Chapitre 3 — L’homme derrière le trône

Chapitre 3 — L’homme derrière le trône
Les cloches continuaient de sonner.
Une fois.
Deux fois.
Puis encore.
Dans toute la capitale, les torches s’allumaient les unes après les autres.
Ce n’était pas une célébration.
C’était un signal.
Elara regardait son frère.
« Qui contrôle le royaume ? »
Il ne répondit pas immédiatement.
Il regarda leur père.
Le roi avait perdu toute sa couleur.
Pour la première fois depuis vingt ans, Elara vit de la peur dans ses yeux.
« Père ? »
Le roi recula.
« Il ne faut pas le réveiller. »
Elara fronça les sourcils.
« Qui ? »
Le roi murmura :
« Le véritable roi. »
Un silence glacial envahit la cathédrale.
Edmund s’approcha.
« De quoi parle-t-il ? »
Le frère d’Elara répondit :
« D’un homme que notre père a servi toute sa vie. »
Elara demanda :
« Qui est-ce ? »
Son frère regarda les portes.
« Le duc Valerian. »
Plusieurs nobles reculèrent.
Le nom provoqua des murmures.
Elara connaissait ce nom.
Tout le royaume le connaissait.
Valerian était considéré comme l’homme le plus riche du pays.
Un conseiller respecté.
Un philanthrope.
Un homme qui finançait les hôpitaux, les écoles et même l’armée.
Mais personne ne savait…
qu’il possédait plus de pouvoir que le roi lui-même.
« Pourquoi l’a-t-il aidé ? » demanda Elara.
Son frère répondit :
« Parce que notre père lui devait le trône. »
Elara regarda le roi.
« C’est vrai ? »
Le roi ne répondit pas.
Son silence était une réponse.
La reine s’avança.
« Il y a vingt ans, le duc Valerian a financé la guerre civile. »
Elara ouvrit de grands yeux.
« La guerre qui a tué des milliers de personnes ? »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
La reine regarda son mari.
« Parce qu’il voulait un roi qu’il pouvait contrôler. »
Elara comprit.
« Et tu étais ce roi. »
Le roi baissa la tête.
Soudain, la grande porte de la cathédrale s’ouvrit.
Tous les regards se tournèrent.
Un homme entra.
Il portait un long manteau noir.
Ses cheveux étaient gris.
Son visage était calme.
Il marchait sans garde.
Sans escorte.
Comme si toute la cathédrale lui appartenait.
Le duc Valerian.
Il s’arrêta au milieu de l’allée.
Puis applaudit lentement.
« Magnifique. »
Elara le fixa.
« Vous. »
Valerian sourit.
« Princesse Elara. »
« Ne m’appelez pas ainsi. »
Il inclina légèrement la tête.
« Très bien. »
Il regarda la reine.
« Votre Majesté. »
Puis le roi.
« Votre Majesté. »
Son sourire s’élargit.
« Quel plaisir de vous voir tous réunis. »
Edmund se plaça devant Elara.
Valerian le regarda.
« Lord Edmund. »
« Ne vous approchez pas. »
Valerian rit doucement.
« Tu es courageux maintenant. »
Edmund serra les poings.
« J’ai fait des erreurs. »
« Tu as fait ce qu’on t’a demandé. »
Edmund répondit :
« Je ne suis plus votre homme. »
Valerian sourit.
« Tout le monde finit par être mon homme. »
Il claqua des doigts.
Les portes se refermèrent.
Cette fois, des hommes armés apparurent sur les balcons.
La garde royale se retrouva encerclée.
Valerian regarda Elara.
« Tu pensais vraiment pouvoir reprendre le trône simplement parce que tu avais découvert ton visage ? »
Elara répondit :
« Je ne veux pas votre trône. »
Il sembla surpris.
« Alors que veux-tu ? »
Elara regarda le peuple à travers les vitraux.
« La vérité. »
Valerian sourit.
« La vérité ne nourrit personne. »
« Mais elle libère. »
Le frère d’Elara s’avança.
« Valerian. »
Le duc se tourna vers lui.
Son sourire disparut.
« Toi. »
« Tu pensais que j’étais mort. »
« Je savais que tu étais vivant. »
Elara se retourna.
« Quoi ? »
Son frère resta immobile.
« Il m’a retrouvé il y a trois ans. »
« Alors pourquoi t’a-t-il laissé vivre ? »
Le frère répondit :
« Parce qu’il avait besoin de moi. »
Valerian ajouta :
« Ton frère était beaucoup plus utile vivant que mort. »
Elara sentit son cœur se serrer.
« Qu’est-ce que tu lui as fait ? »
Valerian répondit :
« Je lui ai donné une mission. »
« Laquelle ? »
Il regarda le jeune homme.
« Trouver la véritable héritière. »
Elara pâlit.
« Moi ? »
Valerian hocha la tête.
« Oui. »
La reine fit un pas en avant.
« Pourquoi ? »
Valerian répondit :
« Parce que le royaume avait besoin d’un symbole. »
Il regarda Elara.
« Une princesse mystérieuse enfermée derrière un masque pendant vingt ans. »
« Une jeune femme que tout le monde croit maudite. »
« Une reine disparue. »
« Un prince supposément mort. »
Il sourit.
« Une histoire parfaite. »
Elara comprit.
« Vous avez créé tout ça. »
Valerian répondit :
« Pas tout. »
Il regarda le roi.
« Ton père m’a beaucoup aidé. »
Le roi murmura :
« Je n’avais pas le choix. »
Valerian se tourna vers lui.
« Tout le monde a le choix. »
Puis il s’approcha.
« Toi, tu as simplement choisi de survivre. »
Elara sentit quelque chose dans sa poche.
Le médaillon.
Elle le serra.
Valerian le remarqua.
Son visage changea.
« Donne-moi ça. »
Elara recula.
« Pourquoi ? »
« Parce que ce médaillon ne t’appartient pas. »
La reine pâlit.
« Valerian… »
Il regarda Elara.
« Ta mère t’a-t-elle raconté d’où vient ce symbole ? »
Elara secoua la tête.
Valerian sourit.
« Bien sûr que non. »
Il sortit un objet identique de son manteau.
Un deuxième médaillon.
Puis il le plaça à côté du premier.
Les deux moitiés s’emboîtèrent parfaitement.
Un mécanisme secret s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une petite clé.
Elara regarda sa mère.
« Qu’est-ce que c’est ? »
La reine tremblait.
« La clé du coffre royal. »
Elara fronça les sourcils.
« Quel coffre ? »
Le roi répondit :
« Celui qui contient les preuves de la véritable succession. »
Valerian sourit.
« Exactement. »
Soudain, un soldat entra en courant.
« Monseigneur ! »
Valerian se retourna.
« Parle. »
« Le peuple a envahi la place. »
« Combien ? »
« Toute la ville. »
Valerian sourit.
« Alors le moment est venu. »
Il regarda Elara.
« Tu vas venir avec moi. »
« Non. »
« Tu n’as pas compris. »
Il s’approcha.
« Ce soir, devant tout le royaume, tu seras couronnée. »
Elara fronça les sourcils.
« Couronnée ? »
« Oui. »
« Et mon père ? »
Valerian regarda le roi.
« Il abdiquera. »
Le roi ferma les yeux.
« Et ma mère ? »
Valerian répondit calmement :
« Elle mourra. »
Elara sentit la colère monter.
« Jamais. »
Valerian sourit.
« Alors tu mourras avec elle. »
Edmund dégaina son épée.
« Ça suffit. »
Valerian regarda l’épée.
« Tu crois vraiment pouvoir me tuer ? »
Edmund répondit :
« Non. »
Il regarda Elara.
« Mais je peux gagner du temps. »
Il se plaça devant elle.
Des soldats levèrent leurs armes.
La reine cria :
« Edmund ! »
Une flèche partit.
Edmund la reçut dans l’épaule.
Il tomba à genoux.
Elara courut vers lui.
« Edmund ! »
Il serra les dents.
« Ne t’arrête pas. »
« Tu es blessé. »
« Je sais. »
Il lui tendit son épée.
« Prends-la. »
Elara la saisit.
Puis elle se releva.
Ses yeux changèrent.
Elle n’était plus la princesse terrorisée derrière un casque.
Elle était la femme qui avait survécu à la forêt.
À la trahison.
À vingt années de mensonges.
Elle regarda Valerian.
« Vous vouliez une reine ? »
Elle leva l’épée.
« Alors regardez-moi bien. »
Valerian sourit.
« Enfin. »
Mais avant qu’il puisse répondre…
un bruit assourdissant retentit derrière lui.
Les vitraux explosèrent.
Des centaines de flambeaux apparurent dehors.
La foule criait :
« ELARA ! ELARA ! ELARA ! »
Le royaume venait de choisir son camp.
Valerian regarda la foule.
Son sourire disparut.
Puis une dernière silhouette apparut sur le toit de la cathédrale.
Une silhouette masquée.
Elle regarda Elara.
Et prononça une seule phrase :
« Tu ne connais toujours pas le plus grand secret de ton père. »
Elara leva les yeux.
« Qui êtes-vous ? »
La silhouette répondit :
« Celui qui t’a sauvée dans la forêt. »
Puis elle disparut dans la nuit.
Elara resta figée.
Car elle venait de comprendre une chose.
La personne qui l’avait sauvée trois ans plus tôt…
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n’était peut-être pas une inconnue.
C’était peut-être quelqu’un qui l’observait depuis sa naissance.