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CHAPITRE 5 — 23 H 17

CHAPITRE 5 — 23 H 17

La gare du Nord était presque vide lorsque Adrien arriva.

Il était 23 h 05.

Dix minutes avant l'heure inscrite sur la montre.

Claire l'avait accompagné, malgré les supplications de son fils pour qu'elle reste à l'hôtel.

— Si ton père est vraiment vivant, murmura-t-elle, je dois être là.

Adrien ne répondit pas.

Il avançait rapidement entre les quais, le regard fixé sur chaque silhouette.

23 h 12.

23 h 14.

23 h 16.

Puis l'horloge indiqua :

23 h 17.

Rien.

Aucun homme.

Aucun signe.

Adrien soupira.

— Il n'est pas venu.

Claire regardait autour d'elle.

— Attends.

Une vieille femme venait de s'approcher.

Elle portait un long manteau gris et tenait une enveloppe.

— Adrien Morel ?

Il se retourna.

— Oui.

Elle lui tendit l'enveloppe.

— Votre père m'a demandé de vous remettre ceci.

Adrien resta immobile.

— Quand ?

— Il y a vingt ans.

Il ouvrit l'enveloppe.

Une seule phrase était écrite :

« Si tu lis cette lettre, c'est que je n'ai pas pu revenir. »

Adrien sentit ses yeux se remplir de larmes.

Il continua.

« Mon fils, je t'ai laissé croire que j'étais mort parce que c'était la seule façon de te protéger. »

Il serra la lettre.

« Je savais qu'Aurora me surveillait. Je savais qu'ils utiliseraient ta vie pour me faire parler. »

Puis :

« Je n'ai jamais cessé de te surveiller de loin. »

Adrien leva les yeux.

— Il était là...

Claire pleurait.

La lettre continuait :

« Tu dois comprendre une chose. Je ne suis pas innocent. »

Adrien fronça les sourcils.

« J'ai participé à la création d'Aurora. »

Le monde sembla s'arrêter.

Claire porta une main à sa bouche.

« Je pensais pouvoir utiliser leur système pour protéger notre famille. J'avais tort. »

Puis une dernière phrase :

« Si tu veux me retrouver, cherche l'homme qui porte la bague noire. »

Adrien regarda Claire.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Claire répondit immédiatement :

— La bague noire...

Elle semblait terrifiée.

— C'était le symbole des fondateurs d'Aurora.

Adrien releva la tête.

— Combien étaient-ils ?

— Trois.

— Qui ?

Claire hésita.

— Ton père.

— Le deuxième ?

— Le père de Victor.

Adrien serra les dents.

— Et le troisième ?

Claire murmura :

— Je ne l'ai jamais connu.

À cet instant, la vieille femme qui avait remis la lettre s'éloigna rapidement.

Adrien la suivit du regard.

Quelque chose était étrange.

Elle portait une petite bague noire.

Adrien courut derrière elle.

— Attendez !

La femme accéléra.

Adrien la rattrapa près d'une sortie.

— Qui êtes-vous ?

Elle se retourna.

Son visage était calme.

— Une messagère.

— Pour mon père ?

— Oui.

— Où est-il ?

Elle sourit.

— Plus près que vous ne le pensez.

Puis elle sortit une photo.

Adrien la prit.

Il reconnut immédiatement le lieu.

La villa.

Mais la photographie avait été prise récemment.

Et derrière une fenêtre du deuxième étage...

se tenait un homme.

Adrien regarda attentivement.

Son cœur s'arrêta.

— Papa...

La vieille femme disparut dans la foule.

Adrien se retourna vers Claire.

— Il était à la villa.

Claire acquiesça lentement.

— Depuis le début.


Ils retournèrent immédiatement à la propriété.

Les policiers fouillèrent chaque pièce.

Rien.

Puis Adrien remarqua quelque chose dans son bureau.

Une photographie familiale avait été déplacée.

Il la retira.

Derrière se trouvait une petite ouverture.

Un mécanisme.

Il appuya.

Le mur s'ouvrit.

Un passage secret apparut.

Claire se mit à pleurer.

— Je ne savais pas que ton père avait construit ça.

Adrien entra.

Le passage descendait sous la villa.

Au bout se trouvait une pièce souterraine.

Un bureau.

Des dossiers.

Des écrans.

Des photographies.

Et au centre...

un fauteuil.

Adrien s'approcha.

Sur le bureau se trouvait une tasse de café encore chaude.

Quelqu'un était ici quelques minutes auparavant.

Il ouvrit un dossier.

À l'intérieur se trouvaient des rapports sur lui.

Ses déplacements.

Ses comptes.

Ses entreprises.

Ses relations.

Et une photographie récente.

Adrien la prit.

Elle avait été prise le jour même.

Il était devant la villa.

À côté de lui se trouvait Claire.

Puis il remarqua une annotation :

« Il a retrouvé sa mère. Phase finale activée. »

Claire recula.

— Phase finale ?

Une voix retentit derrière eux.

— Oui.

Adrien se retourna.

Un homme se tenait dans l'embrasure de la porte.

Costume sombre.

Cheveux gris.

Une bague noire au doigt.

Adrien le fixa.

— Vous...

L'homme sourit.

— Enfin.

Claire devint blanche.

— Vous êtes le troisième fondateur.

L'homme acquiesça.

— Et votre père m'a demandé de vous protéger.

Adrien serra les poings.

— Alors dites-moi où il est.

L'homme répondit :

— Il est vivant.

Adrien sentit ses jambes trembler.

— Où ?

L'homme regarda Claire.

— Mais avant de le retrouver, vous devez savoir pourquoi il ne vous a jamais ramené auprès de lui.

Adrien fixa l'homme.

— Pourquoi ?

Il répondit :

— Parce qu'il ne voulait pas vous protéger d'Aurora.

Il marqua une pause.

Il voulait vous protéger de lui-même.

Adrien resta pétrifié.

L'homme posa une clé sur le bureau.

— Ouvrez le dernier coffre.

— Où ?

— Sous la villa.

— Et qu'est-ce qu'il contient ?

L'homme sourit tristement.

— La vérité sur votre père.

Il fit un pas vers la sortie.

Adrien cria :

— Attendez !

L'homme s'arrêta.

— Quel est votre nom ?

Il se retourna.

Gabriel Morel.

Adrien pâlit.

Ce nom...

c'était celui de son père.

L'homme sourit.

— Pas celui que vous pensez.

Puis il disparut dans le tunnel.

Adrien regarda Claire.

— Qui était cet homme ?

Claire tremblait.

— Je ne sais pas.

Il regarda la clé.

Puis la porte secrète.

Quelque chose attendait sous cette maison depuis vingt ans.

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Et cette fois, Adrien était certain d'une chose :

la vérité sur son père était beaucoup plus dangereuse que tout ce qu'il avait imaginé.

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