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Chapitre 2 — La reine qui n’était jamais morte

Chapitre 2 — La reine qui n’était jamais morte

Personne n’osait respirer.

La femme qui venait d’entrer dans la cathédrale avançait lentement entre les rangées de nobles.

Ses cheveux étaient devenus presque entièrement blancs.

Son visage portait les traces de vingt années de fuite.

Mais ses yeux…

Elara les reconnut immédiatement.

Les mêmes yeux que les siens.

« Maman… »

La femme s’arrêta devant elle.

Pendant quelques secondes, elle ne dit rien.

Puis elle posa une main tremblante sur la joue de sa fille.

« Ma petite fille… »

Elara éclata en sanglots.

Elle n’avait pas entendu ces mots depuis son enfance.

Le roi, lui, semblait avoir vieilli de vingt ans en quelques secondes.

« Tu es morte », murmura-t-il.

La reine sourit tristement.

« C’est ce que tu as raconté au royaume. »

Elle regarda autour d’elle.

« Tu as dit que j’étais morte avec notre fille. »

Le roi serra les poings.

« Tu ne comprends pas. »

« Je comprends parfaitement. »

Elle désigna Elara.

« Tu as pris ma fille. »

Puis elle regarda Edmund.

« Et tu as essayé de la tuer. »

Edmund recula.

« Je ne savais pas qui elle était. »

La reine le fixa.

« Mais tu savais qu’elle était innocente. »

Edmund baissa les yeux.

Il n’avait rien à répondre.


Le roi fit signe aux gardes.

« Arrêtez-les. »

Mais personne ne bougea.

Les soldats restèrent immobiles.

Le capitaine s’avança.

« Votre Majesté… »

« J’ai donné un ordre ! »

Le capitaine retira lentement son épée.

« Et moi, je donne un autre ordre. »

Il s’agenouilla devant la reine.

« Votre Majesté. »

Un murmure parcourut la cathédrale.

Puis un autre soldat s’agenouilla.

Puis un autre.

En quelques secondes, la moitié de la garde royale était à genoux.

Le roi regarda autour de lui.

Il comprit.

Il avait perdu.


Elara regarda sa mère.

« Pourquoi m’as-tu laissée ? »

La reine ferma les yeux.

Cette question semblait lui faire plus mal qu’une lame.

« Je ne t’ai jamais abandonnée. »

« Alors pourquoi étais-je enfermée ? »

« Parce que ton père voulait te tuer. »

Elara se tourna vers le roi.

« Pourquoi ? »

Le roi resta silencieux.

La reine répondit à sa place.

« Parce qu’il avait peur de toi. »

Elara fronça les sourcils.

« De moi ? »

« Pas de la fille que tu étais. »

Elle posa une main sur le médaillon.

« De ce que tu représentais. »


La reine regarda les nobles.

« Il y a vingt ans, le roi a découvert une ancienne prophétie. »

Quelques nobles échangèrent des regards.

« Une prophétie disait qu’une fille née de notre sang reprendrait le trône et mettrait fin à son règne. »

Elara murmura :

« Alors il m’a cachée. »

« Oui. »

« Pourquoi ce casque ? »

La reine regarda le lourd objet en bois posé au sol.

« Parce que ton père voulait que le royaume pense que tu étais défigurée. »

Edmund regarda le casque.

« Mais pourquoi ? »

La reine répondit :

« Parce qu’un peuple qui a pitié d’une princesse ne cherchera pas à savoir pourquoi elle est enfermée. »

Elara comprit soudain.

Les repas seuls.

Les portes verrouillées.

Les servantes qui pleuraient.

Les médecins qui ne parlaient jamais.

Tout avait été organisé.

Pas pour la protéger.

Pour la cacher.


Le roi éclata de rire.

Un rire nerveux.

« Vous croyez vraiment que cette histoire va changer quelque chose ? »

Elara le regarda.

« Oui. »

« Le royaume m’appartient. »

« Plus maintenant. »

Il se tourna vers Edmund.

« Tu es mon gendre. »

Edmund resta silencieux.

