ça ?
Richard me regarda.
— Parce que tu devais apprendre.
— Apprendre quoi ?
— À ne faire confiance à personne.
Je ris nerveusement.
— Vous avez détruit ma famille.
— Non.
Il secoua la tête.
— Ta famille s'est détruite toute seule.
Je regardai autour de moi.
Thomas.
Sophia.
Maya.
Eleanor.
Adrian.
Tous portaient les cicatrices de cette guerre invisible.
— Alors pourquoi m'avoir caché la vérité ?
Richard répondit :
— Parce que si tu avais su qui tu étais, tu serais morte avant tes vingt ans.
Je fronçai les sourcils.
— Qui suis-je ?
Il fit quelques pas vers moi.
— Tu es la dernière héritière de Blackstone.
— Ça, je le sais déjà.
— Non.
Il sourit.
— Tu ne sais rien.
Il regarda Sophia.
— Et elle non plus.
Sophia recula.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
Richard répondit :
— Vous protéger.
Je secouai la tête.
— Vous avez une drôle de manière de protéger votre famille.
Il soupira.
— Ta mère était brillante.
Son visage changea légèrement.
— Trop brillante.
Il s'approcha d'une vieille table.
— Elle avait compris que Blackstone n'était pas seulement un empire financier.
Maya intervint :
— C'était un système de protection.
Richard hocha la tête.
— À l'origine.
Puis il regarda Maya.
— Mais après sa mort, certains membres ont décidé d'utiliser le système pour leur propre bénéfice.
— Charles, dis-je.
— Charles, oui.
Richard marqua une pause.
— Mais pas seulement lui.
Je sentis un malaise.
— Qui d'autre ?
Il regarda Adrian.
— Son propre fils.
Je me tournai vers mon mari.
— Adrian ?
Richard répondit :
— Adrian a été recruté à dix-neuf ans.
Adrian secoua la tête.
— Ce n'est pas vrai.
Richard sourit.
— Tu veux vraiment que je raconte tout ?
Adrian baissa les yeux.
Je m'approchai de mon mari.
— Dis-moi la vérité.
Adrian ne répondit pas.
— Est-ce que tu connaissais mon grand-père avant notre mariage ?
Il finit par hocher la tête.
— Oui.
— Depuis quand ?
— Depuis que j'avais dix-neuf ans.
Je fermai les yeux.
Encore un mensonge.
— Et tu savais que mon père était vivant ?
— Je l'ai découvert plus tard.
— Quand ?
— Trois ans après notre mariage.
— Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ?
Il me regarda.
— Parce qu'il me menaçait.
Richard éclata de rire.
— Pauvre Adrian.
Il s'approcha.
— Toujours la victime.
Adrian serra les poings.
— Vous avez détruit ma famille.
— J'ai seulement donné à ton père les outils pour le faire.
Je compris.
Richard n'était pas seulement un témoin.
Il avait créé le système.
Eleanor s'avança soudain.
— Richard, arrêtez.
Tout le monde se tourna vers elle.
Elle semblait terrifiée.
— Vous avez promis de les laisser partir.
Richard la regarda.
— J'ai changé d'avis.
— Vous m'aviez promis.
— Et tu croyais encore à mes promesses ?
Eleanor secoua la tête.
— Claire doit savoir.
Richard se retourna.
— Elle saura tout quand le moment sera venu.
Je regardai Eleanor.
— Qu'est-ce que tu sais ?
Elle hésita.
Puis elle murmura :
— Ton père n'a pas été assassiné.
Je me figeai.
— Quoi ?
— Il s'est caché.
Thomas secoua la tête.
— Non.
Eleanor continua :
— Il a découvert que Richard avait infiltré Blackstone depuis des années.
Je regardai mon grand-père.
— Pourquoi ?
Richard répondit :
— Parce que je savais que le système finirait par devenir incontrôlable.
— Alors pourquoi l'avez-vous contrôlé ?
