CHAPITRE 7 — La personne en qui j'avais le plus confiance

CHAPITRE 7 — La personne en qui j'avais le plus confiance
Je regardai le nom écrit sur la feuille.
MAYA.
Pendant plusieurs secondes, je fus incapable de parler.
Le silence de l'entrepôt était devenu presque irréel.
Thomas tenait toujours son arme.
Il regardait Maya.
Maya regardait la feuille.
Puis elle leva lentement les yeux vers moi.
— Claire…
Je reculai.
— Ne bouge pas.
Elle s'arrêta.
— Je peux expliquer.
— Alors explique.
Sa voix trembla.
— Ce n'est pas ce que tu crois.
Je ris nerveusement.
— Tout le monde me dit ça.
Je brandis la feuille.
— Ton nom est écrit ici.
— Je sais.
— Et tu n'as pas l'air surprise.
Maya ferma les yeux.
— Parce que je savais qu'un jour ils essaieraient de retourner cette preuve contre moi.
Thomas intervint :
— Qui ?
— Ceux qui dirigent Blackstone.
Je fronçai les sourcils.
— Blackstone n'est qu'une société.
Maya secoua la tête.
— Non.
Elle me regarda.
— Blackstone est un réseau.
Je restai immobile.
— Quel réseau ?
Maya répondit :
— Des avocats, des banquiers, des policiers, des politiciens et des hommes d'affaires.
Thomas murmura :
— Le réseau de ton père.
— Non, répondit Maya. Le réseau de sa mère.
Je sentis mon cœur se serrer.
— Ma mère ?
Maya hocha la tête.
— Amelia Carter avait créé Blackstone pour protéger des personnes contre des organisations criminelles. Mais après sa mort, certains membres ont retourné le réseau contre ses propres héritiers.
— Qui ?
Maya regarda la feuille.
— Charles n'est qu'un des dirigeants.
— Et Adrian ?
— Un intermédiaire.
Je regardai Thomas.
— Et toi ?
Il répondit :
— Une victime.
Je revins vers Maya.
— Et toi ?
Elle resta silencieuse.
Je compris.
— Tu fais partie du réseau.
Elle baissa la tête.
— Oui.
Je sentis mes jambes trembler.
— Depuis combien de temps ?
— Depuis ma naissance.
— Tu savais qui j'étais ?
— Oui.
— Tu savais qui était Sophia ?
— Oui.
— Tu savais que Thomas était vivant ?
— Oui.
Je reculai.
— Alors pourquoi m'as-tu aidée ?
Maya répondit :
— Parce que ta mère me l'avait demandé.
Je fronçai les sourcils.
— Ma mère est morte avant même que je sache que Sophia existait.
— Je sais.
Maya sortit une enveloppe.
Elle me la tendit.
— Mais elle avait prévu que quelqu'un retrouverait ses filles.
Je pris l'enveloppe.
Mon nom était écrit dessus.
Je l'ouvris.
À l'intérieur se trouvait une lettre.
L'écriture était inconnue.
Mais la première phrase me fit pleurer.
« Claire, si tu lis ceci, c'est que ma fille est enfin en sécurité. »
Je relevai les yeux.
— Elle t'a confié cette lettre ?
Maya hocha la tête.
— Il y a vingt-huit ans.
Je lus la suite.
« Je ne sais pas qui tu deviendras. Je ne sais pas si tu me pardonneras un jour. Mais je veux que tu saches une chose : je ne t'ai jamais abandonnée. »
Mes mains tremblaient.
« Ton père adoptif te protégera. Thomas te protégera. Et un jour, une femme nommée Maya viendra à toi. Ne la rejette pas. Elle sera la dernière personne de mon ancien cercle à qui tu pourras faire confiance. »
Je levai les yeux.
— Alors tu n'es pas une traîtresse.
Maya secoua la tête.
— Non.
— Pourquoi ton nom était-il sur la feuille ?
— Parce que quelqu'un voulait que tu le croies.
Thomas murmura :
— Charles.
Maya secoua la tête.
— Non.
Elle regarda la porte de l'entrepôt.
— Quelqu'un d'autre.
Un bruit retentit derrière nous.
Nous nous retournâmes.
Sophia apparut dans l'ombre.
Elle était seule.
Je courus vers elle.
— Où est Adrian ?
Elle hésita.
— Je ne sais pas.
— Il était avec toi.
— Oui.
— Alors où est-il ?
Sophia baissa les yeux.
— Il m'a laissée partir.
Je fronçai les sourcils.
— Pourquoi ?
Elle répondit :
— Parce qu'il voulait retourner auprès de son père.
Je ne comprenais plus rien.
— Il travaille encore pour Charles ?
Sophia secoua la tête.
— Non.
— Alors pourquoi ?
Elle me regarda.
— Pour le détruire.
Thomas s'approcha.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Sophia sortit une clé USB.
— Adrian m'a donné ça.
Maya la prit.
Elle connecta la clé à son ordinateur.
Un seul fichier apparut.
