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CHAPITRE 4 — La clé que mon père lui avait donnée

CHAPITRE 4 — La clé que mon père lui avait donnée

La porte venait de s'ouvrir.

Adrian entra le premier, les mains bien visibles. Derrière lui, Eleanor tenait une vieille photographie de mon père comme s'il s'agissait d'une relique.

Thomas leva immédiatement son arme.

— Un pas de plus.

Adrian ne sembla pas impressionné.

— Tu ne tireras pas devant Claire.

Mon frère serra la mâchoire, mais son doigt resta loin de la détente.

Je regardais tour à tour les trois personnes qui avaient bouleversé ma vie en moins de vingt-quatre heures.

— Quelqu'un va enfin me dire la vérité ?

Eleanor posa lentement la photographie sur la table.

— Oui. Toute la vérité.

Je m'approchai.

La photo représentait mon père devant l'immeuble où je vivais aujourd'hui. À ses côtés se trouvaient trois personnes : Thomas, un jeune Adrian… et Eleanor.

Ils souriaient tous.

La date inscrite au dos me glaça.

15 juin — treize ans avant mon mariage.

— Vous vous connaissiez tous… bien avant moi.

Eleanor hocha la tête.

— Ton père nous avait réunis.

Je me tournai vers Adrian.

— Tu m'as menti dès le premier jour.

Il baissa les yeux.

— Oui.

Le mot me frappa plus fort que l'assiette de la veille.

Aucune excuse.

Aucune justification.

Seulement oui.

Thomas brisa le silence.

— Ne l'écoute pas, Claire. Elle va tout déformer.

Eleanor éclata d'un rire amer.

— C'est toi qui parles de mensonges ?

Elle ouvrit son sac et en sortit un dossier épais.

— Tu veux savoir où était Thomas la nuit où ton père est mort ?

Elle fit glisser plusieurs feuilles vers moi.

Je reconnus immédiatement les en-têtes de la police de San Francisco.

Des procès-verbaux.

Des relevés téléphoniques.

Et une déclaration signée de Thomas.

Je levai lentement les yeux.

— Tu as témoigné ?

Thomas ne répondit pas.

— Réponds-moi !

Il inspira profondément.

— Oui.

— Pourquoi m'avoir dit que tu n'étais pas là ?

Sa voix se brisa.

— Parce que j'avais peur que tu découvres ce que j'avais fait.

Je sentis mon cœur battre dans mes tempes.

— Qu'as-tu fait ?

Thomas ferma les yeux.

— J'ai quitté Papa seul.

Onze ans plus tôt.

Les mots sortirent de sa bouche comme une confession.

— Papa m'avait appelé ce soir-là. Il disait avoir découvert le nom de la personne qui volait le trust familial.

Je restai immobile.

— Il voulait rencontrer quelqu'un dans son bureau.

— Qui ?

— Adrian.

Je tournai brutalement la tête vers mon mari.

Il ne nia pas.

— J'étais bien là.

— Pourquoi ?

— Parce que ton père m'avait convoqué.

Thomas poursuivit.

— Quand je suis arrivé, ils se disputaient déjà. Papa avait découvert plusieurs virements frauduleux. Il croyait qu'Adrian agissait seul.

Eleanor intervint.

— Il se trompait.

— Qui volait l'argent ? demandai-je.

Eleanor me regarda droit dans les yeux.

— Charles.

Le monde sembla s'arrêter.

Mon beau-père.

Celui qui jouait les patriarches raisonnables.

— C'était lui ?

— Oui, répondit Adrian. Mon père utilisait mon accès aux comptes de ton père. J'avais vingt-quatre ans. J'étais naïf… et complètement sous son influence.

Je le regardai avec dégoût.

— Tu veux que je te plaigne ?

— Non.

— Alors continue.

Thomas reprit.

— Papa a appelé la police. Charles le savait. Il avait quelqu'un dans l'immeuble qui le prévenait de chacun de ses mouvements.

— Et ensuite ?

Thomas trembla.

— Papa m'a demandé de partir avec les preuves.

Je fronçai les sourcils.

— Pourquoi toi ?

— Parce qu'il disait que Claire ne devait jamais être mêlée à tout ça.

Des larmes montèrent dans mes yeux.

Même au bord du gouffre…

mon père pensait encore à moi.

— Je suis parti avec les documents, continua Thomas. Dix minutes plus tard, j'ai appris qu'il était mort.

Je murmurai :

— Tu l'as abandonné.

Il hocha lentement la tête.

— Oui.

— Tu l'as laissé seul.

— Il me l'a ordonné.

Je détournai le regard.

Je ne savais plus qui blâmer.

Eleanor s'approcha de la fenêtre.

— Ton père n'est pas mort pour quatre millions de dollars.

Je me retournai.

— Alors pour quoi ?

Elle posa la main sur la photographie.

— Pour Blackstone.

Thomas pâlit immédiatement.

— Ne prononce pas ce nom.

Eleanor sourit tristement.

— Il est temps.

Elle ouvrit le dossier et sortit une carte de San Francisco.

Plusieurs immeubles étaient entourés en rouge.

Mon immeuble.

Deux hôtels.

Un centre commercial.

Un ancien entrepôt du port.

— Tu reconnais ces adresses ?

Je hochai la tête.

— Ce sont les propriétés de Blackstone.

— Non.

Elle secoua la tête.

— Ce sont les propriétés de ton père.

Je la fixai.

— Blackstone n'est pas une entreprise.

Elle sourit.

— C'est un écran juridique.

Je sentis mes jambes devenir faibles.

— Combien… valent ces immeubles ?

Eleanor resta silencieuse.

C'est Adrian qui répondit.

— Environ trois cent vingt millions de dollars.

Je crus avoir mal entendu.

— Combien ?

— Trois cent vingt millions.

Le silence devint écrasant.

Je n'étais pas seulement propriétaire d'un appartement.

J'étais l'héritière d'un empire immobilier.

Et je ne l'avais jamais su.

Je me tournai vers Thomas.

— Tu le savais ?

Il hocha la tête.

— Depuis onze ans.

— Et tu ne m'as rien dit.

— Parce que quelqu'un mourait chaque fois que cette vérité s'approchait de toi.

Je restai figée.

— Qui est mort ?

Thomas sortit trois photographies.

Un comptable.

Un notaire.

Une journaliste.

Tous décédés dans des circonstances différentes.

— Ils avaient découvert Blackstone.

Mon souffle se coupa.

— Tu crois que Charles les a fait tuer ?

Thomas répondit doucement :

— Je crois qu'il ne travaillait pas seul.

Soudain, Maya entra précipitamment dans l'appartement.

Elle était essoufflée.

— Fermez la porte !

Thomas verrouilla immédiatement.

— Qu'est-ce qui se passe ?

Maya posa son ordinateur sur la table.

— J'ai piraté les archives de Blackstone.

Elle regarda Eleanor.

— Vous aviez raison.

Eleanor croisa les bras.

— Je le savais.

Maya ouvrit un document.

Une liste d'actionnaires apparut.

Je lus les noms.

Charles Bennett.

Adrian Bennett.

Plusieurs sociétés offshore.

Puis…

Claire Bennett : 51 %.

Je relevai brusquement la tête.

— Cinquante et un pour cent ?

Maya acquiesça.

— Tu contrôles légalement tout le groupe.

Adrian ferma les yeux.

— C'est pour ça que mon père voulait absolument ton appartement.

Je ne compris pas.

— Quel rapport ?

Maya zooma sur un plan.

Sous mon immeuble apparaissait un immense carré bleu.

— Il y a quoi sous mon immeuble ?

Maya murmura :

— Le siège des archives de Blackstone.

Thomas ajouta :

— Ton appartement est construit exactement au-dessus du coffre principal.

Je restai sans voix.

Le coffre.

Les documents.

Les preuves.

Tout était sous mes pieds depuis des années.

Et je dormais juste au-dessus sans le savoir.

Un téléphone sonna.

Celui d'Adrian.

Il regarda l'écran.

Son visage se vida de toute couleur.

— C'est mon père.

Thomas murmura :

— Ne réponds pas.

Mais Adrian décrocha.

Il mit le haut-parleur.

La voix grave de Charles résonna dans la pièce.

— Adrian.

— Oui.

— Est-ce que Claire est avec toi ?

Personne ne parla.

Charles continua calmement :

— Dis-lui que je suis dans son appartement.

Mon cœur s'arrêta.

— Quoi ?

Je me précipitai vers la fenêtre.

Au loin, on apercevait mon immeuble.

Charles reprit :

— J'ai déjà trouvé le coffre.

Thomas cria :

— Il ment !

Charles rit doucement.

— Vraiment ?

Puis on entendit un bruit métallique.

Une porte blindée.

Mon père m'avait donc caché un coffre sous l'immeuble.

Charles poursuivit :

— Claire, écoute-moi bien. Si tu veux revoir les derniers souvenirs de ton père, viens seule.

La ligne se coupa.

Personne ne bougea pendant plusieurs secondes.

Puis Thomas parla.

— C'est un piège.

— Je sais.

— Tu n'iras pas.

Je pris mes clés.

— Si.

Maya me retint le bras.

— Claire, il t'attend.

Je la regardai.

— Justement.

Adrian s'approcha.

— Laisse-moi y aller.

Je secouai la tête.

— Pourquoi je te ferais confiance ?

Il répondit avec une honnêteté douloureuse :

— Tu ne devrais probablement pas.

Il baissa les yeux.

— Mais si mon père ouvre ce coffre avant toi… tout ce que ton père a protégé disparaîtra.

Je regardai Thomas.

Puis Maya.

Puis Eleanor.

Étrangement, nous étions tous du même côté.

Contre un seul homme.

Charles.

Je pris une profonde inspiration.

— Très bien.

Je regardai Adrian.

— Tu viens avec moi.

Puis Thomas.

— Toi aussi.

Enfin Maya.

— Et cette fois…

je veux toute la vérité.

Sans aucun autre mensonge.

Au même instant, le téléphone de Maya vibra.

Elle lut le message et devint blanche.

— Claire…

— Quoi ?

Elle me montra l'écran.

Une seule ligne.

« Le coffre ne contient pas de l'argent. Il contient la véritable raison de la mort de ton père. »

En dessous apparaissait une photo prise en direct.

Charles se tenait dans mon appartement.

Derrière lui, le plancher de mon salon était ouvert.

Et au fond du coffre…

reposait une cassette vidéo étiquetée de la main de mon père :

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« À ouvrir uniquement par Claire. »

À suivre…

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