Chapitre 5 — La femme qui avait ordonné sa mort

Chapitre 5 — La femme qui avait ordonné sa mort
Elara ne respirait plus.
Les mots d’Edmund semblaient irréels.
« C’est elle qui m’avait ordonné de te tuer. »
Elle regarda la reine.
Puis Edmund.
Puis Gabriel.
Personne ne bougeait.
« Répète », murmura Elara.
Edmund se redressa malgré la douleur dans son épaule.
« Il y a trois ans, avant de t’emmener dans la forêt, j’ai reçu une lettre. »
« De qui ? »
Il regarda la reine.
« D’elle. »
La reine secoua immédiatement la tête.
« C’est faux. »
Edmund sortit un morceau de papier plié de sa veste.
« Alors explique ceci. »
Il le posa sur la table.
Elara s’approcha.
Elle reconnut immédiatement le sceau.
Le même symbole que celui du médaillon.
Elle lut la première ligne.
« Lord Edmund, la fille doit disparaître avant son vingtième anniversaire. »
Ses doigts commencèrent à trembler.
« Non… »
La reine fit un pas en arrière.
« Ce n’est pas ce que tu crois. »
Elara leva les yeux.
« Alors explique-moi. »
La reine pleurait.
« Je voulais te protéger. »
« En me faisant tuer ? »
« Non ! »
Sa voix se brisa.
« Je voulais empêcher Valerian de te retrouver. »
Elara secoua la tête.
« Tu m’as menti toute ma vie. »
« Parce que je n’avais pas le choix. »
Gabriel intervint.
« Elle dit la vérité. »
Elara se tourna vers lui.
« Tu savais ? »
« Oui. »
« Depuis combien de temps ? »
Gabriel baissa les yeux.
« Depuis le jour où je t’ai trouvée dans la forêt. »
Elara recula.
Tout ce qu’elle croyait savoir sur sa famille s’effondrait.
Elle regarda la reine.
« Tu n’es pas ma mère. »
La femme secoua la tête.
« Non. »
« Tu as envoyé Edmund pour me tuer. »
« Je lui ai demandé de te faire disparaître. »
Elara eut un rire amer.
« Quelle différence ? »
La reine pleura.
« Je savais que Valerian surveillait chacun de mes mouvements. Si je refusais ses ordres, il aurait compris que tu étais vivante. »
Elara répondit :
« Alors tu aurais dû me prévenir. »
« Tu avais dix-neuf ans. »
« J’étais assez grande pour savoir que quelqu’un voulait me tuer ! »
La reine baissa la tête.
« Je voulais que tu me détestes. »
Elara resta immobile.
« Pourquoi ? »
« Parce que si tu me détestais, tu ne chercherais pas à revenir vers moi. »
Un silence.
Puis la reine ajouta :
« Et si tu étais loin de moi… tu étais plus difficile à utiliser comme moyen de pression. »
Edmund prit la parole.
« Je ne connaissais pas toute la vérité. »
Elara le regarda.
« Tu savais assez pour me trahir. »
Il baissa les yeux.
« Oui. »
« Pourquoi as-tu accepté ? »
Edmund resta silencieux.
Puis il répondit :
« Parce que Valerian avait mon frère. »
Elara fronça les sourcils.
« Ton frère ? »
« Il était prisonnier. »
Edmund serra les dents.
« Valerian m’a promis de le libérer si je t’emmenais dans la forêt. »
« Et il l’a fait ? »
Edmund eut un sourire triste.
« Non. »
Elara comprit.
« Il t’a manipulé aussi. »
« Oui. »
« Mais tu aurais pu me sauver. »
Edmund ferma les yeux.
« Oui. »
« Tu aurais pu me dire la vérité. »
« Oui. »
« Mais tu ne l’as pas fait. »
Il hocha la tête.
« Je sais. »
Elara regarda l’homme qu’elle avait autrefois aimé.
« Je ne pourrai jamais oublier ça. »
Edmund répondit :
« Je ne te demanderai jamais d’oublier. »
Soudain, Gabriel se leva.
« Nous n’avons plus le temps. »
Elara le regarda.
« Pourquoi ? »
« Parce que Valerian sait où nous sommes. »
La reine pâlit.
« Comment ? »
Gabriel sortit une petite montre.
« Parce qu’il nous a laissé venir ici. »
Elara fronça les sourcils.
« Quoi ? »
« Il voulait que nous trouvions la vérité. »
« Pourquoi ? »
Gabriel répondit :
« Pour que tu ouvres toi-même le coffre royal. »
Elara regarda son médaillon.
