Chapitre 4 — Celui qui l’avait sauvée

Chapitre 4 — Celui qui l’avait sauvée
La silhouette avait disparu.
Mais ses paroles restaient dans l’esprit d’Elara.
« Celui qui t’a sauvée dans la forêt. »
Elle regarda le toit de la cathédrale.
Personne.
Seulement la pluie.
Le vent.
Et les cloches qui continuaient de sonner.
Derrière elle, Edmund était toujours à genoux, une main pressée contre son épaule blessée.
« Elara… »
Elle se retourna.
« Reste avec moi. »
Il tenta de sourire.
« Je ne vais pas mourir pour une flèche. »
« Tu saignes. »
« J’ai connu pire. »
Elara s’agenouilla devant lui.
« Pourquoi m’avoir protégée ? »
Edmund hésita.
« Parce que je t’ai déjà abandonnée une fois. »
Il baissa les yeux.
« Je ne voulais pas recommencer. »
Elara ne répondit pas.
Elle n’était pas encore capable de lui pardonner.
Mais elle n’était plus capable non plus de le haïr comme avant.
La reine s’approcha.
« Nous devons partir. »
Elara se releva.
« Où ? »
« Au palais. »
Elara regarda le roi.
« Lui aussi vient ? »
La reine hésita.
« Non. »
Le roi sourit faiblement.
« C’est fini pour moi. »
Elara le regarda.
Pendant vingt ans, elle avait imaginé le jour où elle se retrouverait face à lui.
Elle avait imaginé sa colère.
Sa vengeance.
Mais maintenant qu’elle le voyait brisé…
elle ne ressentait rien.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle.
Le roi leva les yeux.
« Pourquoi quoi ? »
« Pourquoi m’avoir laissée vivre ? »
Le roi resta silencieux.
Puis il répondit :
« Parce que je n’en ai jamais eu le courage. »
Elara fronça les sourcils.
« Tu avais peur de moi ? »
« Non. »
Il regarda la reine.
« J’avais peur de ta mère. »
La reine ferma les yeux.
« Tu ne sais toujours pas ce qu’elle est. »
Elara se tourna vers sa mère.
« Qu’est-ce qu’il veut dire ? »
La reine ne répondit pas.
Une heure plus tard
Le groupe atteignit un ancien monastère situé à l’extérieur de la capitale.
Les gardes fidèles à la reine sécurisèrent les lieux.
Edmund fut soigné.
Elara resta près de lui.
Il dormait.
Elle regardait son visage.
Elle se souvenait de la forêt.
De sa voix.
De son regard lorsqu’il était parti.
Elle avait attendu trois ans pour comprendre pourquoi.
Mais peut-être n’y avait-il jamais eu de bonne raison.
« Tu devrais dormir. »
Elara se retourna.
Son frère se tenait derrière elle.
« Je ne peux pas. »
« À cause d’Edmund ? »
« À cause de tout. »
Il s’assit à côté d’elle.
« Tu veux savoir qui était la personne sur le toit ? »
Elara leva les yeux.
« Tu sais ? »
Il hocha la tête.
« Oui. »
« Qui ? »
Il resta silencieux.
Puis :
« Notre oncle. »
Elara se figea.
« Nous n’avons pas d’oncle. »
« Si. »
« Notre père nous a toujours dit qu’il était enfant unique. »
Son frère sourit tristement.
« Notre père mentait encore. »
Il sortit une vieille lettre.
Le papier était jauni.
« Regarde la signature. »
Elara la lut.
Gabriel.
Elle fronça les sourcils.
« Qui est Gabriel ? »
« Le frère aîné de notre père. »
« Où est-il ? »
« Mort. »
« Alors ce n’était pas lui. »
Son frère secoua la tête.
« Officiellement, il est mort vingt-cinq ans avant notre naissance. »
Elara regarda la lettre.
« Et officieusement ? »
« Il a survécu. »
Elle releva les yeux.
« Pourquoi s’est-il caché ? »
Son frère répondit :
« Parce que notre père a essayé de le tuer. »
Elara se leva.
« Pourquoi ? »
« Parce que Gabriel devait devenir roi. »
Elle resta immobile.
« Alors pourquoi notre père a-t-il pris le trône ? »
« Parce qu’il a organisé un coup d’État. »
Tout devenait plus clair.
Le roi n’avait pas seulement caché Elara.
Il avait construit tout son règne sur un mensonge.
Son frère continua :
« Gabriel a découvert que notre père avait conclu un pacte avec Valerian. »
« Le duc ? »
« Oui. »
« Quel pacte ? »
Il répondit :
« Valerian lui donnerait l’armée. Notre père lui donnerait le contrôle du royaume. »
Elara sentit son cœur se serrer.
« Et Gabriel a essayé de les arrêter. »
« Oui. »
« Alors ils ont annoncé sa mort. »
« Exactement. »
Elara regarda la lettre.
« Mais il m’a sauvée. »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Son frère hésita.