PROJECT_OMEGA.
Maya pâlit.
— Oh mon Dieu.
Je demandai :
— Qu'est-ce que c'est ?
Elle ouvrit le fichier.
Une liste de noms apparut.
Des juges.
Des policiers.
Des sénateurs.
Des chefs d'entreprise.
Et au sommet…
CHARLES BENNETT.
Puis un autre nom.
ADRIAN BENNETT.
Je regardai Maya.
— Ils travaillent ensemble.
— Pas exactement, répondit-elle.
Elle fit défiler les données.
Adrian avait enregistré secrètement les activités de son père pendant plusieurs années.
Transactions.
Enregistrements.
Virements.
Conversations.
Tout.
Je murmurai :
— Il construisait un dossier contre lui.
Sophia hocha la tête.
— Depuis notre rencontre.
Je la regardai.
— Alors pourquoi m'a-t-il épousée ?
Sophia hésita.
— Parce qu'au début, il devait simplement récupérer ton accès au trust.
Mon cœur se brisa.
— Et ensuite ?
Elle me regarda droit dans les yeux.
— Il est tombé amoureux de toi.
Je fermai les yeux.
Cette phrase aurait dû me rassurer.
Elle ne fit que me faire plus mal.
Parce que même si Adrian m'avait aimée…
il m'avait quand même trahie.
Soudain, un téléphone sonna.
Celui de Thomas.
Il décrocha.
Son visage changea.
— Quoi ?
Il écouta.
Puis raccrocha.
Je demandai :
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Il répondit :
— Charles a Sophia.
Je regardai ma sœur.
Elle était juste devant moi.
Thomas continua :
— Non.
— Alors qui a-t-il ?
Il fixa Sophia.
Puis il murmura :
— Notre père adoptif.
Je compris.
L'homme qui m'avait élevée.
L'homme dont je venais de regarder la dernière vidéo.
Il n'était pas mort comme je le croyais.
Thomas poursuivit :
— Il est vivant.
Je sentis le sol disparaître sous mes pieds.
— Quoi ?
— Notre père a simulé sa mort.
Maya se retourna brusquement.
— C'est impossible.
Thomas secoua la tête.
— Non.
Il ouvrit un fichier.
Une photographie récente apparut.
Mon père.
Vivant.
Assis dans un fauteuil.
Et à côté de lui…
Charles.
Je fixai l'écran.
— Pourquoi ?
Thomas répondit :
— Parce qu'il savait que Blackstone serait détruit s'il restait visible.
Je secouai la tête.
— Alors pourquoi me laisser seule ?
Thomas murmura :
— Parce qu'il voulait voir qui viendrait te chercher.
Je regardai les photos.
Adrian.
Eleanor.
Charles.
Maya.
Sophia.
Thomas.
Tout le monde avait été observé.
Tout le monde avait joué un rôle.
Mais je n'avais toujours pas compris la partie la plus importante.
— Pourquoi maintenant ?
Personne ne répondit.
Puis le téléphone de Maya vibra.
Un message.
Elle le lut.
Son visage devint blanc.
— Claire…
— Quoi ?
Elle me tendit son téléphone.
Un message vidéo venait d'arriver.
Je lançai la vidéo.
Mon père apparut à l'écran.
Mais cette fois, il ne parlait pas à une caméra fixe.
Il était assis dans une pièce sombre.
Et quelqu'un se tenait derrière lui.
Une femme.
Je zoomai.
Je reconnus immédiatement son visage.
Eleanor.
Mais elle semblait terrifiée.
Mon père regarda la caméra.
— Claire, si tu regardes ceci, c'est que Charles a échoué.
Je retins mon souffle.
— Il y a cependant une chose que tu dois comprendre.
Il marqua une pause.
— Eleanor n'est pas ton ennemie.
Je regardai la femme derrière lui.
Elle pleurait.
Mon père continua :
— Elle est la seule personne qui connaît le véritable nom de celui qui a ordonné la mort de ta mère.
L'image trembla.
Puis mon père prononça un dernier mot :
— Richard.
La vidéo s'arrêta.
Je regardai Thomas.
— Qui est Richard ?
Il devint livide.
— Claire…
— Qui est Richard ?
Il resta silencieux.
Puis il murmura :
— Notre grand-père.
Je sentis un frisson parcourir tout mon corps.
Mon grand-père était censé être mort trente ans auparavant.
Mais Thomas venait de prononcer une phrase qui changeait encore une fois toute notre histoire :
— Il n'est pas mort.
À cet instant, les lumières de l'entrepôt s'éteignirent.
Un moteur rugit à l'extérieur.
Puis une voix résonna dans l'obscurité.
Une voix âgée.
Calme.
Terriblement familière.
— Vous avez enfin compris.
Je me retournai.
Un homme apparut au bout du couloir.
Et lorsque la lumière revint…
je vis son visage.
C'était mon grand-père.
Vivant.
May you like
Et il tenait Adrian à genoux devant lui.
À suivre…