CHAPITRE 11 — Le véritable plan d'Eleanor

CHAPITRE 11 — Le véritable plan d'Eleanor
Le silence qui suivit fut plus effrayant que les coups de feu.
Je regardais l'écran.
PROTOCOLE VÉRITÉ ACTIVÉ.
Les lettres blanches clignotaient au milieu d'un écran noir.
Puis une vidéo apparut.
Eleanor.
Assise dans une pièce sombre.
Aucune blessure.
Aucune corde.
Aucune trace de violence.
Elle regardait directement la caméra.
Et elle souriait.
Je sentis mon estomac se nouer.
— Elle n'était jamais prisonnière.
Ma mère secoua lentement la tête.
— Non.
Thomas serra les dents.
— Alors où est-elle ?
La vidéo commença.
Eleanor parla d'une voix calme.
— Claire, si tu regardes ceci, c'est que Richard a probablement essayé de te faire croire que je suis morte ou retenue prisonnière.
Elle sourit légèrement.
— Mais tu dois comprendre une chose.
Elle se pencha vers la caméra.
— Je suis celle qui a construit le dernier piège.
Je regardai Adrian.
Il semblait complètement dévasté.
— Je ne savais pas, murmura-t-il.
Je le regardai.
— Tu ne savais rien ?
— Je savais qu'Eleanor travaillait contre Charles.
Il baissa les yeux.
— Mais je ne savais pas pour Omega.
Ma mère intervint :
— Personne ne savait.
La vidéo continua.
Eleanor apparut dans une pièce luxueuse.
Derrière elle se trouvait un immense mur couvert de photographies.
Je reconnus certaines personnes.
Charles.
Richard.
Mon père adoptif.
Adrian.
Moi.
Sophia.
Même Thomas.
Eleanor parla :
— Depuis vingt-huit ans, Blackstone est contrôlé par des hommes qui pensent que les héritiers sont des outils.
Elle marqua une pause.
— Ton père pensait pouvoir les combattre.
Une autre photographie apparut.
Mon père.
— Il s'est trompé.
Puis une photo de ma mère.
— Amelia a essayé.
Une photo de Richard.
— Richard a essayé aussi.
Puis Eleanor elle-même.
— Moi aussi.
Elle fixa la caméra.
— Et nous avons tous échoué.
Je murmurai :
— Alors pourquoi moi ?
Eleanor répondit comme si elle m'entendait.
— Parce que tu es la première héritière à ne devoir fidélité à personne.
Je regardai ma mère.
— Elle savait tout ?
Ma mère hocha la tête.
— Elle savait beaucoup plus que moi.
— Pourquoi ne me l'a-t-elle jamais dit ?
— Parce qu'elle voulait que tu choisisses librement.
Je ris.
— Libre ?
Je montrai les écrans.
— Tout le monde m'a manipulée.
Ma mère baissa les yeux.
— Oui.
Je restai silencieuse.
Puis je regardai Adrian.
— Même toi.
Il hocha la tête.
— Oui.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je veux que tu sois libre.
Je le regardai longuement.
— Alors aide-moi à le devenir.
Il hocha la tête.
— Je le ferai.
La vidéo d'Eleanor continua.
— Claire, tu dois maintenant comprendre pourquoi je t'ai toujours poussée à croire que je voulais ton argent.
Une nouvelle séquence apparut.
Le dîner.
La table.
Charles.
Les cousins.
Les tantes.
Moi.
Adrian.
Tout avait été enregistré.
Même le moment où Adrian avait lancé l'assiette contre ma tête.
Je détournai les yeux.
Je me souvenais de la douleur.
Du sang.
Du silence.
Eleanor continua :
— Cette soirée n'était pas destinée à te faire abandonner ton appartement.
— Alors à quoi servait-elle ?
Elle répondit :
— À prouver quelque chose.
Une vidéo ralentit.
On vit Charles observer Adrian.
Puis Eleanor.
Puis moi.
Une conversation fut isolée.
Charles disait :
— Si elle refuse, Adrian devra la briser.
Je fermai les yeux.
Puis une autre voix.
Eleanor.
— Et si elle résiste encore ?
Charles :
— Alors nous utiliserons la violence.
La vidéo s'arrêta.
Je sentis mes mains trembler.
Maya murmura :
— Elle avait tout enregistré.
Je regardai l'écran.
Eleanor reprit :
— Je savais qu'ils tenteraient de te provoquer.
— Pourquoi ?
— Parce que pour reprendre Blackstone, tu devais démontrer que tu pouvais résister à la pression sans devenir comme eux.
Thomas secoua la tête.
— C'est complètement fou.
Ma mère répondit :
— Mais ça a fonctionné.
Thomas regarda les données.
— Elle a réussi à enregistrer toute l'organisation.
Maya sourit.
— Pas seulement enregistrer.
Elle fit défiler les fichiers.
— Elle a infiltré leurs comptes.
Je m'approchai.
Des milliards de dollars apparaissaient à l'écran.
Des dizaines de sociétés.
Des comptes offshore.
Des transactions secrètes.
Des contrats politiques.
Tout était là.