« Parce qu’il était là le soir où tu as été abandonnée. »
Elara sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Il m’a trouvée. »
« Oui. »
« Il m’a sauvée. »
« Oui. »
Elle murmura :
« Et il m’observe depuis trois ans. »
Son frère hocha la tête.
Soudain, une voix résonna derrière eux.
« Depuis beaucoup plus longtemps. »
Elara se retourna.
La silhouette masquée se tenait dans l’embrasure de la porte.
Les gardes levèrent immédiatement leurs épées.
Elara leva une main.
« Attendez. »
La silhouette retira son masque.
Elara sentit son souffle se couper.
Un homme âgé.
Une cicatrice traversait son visage.
Mais ses yeux étaient doux.
Il ressemblait étrangement à son père.
« Gabriel… »
Il sourit.
« Bonjour, Elara. »
Elle ne bougea pas.
« C’était vous. »
« Oui. »
« Vous m’avez sauvée. »
« Oui. »
« Pourquoi ne m’avoir jamais dit qui vous étiez ? »
Gabriel répondit :
« Parce que si tu savais, Valerian aurait su que tu étais vivante. »
Elara s’approcha.
« Vous auriez pu revenir plus tôt. »
Gabriel baissa les yeux.
« Je le voulais. »
« Alors pourquoi ? »
« Parce que je devais trouver les preuves. »
Il sortit plusieurs documents.
« Des preuves capables de détruire Valerian. »
Elara prit les papiers.
Elle les parcourut.
Puis s’arrêta.
Son visage changea.
« Ce sont les comptes de mon père. »
« Oui. »
« Et ces noms… »
Gabriel répondit :
« Des nobles. Des généraux. Des juges. »
Elara murmura :
« Toute la cour. »
Gabriel hocha la tête.
« Valerian ne travaille pas seul. »
Elara leva les yeux.
« Alors qui est réellement au sommet ? »
Gabriel répondit :
« Le Conseil des Sept. »
Elara fronça les sourcils.
« Encore eux ? »
« Ils contrôlent le royaume depuis vingt-cinq ans. »
« Et Valerian ? »
« Leur représentant. »
Elara serra les documents.
« Je vais les arrêter. »
Gabriel sourit.
« C’est exactement ce qu’ils veulent. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’ils ont besoin de toi. »
Elara resta silencieuse.
« Pour quoi faire ? »
Gabriel regarda son médaillon.
« Pour ouvrir le coffre royal. »
Elara comprit.
« La clé… »
« Oui. »
« Le coffre contient quoi ? »
Gabriel répondit :
« Le véritable acte de succession. »
Elara demanda :
« Et après ? »
Gabriel regarda Edmund, toujours inconscient.
« Après, ils pourront légalement te reconnaître comme reine. »
« Alors pourquoi est-ce dangereux ? »
Gabriel répondit :
« Parce que l’acte n’est pas le seul document dans le coffre. »
Elara fronça les sourcils.
« Qu’y a-t-il d’autre ? »
Gabriel la regarda droit dans les yeux.
« La preuve que ta mère n’est pas la reine. »
Elara se figea.
« Quoi ? »
La porte s’ouvrit brusquement.
La reine entra.
Elle avait entendu.
« Gabriel… »
Il se tourna vers elle.
« Il est temps qu’elle sache. »
Elara regarda sa mère.
« Sache quoi ? »
La reine ferma les yeux.
Puis murmura :
« Elara… je ne suis pas ta mère biologique. »
Le monde sembla s'arrêter.
Elara recula.
« Quoi ? »
La reine pleurait.
« Je t’ai élevée. Je t’ai protégée. Je t’aime comme ma fille. »
« Mais je ne suis pas ta fille ? »
« Non. »
Elara regarda Gabriel.
« Alors qui est ma vraie mère ? »
Personne ne répondit.
Puis Gabriel posa lentement un document sur la table.
Un nom apparaissait en haut.
Isabelle de Valoria.
Elara connaissait ce nom.
Tout le royaume le connaissait.
C’était le nom de la reine morte vingt ans auparavant.
La véritable épouse du roi.
La véritable mère de la princesse.
Elara murmura :
« Mais Isabelle est morte. »
Gabriel répondit :
« Non. »
Il regarda la reine.
Puis Elara.
« Elle est vivante. »
Un silence terrible tomba.
Et soudain, Edmund ouvrit les yeux.
Il avait entendu chaque mot.
« Elara… »
Elle se retourna.
Edmund la regarda avec une expression terrifiée.
« Il y a quelque chose que je dois te dire. »
Elara s’approcha.
« Quoi ? »
Edmund déglutit.
« La femme que nous croyons être ta mère… »
Il regarda la reine.
« …je l’ai rencontrée il y a trois ans. »
Elara pâlit.
« Où ? »
Edmund répondit :
« Dans la forêt. »
La pièce devint silencieuse.
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Puis il ajouta :
« C’est elle qui m’avait ordonné de te tuer. »