CHAPITRE 3 — LA FEMME QU'IL CROYait MORTE

CHAPITRE 3 — LA FEMME QU'IL CROYait MORTE
Adrien ne respirait presque plus.
Le bruit de la pluie contre les immenses fenêtres semblait soudain beaucoup trop fort.
— Répète.
Victor déglutit.
— Ta mère...
Adrien s'approcha.
— Ma mère est morte quand j'avais onze ans.
— C'est ce qu'on t'a fait croire.
Un murmure parcourut la salle.
Adrien secoua la tête.
— J'étais là à son enterrement.
Victor répondit :
— Tu as assisté à un enterrement. Pas à son identification.
Adrien resta immobile.
Cette phrase lui donna froid.
Il se souvenait de cette journée.
Le cercueil fermé.
Les fleurs blanches.
Son père en larmes.
Et cette phrase qu'on lui avait répétée :
« Ta mère ne reviendra jamais. »
Pendant vingt ans, il n'avait jamais remis cela en question.
Jusqu'à ce soir.
— Où est-elle ? demanda-t-il.
Victor regarda autour de lui.
— Je ne sais pas.
Adrien attrapa son col.
— Ne joue pas avec moi !
— Je ne joue pas !
Maître Lefèvre intervint :
— Monsieur Morel, laissez-le parler.
Adrien lâcha Victor.
— Pourquoi aurait-il menti ?
Victor reprit son souffle.
— Parce que ta mère avait découvert la vérité.
— Quelle vérité ?
Victor hésita.
— Elle savait que ton père avait été piégé.
Adrien fronça les sourcils.
— Par qui ?
Victor regarda l'écran.
La photographie de ses parents était toujours affichée.
— Par les personnes qui dirigeaient le consortium financier auquel ton père appartenait.
Adrien secoua la tête.
— Ce consortium n'existe plus.
— Officiellement.
Un silence.
— Officieusement, il existe toujours.
Maître Lefèvre regarda Adrien.
— Nous avons trouvé des traces d'une structure financière cachée.
— Où ?
— Dans plusieurs pays.
Victor ajouta :
— Et quelqu'un contrôle toujours cette structure.
Adrien le fixa.
— Qui ?
Victor répondit :
— Une femme.
Adrien sentit son cœur accélérer.
— Qui ?
Victor murmura :
— Claire Morel.
Le monde sembla s'arrêter.
— Ma mère ?
Victor acquiesça.
Adrien recula.
— Tu viens de dire qu'elle était vivante.
— Je n'ai pas dit qu'elle était libre.
Une heure plus tard, le gala était entièrement fermé.
Les invités avaient été interrogés séparément.
Les enquêteurs avaient récupéré les serveurs informatiques.
Victor était placé sous surveillance.
Adrien, lui, était dans une petite pièce à l'étage.
Maître Lefèvre entra.
Elle tenait une enveloppe.
— Nous avons retrouvé ceci.
Adrien la prit.
Son nom était écrit dessus.
ADRIEN.
Son cœur se serra.
— Où ?
— Dans les archives d'un ancien notaire.
Il ouvrit l'enveloppe.
À l'intérieur se trouvait une lettre.
L'écriture était familière.
Il l'avait vue des centaines de fois dans son enfance.
Sa mère.
Il lut.
« Mon petit Adrien, si tu lis cette lettre, c'est que quelqu'un t'a enfin raconté la vérité. »
Ses mains tremblaient.
« Je ne suis pas morte. »
Adrien ferma les yeux.
Une larme coula sur sa joue.
« Je suis partie pour te protéger. »
Il continua.
« Ton père avait découvert que certaines personnes voulaient utiliser notre famille pour prendre le contrôle de plusieurs entreprises. »
Puis :
« Lorsque ton père a refusé de leur obéir, ils ont décidé de le faire disparaître. »
Adrien s'arrêta.
— Mon père savait qu'il allait mourir.
Maître Lefèvre hocha la tête.
— Continuez.
Il lut la dernière partie.
« Je ne pouvais pas sauver ton père. Mais je pouvais sauver mon fils. »
Puis une adresse.
Adrien regarda la feuille.
— C'est à Paris.
— Oui.
— Vous connaissez cet endroit ?
Maître Lefèvre secoua la tête.
— Non.
Adrien se leva.
— Alors nous allons le découvrir.
Une heure plus tard, Adrien se trouvait devant un immeuble ancien.
Il regarda l'adresse.
17, rue des Tilleuls.
Une petite lumière brillait derrière une fenêtre.
Adrien monta les escaliers.
Il arriva devant une porte.
Il hésita.
Puis frappa.
Une fois.
Deux fois.
Aucune réponse.
Il frappa encore.
— Maman ?
Silence.
Puis un bruit.
Une chaise.
Des pas.
La serrure tourna.
La porte s'ouvrit légèrement.
Une femme âgée apparut.
Ses cheveux étaient devenus blancs.
Son visage avait changé.
Mais ses yeux...
Adrien les reconnut immédiatement.
Il recula.
— Maman...
La femme porta une main à sa bouche.
— Adrien.
Il resta incapable de parler.
Vingt ans.
Vingt années de colère.
De solitude.
De questions.
Puis il entra.
Elle pleurait.
— Tu as grandi.
Adrien répondit :
— Tu es vivante.
Elle hocha la tête.
— Oui.
— Pourquoi ?
Claire ferma les yeux.
— Parce que si je revenais, ils te tueraient.
Adrien sentit toute sa colère revenir.
— Tu m'as abandonné !
— Je sais.
— J'ai cru que tu étais morte !
— Je sais.
— J'ai enterré une femme qui n'était même pas toi !
Claire pleurait maintenant.
— Je suis désolée.
Adrien détourna les yeux.
— Qui sont-ils ?
Claire resta silencieuse.
— Maman.
Elle le regarda.
— Qui a tué papa ?
Elle répondit :
— Ton père n'a pas été tué par un homme.
Adrien fronça les sourcils.
— Alors par qui ?
Claire murmura :
— Par un système.
Elle prit un dossier caché derrière une armoire.
— Et ce système existe encore.
Elle ouvrit le dossier.
À l'intérieur se trouvait une liste de noms.
Des centaines.
Parmi eux figuraient plusieurs des invités présents au gala.
Mais un nom attira immédiatement l'attention d'Adrien.
Victor Delorme.
— Il savait ?
Claire acquiesça.
— Oui.
— Pourquoi m'a-t-il révélé tout ça ?
— Parce qu'il a peur.
— De qui ?
Claire leva les yeux.
— De la personne qui dirige réellement tout cela.
Adrien sentit un frisson.
— Qui ?
Claire lui tendit une photographie.
Adrien regarda.
Son visage devint livide.
L'homme sur la photo était âgé.
Élégant.
Souriant.
Il connaissait cet homme.
Tout Paris le connaissait.
C'était l'un des hommes les plus puissants de France.
Le ministre de l'Économie.
Claire murmura :
— C'est lui qui a acheté le silence de ton père.
Adrien fixa la photographie.
Puis son téléphone vibra.
Un message inconnu apparut :
« Vous avez retrouvé votre mère. Félicitations. »
Puis un second :
« Maintenant, demandez-lui ce qu'elle a fait le soir où votre père est mort. »
Adrien regarda Claire.
Elle était devenue blanche.
— Maman...
— Quoi ?
— Où étais-tu le soir de la mort de papa ?
Claire ne répondit pas.
Et dans son silence, Adrien comprit qu'il restait encore un secret.
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Un secret que même sa mère avait refusé de lui révéler.
À suivre…