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CHAPITRE 9 — LE FRÈRE CACHÉ

CHAPITRE 9 — LE FRÈRE CACHÉ

Adrien resta devant l'écran noir.

Le visage de Julien avait disparu, mais son sourire semblait encore flotter dans la chambre.

— Mon frère...

Il prononça ces mots comme s'ils appartenaient à une langue étrangère.

Claire ne disait rien.

Adrien se tourna lentement vers elle.

— Depuis combien de temps savais-tu qu'il existait ?

Elle baissa les yeux.

— Depuis sa naissance.

— Et tu ne m'as jamais rien dit ?

— Ton père me l'avait interdit.

Adrien eut un rire sans joie.

— Bien sûr.

Il regarda son père.

— Tout le monde me ment.

Gabriel ferma les yeux.

— Je voulais te protéger.

— Tu voulais me contrôler.

Le vieil homme resta silencieux.

Adrien continua :

— Tu m'as fait croire que j'étais fils unique. Tu m'as laissé croire que tu étais mort. Et maintenant j'apprends que j'ai un frère qui dirige peut-être l'organisation que tu as créée.

— Julien n'est pas celui que tu crois.

— Alors explique-moi.

Gabriel prit une profonde inspiration.

— Julien est né avant toi.

Adrien fronça les sourcils.

— Pourquoi ne vivait-il pas avec nous ?

— Parce que sa mère appartenait à Aurora.

Claire intervint :

— Elle travaillait directement pour Leonard Delorme.

Gabriel acquiesça.

— Quand Julien avait cinq ans, sa mère a disparu.

Adrien demanda :

— Morte ?

— Non.

— Alors où est-elle ?

Gabriel regarda Claire.

— Elle est toujours vivante.

Adrien se figea.

— Où ?

Personne ne répondit.

Il comprit immédiatement.

— Vous savez où elle est.

Claire murmura :

— Oui.

— Et vous allez encore me dire que c'est pour me protéger ?

Elle s'approcha de lui.

— Adrien, écoute-moi...

— Non.

Il recula.

— J'ai assez entendu cette phrase.


Quelques heures plus tard, Adrien quitta la clinique avec Claire.

Ils rejoignirent un hôtel discret au centre de Genève.

La sécurité avait doublé.

Les téléphones avaient été remplacés.

Les ordinateurs étaient isolés.

Mais malgré toutes les précautions, Adrien savait qu'ils étaient surveillés.

Il regardait par la fenêtre.

— Julien m'a appelé alors qu'il était à Paris.

Claire répondit :

— Oui.

— Comment a-t-il su que nous étions ici ?

Silence.

Adrien se retourna.

— Maman.

Elle hésita.

— Il possède des accès au réseau Aurora.

— Donc il peut nous retrouver n'importe où.

— Probablement.

Adrien se dirigea vers la table.

Il prit la photographie de Julien.

Il l'observa attentivement.

Puis il remarqua quelque chose.

Une petite cicatrice derrière son oreille.

— Cette cicatrice...

Claire s'approcha.

— Quoi ?

Adrien montra la photo.

— J'ai la même.

Claire pâlit.

— Ce n'est pas possible.

Adrien se retourna.

— Pourquoi ?

Elle ne répondit pas.

— Maman !

Claire finit par murmurer :

— Vous l'avez eue le même jour.

Adrien resta immobile.

— Quel jour ?

— Quand vous étiez enfants.

— Mais je ne me souviens pas de lui.

— Tu avais trois ans.

Adrien secoua la tête.

— Alors pourquoi est-ce que je ne me souviens de rien ?

Claire ferma les yeux.

— Parce qu'après l'accident...

Elle s'arrêta.

— Quel accident ?

Claire ne répondit pas.

Adrien comprit.

— Qu'est-ce qui m'est arrivé ?

Elle murmura :

— Tu as perdu une partie de ta mémoire.

Adrien recula.

— Pourquoi ?

— Pour te protéger.

— Encore cette histoire !

Il frappa la table.

— De quoi voulais-tu me protéger ?

Claire prit une longue inspiration.

— De Julien.


Le lendemain matin, un dossier arriva à l'hôtel.

Aucun expéditeur.

À l'intérieur se trouvait une vieille vidéo.

Adrien lança l'enregistrement.

L'image était tremblante.

On voyait deux petits garçons dans un jardin.

L'un d'eux avait trois ans.

L'autre environ sept.

Ils jouaient ensemble.

Adrien regarda l'écran.

— C'est moi.

Claire acquiesça.

— Oui.

Puis Julien apparut derrière lui.

Le petit garçon posa une main sur son épaule.

— Ne t'inquiète pas, petit frère.

Adrien se figea.

— Il m'appelait comme ça ?

— Oui.

La vidéo continua.

Les deux enfants coururent vers une femme.

Adrien la reconnut.

La mère de Julien.

Puis un homme apparut.

Gabriel.

Il cria quelque chose.

La vidéo s'arrêta.

Adrien regarda Claire.

— Que s'est-il passé ensuite ?

— Un incendie.

— Quel incendie ?

— Celui qui a détruit notre ancienne maison.

Adrien sentit un frisson.

— C'était avant la mort de papa.

— Oui.

— Et c'est là que j'ai perdu la mémoire ?

Claire acquiesça.

— Oui.

Adrien regarda encore la vidéo.

— Pourquoi personne ne m'a raconté ça ?

Claire répondit :

— Parce que Julien a disparu cette nuit-là.

Adrien fronça les sourcils.

— Disparu ?

— Tout le monde pensait qu'il était mort.

Un silence.

Puis son téléphone vibra.

Un message.

« Il est temps que tu te souviennes. »

Un fichier vidéo était joint.

Adrien l'ouvrit.

L'image montrait le même jardin.

Mais cette fois, la caméra était beaucoup plus proche.

Les deux enfants étaient seuls.

Julien tenait quelque chose dans sa main.

Une petite clé noire.

Il la donna à Adrien.

Puis il lui dit :

Si papa me cherche, ne lui donne jamais la clé.

Adrien arrêta la vidéo.

Il regarda Claire.

— Quelle clé ?

Elle devint blanche.

— Je ne sais pas.

— Tu mens.

— Non.

— Alors pourquoi as-tu peur ?

Claire ne répondit pas.

Adrien fouilla dans ses poches.

Puis il sentit quelque chose de métallique.

Il sortit sa montre.

La vieille montre de son père.

Il remarqua une petite ouverture sur le côté qu'il n'avait jamais vue.

Il appuya.

Le cadran s'ouvrit.

À l'intérieur se trouvait une minuscule clé noire.

Adrien resta pétrifié.

Claire murmura :

— Elle était avec toi depuis ton enfance.

Adrien fixa la clé.

Puis son téléphone sonna.

Julien.

Cette fois, Adrien décrocha immédiatement.

— Qu'est-ce que tu veux ?

Julien sourit.

— Je veux te rendre quelque chose.

— Quoi ?

— Tes souvenirs.

Adrien sentit son cœur accélérer.

— Où es-tu ?

— Dans notre ancienne maison.

— Celle qui a brûlé ?

— Oui.

Julien marqua une pause.

— Viens seul.

Adrien répondit :

— Et si je refuse ?

Le sourire de Julien disparut.

— Alors maman mourra.

Adrien se figea.

— Quelle maman ?

Julien répondit :

La nôtre.

L'appel se coupa.

Claire regarda son fils.

— Adrien...

Il prit sa veste.

— Je vais la retrouver.

— Tu ne peux pas y aller seul.

Adrien la regarda.

— