CHAPITRE 10 — La tombe qui n'existait pas

CHAPITRE 10 — La tombe qui n'existait pas
La pluie avait commencé avant même que nous quittions l'hôpital.
Une pluie froide, dense, presque violente.
Thomas conduisait sans parler.
Sophia était assise à côté de moi.
Maya suivait derrière nous dans une deuxième voiture.
Adrian avait insisté pour venir.
Je lui avais dit non.
Il était quand même monté dans la voiture.
Cette fois, je ne l'avais pas empêché.
Pas parce que je lui faisais confiance.
Mais parce que je savais qu'il connaissait des choses que nous ignorions encore.
La note était posée sur mes genoux.
« Si tu veux revoir Eleanor vivante, viens là où ta mère a été enterrée. »
Je relus la phrase.
— Où est-ce ?
Thomas répondit :
— Au vieux cimetière de San Rafael.
Je le regardai.
— Tu connais l'endroit ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Il serra le volant.
— Parce que c'est là que nous avons enterré Amelia.
Sophia intervint :
— Mais maman n'était pas morte.
Thomas ne répondit pas.
Je le fixai.
— Thomas.
Il soupira.
— Nous n'avons jamais enterré son corps.
Je sentis un frisson.
— Alors qu'y a-t-il dans cette tombe ?
— Rien.
Lorsque nous arrivâmes au cimetière, il était presque minuit.
Les portes étaient grandes ouvertes.
Trop grandes ouvertes.
Thomas gara la voiture.
— Restez ensemble.
Nous descendîmes.
La pluie coulait sur mon visage.
Nous avançâmes entre les tombes.
Puis Thomas s'arrêta.
— C'est ici.
Devant nous se trouvait une vieille pierre tombale.
AMELIA CARTER
1972 — 1998
Je passai mes doigts sur le nom.
— Elle avait vingt-six ans.
Sophia se plaça à côté de moi.
— Et nous avions seulement quelques mois.
Je regardai la tombe.
— Pourquoi avoir gravé une fausse date ?
Thomas répondit :
— Parce qu'il fallait convaincre Richard qu'elle était morte.
Je m'agenouillai.
— Alors où était-elle réellement ?
Une voix répondit derrière nous.
— Ici.
Je me retournai.
Une femme se tenait sous un parapluie noir.
Je cessai de respirer.
— Maman ?
Elle retira lentement son capuchon.
Ses yeux rencontrèrent les miens.
Je n'eus aucun doute.
C'était elle.
Ma mère.
Vivante.
Sophia courut vers elle.
Elles se serrèrent dans les bras.
Je restai immobile.
Je ne savais pas quoi faire.
Pendant vingt-huit ans, j'avais cru qu'elle était morte.
Je l'avais imaginée dans une tombe.
Je lui avais parlé dans mes rêves.
Et maintenant elle était devant moi.
Vivante.
Elle me regarda.
— Claire.
Je fis un pas.
Puis un autre.
Elle ouvrit les bras.
Je m'y précipitai.
Je pleurai contre elle comme une enfant.
Elle me serra si fort que j'eus mal.
— Pardonne-moi.
Je secouai la tête.
— Pourquoi ?
— Parce que je t'ai laissée croire que j'étais morte.
— Tu n'avais pas le choix ?
Elle ferma les yeux.
— J'avais le choix.
Cette réponse me brisa.
Elle continua :
— Mais si je revenais vers toi, Richard vous aurait retrouvées.
Je reculai.
— Alors pourquoi Sophia a-t-elle été cachée aussi ?
— Parce que Richard savait que nous avions deux filles.
— Mais il ne savait pas laquelle était laquelle.
Ma mère hocha la tête.
— Exactement.
Adrian s'approcha.
Ma mère le regarda.
Son expression changea immédiatement.
— Toi.
Adrian baissa les yeux.
— Madame Moretti.
— Tu n'aurais jamais dû l'épouser.
Je me tournai vers lui.
Il ne répondit pas.
Ma mère continua :
— Ton père voulait utiliser Claire pour contrôler Blackstone.
— Je sais.
— Et toi, tu as accepté.
Adrian releva les yeux.
— Au début.
Ma mère resta silencieuse.
— Puis je suis tombé amoureux d'elle.
Elle répondit froidement :
— L'amour ne justifie pas la trahison.
Adrian hocha la tête.
— Je sais.
Un bruit de moteur retentit au loin.
Thomas se retourna.
— Nous ne sommes pas seuls.
Maya sortit son arme.
— Combien ?
Thomas regarda la route.
— Au moins six voitures.
Ma mère pâlit.
— Ils nous ont suivis.
Je demandai :
— Qui ?
Elle répondit :
— Le conseil.
— Quel conseil ?
Elle me regarda.
— Ceux qui contrôlent Blackstone maintenant.
Sophia fronça les sourcils.
— Richard les contrôlait.
— Non.
Ma mère secoua la tête.
— Richard travaillait pour eux.
Le silence tomba.
Je regardai Thomas.
— Alors Richard n'était pas le chef.
— Non.
Ma mère répondit :
— Il n'était qu'un gardien.
Les phares apparurent entre les arbres.
Une voiture.
Puis deux.
Puis cinq.
Thomas cria :
— À couvert !
Les premières portières s'ouvrirent.
Des hommes descendirent.
Maya riposta.
Les coups de feu déchirèrent la nuit.
Nous nous cachâmes derrière les pierres tombales.
Ma mère me tira vers elle.
— Il faut partir.
— Où ?
Elle pointa une petite chapelle abandonnée.
— Là-bas.
Nous courûmes.