« La clé. »
« Oui. »
« Mais pourquoi a-t-il besoin de moi ? »
Gabriel hésita.
Puis répondit :
« Parce que le coffre ne s’ouvre qu’avec le sang de la véritable héritière. »
Elara sentit son cœur s’arrêter.
« Alors il sait qui je suis. »
« Il le sait depuis vingt ans. »
Un bruit de cloche retentit au loin.
Puis un deuxième.
Gabriel regarda la fenêtre.
Des lumières apparurent dans la vallée.
Une armée avançait vers le monastère.
La reine murmura :
« Ils sont déjà là. »
Edmund tenta de se lever.
Elara l’arrêta.
« Tu es blessé. »
« Je peux me battre. »
« Pas cette fois. »
Elle prit l’épée.
Gabriel sourit.
« Tu ressembles à ta vraie mère. »
Elara se retourna.
« Tu l’as connue ? »
« Oui. »
« Comment était-elle ? »
Gabriel regarda le feu.
« Courageuse. »
Une pause.
« Mais elle avait un défaut. »
« Lequel ? »
« Elle faisait confiance aux mauvaises personnes. »
Elara pensa immédiatement à la reine.
« Tu parles d’elle ? »
Gabriel secoua la tête.
« Non. »
Il regarda Edmund.
« Je parle du roi. »
Les portes du monastère tremblèrent.
BOUM.
Les soldats ennemis frappaient.
Elara regarda tout le monde.
« Il y a une sortie ? »
Gabriel hocha la tête.
« Un tunnel sous la chapelle. »
« Où mène-t-il ? »
« Au palais. »
La reine pâlit.
« Non. »
Elara la regarda.
« Pourquoi ? »
« Parce que le tunnel passe sous la salle du trône. »
« Et alors ? »
La reine murmura :
« C’est là que Valerian nous attendra. »
Gabriel répondit :
« Exactement. »
Elara comprit.
« C’est un piège. »
« Oui. »
« Alors pourquoi y aller ? »
Gabriel sourit.
« Parce que nous avons besoin qu’il pense que nous sommes tombés dedans. »
Ils descendirent dans le tunnel.
La pierre était humide.
Les torches tremblaient sur les murs.
Edmund avançait lentement.
Elara marchait derrière lui.
Après quelques minutes, il murmura :
« Elara. »
« Quoi ? »
« Si je ne survis pas… »
Elle l’interrompit.
« Tu survivras. »
« Laisse-moi finir. »
Elle se tut.
« Je veux que tu saches que je suis désolé. »
Elara le regarda.
« Je sais. »
« Tu me pardonnes ? »
Elle resta silencieuse.
Puis répondit :
« Pas encore. »
Edmund baissa la tête.
« C’est suffisant. »
Le tunnel déboucha sous le palais.
Ils arrivèrent derrière une porte secrète.
Gabriel fit signe de ne pas bouger.
Des voix venaient de l’autre côté.
Valerian.
Et plusieurs nobles.
« La princesse arrivera bientôt », disait Valerian.
Un homme demanda :
« Et si elle refuse ? »
Valerian répondit :
« Elle n’aura pas le choix. »
Une autre voix intervint :
« Et la reine ? »
Valerian rit.
« Elle mourra avec son secret. »
Elara serra son épée.
Puis elle entendit une phrase qui lui glaça le sang.
« Une fois le coffre ouvert, nous pourrons prouver qu’Elara n’est pas l’héritière. »
Gabriel regarda Elara.
Elle ne comprenait pas.
« Quoi ? »
Valerian continua :
« Parce que la véritable héritière est déjà ici. »
La porte s’ouvrit soudain.
Un jeune homme entra.
Il portait une couronne.
Elara devint blanche.
Elle connaissait ce visage.
C’était son frère.
Mais il portait les vêtements du roi.
Valerian sourit.
« Mesdames et messieurs… »
Il désigna le jeune homme.
« Voici le véritable héritier du royaume. »
Elara regarda son frère.
« Pourquoi ? »
Il ne répondit pas.
Puis il s’agenouilla devant Valerian.
« Je suis prêt. »
Le cœur d’Elara se brisa.
Son propre frère venait de choisir le trône.
Contre elle.
Mais lorsqu’il releva les yeux…
elle vit quelque chose.
Une larme.
Une seule.
Et il murmura silencieusement :
« Fais-moi confiance. »
Elara comprit.
Ce n’était pas une trahison.
C’était le début du dernier piège.
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Et cette fois…
c’était elle qui allait jouer avec les règles de Valerian.