« Défends-moi. »

Edmund regarda Elara.

Puis la reine.

Puis les soldats.

Il comprit que son ambition venait de se retourner contre lui.

Le roi continua :

« Je peux encore te donner le trône. »

Edmund releva lentement la tête.

« Le trône ? »

Le roi sourit.

« Oui. »

Elara se figea.

La reine aussi.

Le roi fit un pas vers Edmund.

« Tue-les. »

La cathédrale devint silencieuse.

« Tue Elara et sa mère, et tu deviendras roi. »

Edmund regarda son beau-père.

Pendant quelques secondes…

personne ne savait ce qu’il allait faire.

Puis Edmund se mit à rire.

Le roi fronça les sourcils.

« Pourquoi ris-tu ? »

Edmund répondit :

« Parce que je viens de comprendre quelque chose. »

« Quoi ? »

Edmund retira lentement sa bague royale.

« Tu ne m’as jamais promis le trône. »

Il jeta la bague au sol.

« Tu m’as promis une prison. »

Le roi pâlit.

Edmund se tourna vers Elara.

« Je suis désolé. »

Elara ne répondit pas.

« Ce que je t’ai fait dans la forêt… je ne pourrai jamais l’effacer. »

Elara le fixa.

« Non. »

« Mais je peux témoigner. »

Le roi recula.

« Edmund… »

« Je peux dire au royaume tout ce que tu m’as ordonné de faire. »

La reine sourit.

« Voilà enfin un homme qui comprend le prix de ses actes. »


Soudain, un cri retentit à l’extérieur.

Un soldat entra en courant.

« Votre Majesté ! »

Le roi se retourna.

« Quoi ? »

« Le peuple est devant le palais. »

« Combien ? »

Le soldat hésita.

« Des milliers. »

Le roi devint livide.

« Pourquoi ? »

Le soldat répondit :

« Parce que quelqu’un leur a raconté la vérité. »

Elara regarda sa mère.

« C’est toi ? »

La reine secoua la tête.

« Non. »

Un autre soldat entra.

Il tenait un petit parchemin.

« Princesse… »

Il le lui tendit.

Elara l’ouvrit.

Une phrase était écrite :

« Le royaume a attendu vingt ans. Ce soir, il choisira son véritable souverain. »

Elara releva les yeux.

« Qui a écrit ça ? »

Personne ne répondit.

Puis une voix se fit entendre depuis le balcon de la cathédrale.

« Moi. »

Tout le monde leva les yeux.

Un jeune homme se tenait là.

Il portait une cape noire.

Son visage était caché.

Il descendit lentement les marches.

Elara le regarda approcher.

Il s’arrêta devant elle.

Puis retira sa capuche.

Elara devint blanche.

« Non… »

La reine recula.

Même le roi sembla terrifié.

Edmund murmura :

« C’est impossible. »

Le jeune homme sourit.

« Vous pensiez vraiment que j’étais mort ? »

Elara fixa son visage.

Elle le connaissait.

C’était son frère.

Le fils que le roi avait déclaré mort vingt ans plus tôt.

Il regarda le roi.

« Père. »

Le roi recula.

« Tu… »

Le jeune homme sourit.

« Tu as passé vingt ans à cacher ta fille. »

Puis il regarda Elara.

« Et tu as passé vingt ans à chercher à tuer ton fils. »

Il sortit une vieille épée.

« Maintenant, père… »

Il posa la lame contre le sol.

« La famille royale est enfin réunie. »

Mais derrière lui, un homme en noir apparut.

Il murmura quelque chose à son oreille.

Le sourire du frère d’Elara disparut.

Il regarda sa sœur.

« Elara… il y a une dernière chose que tu dois savoir. »

« Quoi ? »

Il répondit :

« Le roi n’est pas celui qui a commencé tout ça. »

Il regarda la porte de la cathédrale.

« Quelqu’un d’autre tire les ficelles depuis vingt ans. »

Puis les cloches sonnèrent.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

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Et dans toute la capitale, les torches s’allumèrent simultanément.

Quelqu’un avait pris le contrôle du royaume.

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