Maya murmura :
— C'est énorme.
Je demandai :
— Combien ?
Elle me regarda.
— Assez pour faire tomber plusieurs gouvernements.
Je restai silencieuse.
Je n'avais jamais voulu être riche.
Je voulais seulement une vie normale.
Un mariage.
Un appartement.
Une famille.
Et maintenant, j'avais hérité d'un empire capable de faire trembler des institutions entières.
La vidéo changea.
Eleanor apparut de nouveau.
Cette fois, son expression était différente.
Plus triste.
— Il y a une dernière chose, Claire.
Elle marqua une pause.
— Et celle-là concerne Adrian.
Adrian leva les yeux.
— Moi ?
Eleanor hocha la tête.
— Oui.
Une vieille photographie apparut.
Adrian avait dix-neuf ans.
À côté de lui se tenait Charles.
Mais derrière eux se trouvait quelqu'un d'autre.
Un homme que je ne connaissais pas.
Je regardai ma mère.
Son visage devint blanc.
— Qui est-ce ?
Elle ne répondit pas.
Eleanor parla :
— Son nom est Gabriel Moretti.
Je fronçai les sourcils.
— Moretti ?
— Oui.
— Mon père biologique ?
Eleanor hocha la tête.
Je sentis mon cœur accélérer.
— Mais mon père s'appelait Daniel Carter.
— C'est ce qu'on t'a fait croire.
Je regardai ma mère.
Elle ferma les yeux.
— Claire…
— Non.
Je reculai.
— Pas encore.
Ma voix tremblait.
— Tu m'as dit que Daniel Carter était mon père.
Ma mère pleurait.
— Je t'ai menti.
Je la regardai.
— Pourquoi ?
Elle répondit :
— Parce que Gabriel était dangereux.
La pièce semblait tourner.
— Qui était Gabriel ?
Ma mère murmura :
— Le véritable fondateur de Blackstone.
Je regardai les documents.
— Alors mon père adoptif…
— N'était pas ton père.
— Daniel ?
— Était un homme qui nous aidait.
— Et Gabriel ?
Ma mère baissa la tête.
— Il voulait transformer Blackstone en empire mondial.
Je compris soudain pourquoi tant de gens avaient peur de ce nom.
— Il est mort ?
Ma mère ne répondit pas.
Je me tournai vers Eleanor sur l'écran.
Elle dit :
— Non.
Je cessai de respirer.
— Gabriel est vivant.
Adrian recula.
— Impossible.
Eleanor continua :
— Et il est celui qui dirige réellement le Conseil.
Je regardai Thomas.
— Où est-il ?
La vidéo s'arrêta.
L'écran devint noir.
Puis une adresse apparut.
HÔTEL MERIDIAN — SUITE 1907.
Maya regarda son ordinateur.
— C'est à vingt minutes d'ici.
Thomas attrapa sa veste.
— On y va.
Ma mère secoua la tête.
— Non.
Je la regardai.
— Pourquoi ?
— Parce que Gabriel veut que tu viennes.
— Alors j'irai.
— Claire…
Je l'interrompis.
— Toute ma vie, ils m'ont dit où aller.
Je regardai Adrian.
— Cette fois, c'est moi qui choisis.
Nous arrivâmes à l'hôtel avant l'aube.
Le hall était presque vide.
Maya vérifia les caméras.
— Aucun mouvement.
Thomas fronça les sourcils.
— Trop calme.
Nous montâmes au dix-neuvième étage.
La porte de la suite était ouverte.
À l'intérieur, une table était dressée.
Deux verres.
Une bouteille de champagne.
Et une chaise.
Une seule.
Je m'arrêtai.
Adrian murmura :
— Il t'attend.
Je franchis la porte.
Une voix retentit derrière moi.
— Enfin.
Je me retournai.
Un homme sortit de l'ombre.
Grand.
Élégant.
Cheveux gris.
Regard froid.
Il ressemblait étrangement à mon visage.
Je le regardai.
Il sourit.
— Bonjour, Claire.
Je ne pouvais plus parler.
Ma mère avait raison.
Je connaissais déjà ce visage.
Je l'avais vu sur une photographie vieille de trente ans.
Gabriel Moretti.
Mon père biologique.
Il s'approcha.
— Tu as grandi.
Des larmes coulèrent sur mes joues.
— Pourquoi m'avez-vous abandonnée ?
Son sourire disparut.
— Je ne t'ai jamais abandonnée.
— Alors pourquoi ?
Il regarda Adrian.
Puis Sophia.
Puis Thomas.
Enfin moi.
— Parce que je savais qu'un jour…
Il marqua une pause.
— …tu devrais choisir entre sauver ta famille et détruire mon empire.
Je fronçai les sourcils.
— Votre empire ?
Il sourit.
— Non.
Il posa une main sur la table.
— Notre empire.
Puis toutes les portes de la suite se verrouillèrent.
Et derrière nous, une voix féminine murmura :
— Claire, ne lui fais surtout pas confiance.
Je me retournai.
Eleanor venait d'entrer.
Vivante.
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Et elle tenait une arme braquée directement sur mon père.
À suivre…