CHAPITRE 2 — LA DETTE DU PASSÉ

CHAPITRE 2 — LA DETTE DU PASSÉ
Personne ne bougeait.
Victor Delorme était toujours debout au milieu de la salle, incapable de détacher les yeux de l'écran.
La photographie de son père occupait encore l'immense panneau derrière la scène.
À côté de lui se tenait un jeune Adrien, âgé d'une dizaine d'années.
Mais quelque chose sur cette photographie dérangeait Victor.
Il s'approcha de l'écran.
— Cette photo...
Adrien ne répondit pas.
— Où l'avez-vous trouvée ?
— Dans les archives de mon père.
Victor déglutit.
— Votre père vous a raconté ce qui s'est passé ?
Adrien regarda les invités.
— Non.
Il marqua une pause.
— Il est mort avant d'avoir pu me le raconter.
Un murmure parcourut la salle.
Victor tenta de reprendre son assurance.
— Votre père était un entrepreneur. Il a fait faillite. C'est regrettable, mais cela ne signifie pas que ma famille lui a volé quoi que ce soit.
Adrien sourit.
— Vous êtes toujours aussi bon pour mentir.
— Faites attention à ce que vous dites.
— Pourquoi ? Vous allez appeler la sécurité ?
Quelques invités baissèrent les yeux.
Personne n'osait plus intervenir.
Adrien fit signe à son assistant.
Un nouveau document apparut sur l'écran.
TRANSFERT DE PROPRIÉTÉ — 2004.
Puis un autre.
COMPTE OFFSHORE — 18 400 000 €.
Puis un troisième.
BÉNÉFICIAIRE : VICTOR DELORME.
Victor recula.
— Ce compte n'est pas à moi.
— Bien sûr.
Adrien sortit une enveloppe.
— C'est exactement ce que vous avez dit il y a quinze ans.
Il la lança sur la table.
Plusieurs feuilles tombèrent.
L'avocat de Victor les ramassa.
Il parcourut les pages.
Son expression changea.
— Monsieur Delorme...
— Quoi ?
— Ce sont les relevés originaux.
Victor lui arracha les documents.
Il les parcourut frénétiquement.
Puis il leva les yeux.
— Vous avez volé ces informations.
Adrien répondit :
— Non.
Il sortit son téléphone.
— Je les ai obtenues légalement.
Un message apparut sur l'écran.
ARCHIVES JUDICIAIRES — ACCÈS AUTORISÉ.
Victor sentit son estomac se nouer.
— Qui vous aide ?
Adrien sourit.
— Beaucoup de gens.
À cet instant, les portes s'ouvrirent.
Une femme entra.
Tailleur noir.
Dossier sous le bras.
Elle avançait d'un pas assuré.
Adrien se tourna vers elle.
— Maître Lefèvre.
Elle hocha la tête.
— Monsieur Morel.
Puis elle regarda Victor.
— Monsieur Delorme.
Victor devint livide.
Il connaissait cette femme.
C'était l'une des avocates financières les plus redoutées de Paris.
— Que fait-elle ici ?
Adrien répondit :
— Elle représente les anciens actionnaires de votre société.
— Quels anciens actionnaires ?
Maître Lefèvre posa le dossier sur la table.
— Ceux que votre père a ruinés.
Victor recula.
— Cette histoire est terminée depuis vingt ans.
— Non.
Elle ouvrit le dossier.
— Elle ne faisait que commencer.
À l'autre bout de la salle, les invités commencèrent à comprendre qu'ils assistaient à quelque chose de bien plus important qu'un simple conflit financier.
Une femme demanda :
— Mais pourquoi organiser cette confrontation ici ?
Adrien l'entendit.
Il se retourna.
— Parce que cette villa appartient à ma famille.
Il regarda Victor.
— Et parce que je savais qu'il serait ici.
Victor serra les poings.
— Vous avez préparé tout ça.
— Depuis trois ans.
Silence.
— Trois ans ?
Adrien acquiesça.
— J'ai reconstruit l'histoire de mon père, transaction après transaction.
Il posa une photographie sur la table.
— J'ai retrouvé ses anciens associés.
Une deuxième.
— Ses employés.
Une troisième.
— Ses comptables.
Puis une quatrième.
— Et celui qui a finalement accepté de parler.
Victor fixa la dernière photographie.
Son visage changea.
— Non...
Adrien sourit.
— Si.
La photographie représentait un vieil homme.
Victor le reconnut.
Paul Renard.
L'ancien comptable de son père.
L'homme que tout le monde croyait mort depuis des années.
— Il est vivant ? demanda Victor.
— Très vivant.
Maître Lefèvre ajouta :
— Et il a témoigné.
Victor recula encore.
— Il ne peut pas.
— Il a remis aux autorités les registres originaux.
Adrien regarda sa montre.
— Et il a également donné les noms.
Victor déglutit.
— Quels noms ?
Adrien répondit :
— Tous.
À cet instant, le téléphone de Victor vibra.
Puis celui de son avocat.
Puis celui de son directeur financier.
Puis celui de plusieurs invités.
Les notifications se multipliaient.
AUDIT D'URGENCE.
SUSPENSION DES COMPTES.
ENQUÊTE FISCALE OUVERTE.
MANDAT DE PERQUISITION.
Victor regarda autour de lui.
Tout son monde venait de s'effondrer en quelques minutes.
Mais il restait une question.
Il s'approcha d'Adrien.
— Si tu voulais me détruire...
Il serra les dents.
— Pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ?
Adrien le fixa.
Son expression devint soudain beaucoup plus froide.
— Parce que je voulais d'abord savoir pourquoi mon père était mort.
Victor ne répondit pas.
Adrien continua :
— Et maintenant je sais.
Il s'approcha.
— Il n'est pas mort à cause de l'argent.
Victor pâlit.
— Alors pourquoi ?
Adrien murmura :
— Parce qu'il avait découvert quelque chose.
Victor détourna le regard.
Adrien comprit immédiatement.
— Tu savais.
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
— Mon père n'était pas simplement votre associé.
Adrien marqua une pause.
— Il était votre témoin.
Victor resta silencieux.
— Il savait qui avait ordonné l'incendie.
Le visage de Victor se vida de toute couleur.
Adrien le vit.
Et il comprit qu'il venait enfin de toucher le véritable secret.
— Qui a donné l'ordre ? demanda-t-il.
Victor ne répondit pas.
Adrien s'approcha encore.
— Qui a tué mon père ?
Victor leva les yeux.
Et pour la première fois de la soirée, son arrogance avait complètement disparu.
— Ce n'était pas mon père.
Adrien fronça les sourcils.
— Alors qui ?
Victor murmura un seul nom.
Un nom qui fit immédiatement disparaître le sourire d'Adrien.
« Votre mère. »
Le silence devint absolu.
Adrien recula.
— Ma mère est morte avant mon père.
Victor secoua lentement la tête.
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— C'est justement ce que tout le monde devait croire.
À suivre…