— Pour éviter une guerre.
Je ris.
— Vous avez provoqué une guerre.
Richard resta silencieux.
Soudain, un bruit de verre brisé retentit.
Tout le monde se retourna.
Maya avait déclenché une alarme.
Les portes métalliques s'ouvrirent.
Des sirènes retentirent au loin.
Richard se retourna vers elle.
— Qu'avez-vous fait ?
Maya sourit.
— J'ai envoyé tous les fichiers de Blackstone à trois journalistes.
Le visage de Richard changea.
— Vous n'avez pas fait ça.
— Si.
— Vous allez tous nous condamner.
— Non.
Maya répondit :
— Je vais seulement empêcher que quelqu'un puisse réécrire l'histoire.
Richard fit un signe de la main.
Ses hommes commencèrent à avancer.
Thomas leva son arme.
— Personne ne bouge !
Pendant quelques secondes, personne ne respira.
Puis Adrian se jeta soudain au sol.
Un coup de feu retentit.
La balle passa à quelques centimètres de moi.
Thomas riposta.
Les hommes reculèrent.
Je me baissai.
Sophia me tira derrière une colonne.
— Reste ici !
— Où est Adrian ?
Elle regarda vers le centre de la pièce.
Adrian était debout.
Il venait de se libérer.
Il courait vers Richard.
Les deux hommes se retrouvèrent face à face.
— Vous avez fini de détruire ma vie ! cria Adrian.
Richard le regarda froidement.
— Non.
Il sortit une arme.
— Elle ne fait que commencer.
Il appuya sur la détente.
Mais Eleanor s'interposa.
Le coup partit.
Elle s'effondra.
— Eleanor !
Je courus vers elle.
Adrian resta figé.
Richard recula.
— Elle a toujours été faible.
Je pris Eleanor dans mes bras.
Du sang s'étalait sur son manteau.
Elle ouvrit difficilement les yeux.
— Claire…
— Je suis là.
— Écoute-moi.
Je serrai sa main.
— Ne parle pas.
Elle secoua la tête.
— Tu dois savoir…
Elle toussa.
— La femme que tu crois être ta mère…
Elle s'arrêta.
Je fronçai les sourcils.
— Quoi ?
Elle murmura :
— Ce n'est pas Amelia.
Je cessai de respirer.
— Alors qui est ma mère ?
Eleanor ferma les yeux.
— Ta mère…
Elle s'évanouit.
Je regardai Richard.
Il souriait.
Puis il prononça :
— Voilà la dernière vérité.
Je me levai lentement.
— Qui est ma mère ?
Richard répondit :
— Ta mère est toujours vivante.
Le silence tomba.
Sophia se tourna vers lui.
— Impossible.
Richard regarda les deux sœurs.
— Elle vous attend depuis vingt-huit ans.
Thomas murmura :
— Où ?
Richard sourit.
— À l'endroit où tout a commencé.
Puis les sirènes de police retentirent à l'extérieur.
Richard regarda la porte.
— Et maintenant, Claire…
Il fit quelques pas en arrière.
— Tu dois choisir.
— Entre quoi ?
Il répondit :
— Sauver ton mari…
ou découvrir qui est réellement ta mère.
Je regardai Adrian.
Puis Eleanor.
Puis Sophia.
Et enfin Thomas.
Pour la première fois, je compris que cette histoire n'avait jamais été une simple bataille pour de l'argent.
C'était une guerre qui avait commencé avant ma naissance.
Et quelqu'un avait passé toute ma vie à préparer le moment où je découvrirais la vérité.
Soudain, le téléphone de mon père vibra dans ma poche.
Je ne savais même pas comment il était arrivé là.
L'écran affichait un appel entrant.
Un seul nom :
MAMAN.
Je regardai l'écran.
Puis Richard.
Son sourire disparut.
Et pour la première fois…
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il eut peur.
À suivre…