Thomas et Maya nous couvraient.
Adrian resta derrière.
Je me retournai.
— Adrian !
Il cria :
— Allez !
Puis il se jeta derrière un véhicule.
Un homme apparut derrière lui.
Je hurlai :
— Attention !
Adrian se retourna juste à temps.
Il évita le coup.
Les deux hommes tombèrent au sol.
Puis un deuxième homme arriva.
Thomas tira.
L'homme s'effondra.
Adrian se releva.
Il regarda Thomas.
— Merci.
Thomas répondit :
— Ne me remercie pas.
Puis il courut vers nous.
Nous entrâmes dans la chapelle.
Ma mère ferma une porte secrète derrière l'autel.
Un passage souterrain apparut.
Sophia me regarda.
— Tu savais que ça existait ?
— Non.
Ma mère répondit :
— Ton grand-père l'a construit.
Nous descendîmes.
Le tunnel était étroit.
Après plusieurs minutes, nous arrivâmes dans une immense salle souterraine.
Des écrans étaient allumés.
Des dossiers remplissaient les murs.
Des photographies.
Des comptes.
Des noms.
Des cartes.
Tout Blackstone était là.
Je m'approchai d'un écran.
Je vis mon nom.
CLAIRE MORETTI — HÉRITIÈRE PRINCIPALE
Puis celui de Sophia.
SOPHIA MORETTI — HÉRITIÈRE SECONDAIRE
Je me tournai vers ma mère.
— Pourquoi nous sommes-nous retrouvées séparées ?
Elle répondit :
— Parce que quelqu'un voulait que vous vous détestiez.
— Qui ?
Elle hésita.
— Eleanor.
Je me figeai.
— Eleanor ?
Ma mère hocha la tête.
— Elle travaillait pour Richard.
— Mais elle m'a protégée.
— Oui.
— Alors pourquoi ?
Ma mère prit une profonde inspiration.
— Parce qu'elle a changé de camp.
Une alarme retentit.
Maya se précipita vers les écrans.
— Quelqu'un a accès au système.
Thomas demanda :
— Qui ?
Elle tapa rapidement.
Puis son visage devint livide.
— Adrian.
Je me tournai vers mon mari.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Il ne répondit pas.
Il continuait à taper sur un clavier.
— Adrian !
Il leva enfin les yeux.
— Je suis désolé.
Les portes de la salle se verrouillèrent.
Thomas leva son arme.
— Éloigne-toi de l'ordinateur.
Adrian secoua la tête.
— Vous ne comprenez pas.
— Alors explique !
Il regarda Claire.
— Je viens de recevoir un message.
— De qui ?
Il me tendit son téléphone.
Un seul texte était affiché :
« Active le protocole Omega et ta femme vivra. »
Je sentis mon sang se glacer.
— Ils te font chanter.
Adrian hocha la tête.
— Ils ont Eleanor.
— Et ils veulent quoi ?
Il me regarda.
— Ton accès à Blackstone.
Je secouai la tête.
— Alors ne fais rien.
Il murmura :
— Je ne peux pas.
— Pourquoi ?
Il me regarda avec des yeux remplis de larmes.
— Parce qu'ils m'ont envoyé une vidéo.
Il appuya sur lecture.
Eleanor apparut à l'écran.
Attachée à une chaise.
Elle était blessée mais consciente.
Puis une voix masculine parla derrière elle.
— Adrian, tu as trente secondes.
Le visage d'Adrian se vida de toute couleur.
— Non…
La voix continua :
— Active Omega.
— Sinon Eleanor meurt.
Je regardai ma mère.
Elle comprit immédiatement.
— Ils veulent déclencher la succession.
— Qu'est-ce que cela signifie ?
Elle répondit :
— Si Omega est activé, Claire perdra le contrôle de Blackstone.
Je regardai Adrian.
Il était devant le clavier.
Son doigt flottait au-dessus d'une touche rouge.
— Adrian.
Il me regarda.
— Je t'en supplie.
Ses yeux se remplirent de larmes.
— Je n'ai jamais voulu te faire du mal.
— Alors ne le fais pas maintenant.
Il ferma les yeux.
Son doigt descendit.
BIP.
L'écran devint rouge.
Un message apparut :
OMEGA ACTIVÉ.
Je sentis mon cœur s'arrêter.
Puis toutes les lumières s'éteignirent.
Une voix résonna dans les haut-parleurs.
La voix de Richard.
— Félicitations, Claire.
Je regardai autour de moi.
— Richard ?
Sa voix continua :
— Tu viens de perdre Blackstone.
Puis un rire résonna dans la salle.
Mais soudain…
une deuxième voix apparut.
Une voix féminine.
Calme.
Froide.
Et terriblement familière.
— Non, Richard.
Je me figeai.
C'était Eleanor.
La voix continua :
— Elle vient seulement de récupérer ce qui lui appartient.
Les écrans se rallumèrent.
Toutes les données effacées réapparurent.
Mais cette fois, un nouveau nom apparaissait au sommet de chaque document.
CLAIRE MORETTI — PROPRIÉTAIRE ABSOLUE.
Je regardai Adrian.
Puis ma mère.
Puis Sophia.
Et enfin l'écran.
Une dernière phrase apparut :
« PROTOCOLE OMEGA TERMINÉ. PROTOCOLE VÉRITÉ ACTIVÉ. »
Ma mère murmura :
— Eleanor avait prévu tout cela.
Je compris alors que la femme que nous pensions prisonnière…
était peut-être celle qui contrôlait toute la partie finale du jeu.
Et quelque part, dans l'obscurité…
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Eleanor souriait.
À suivre…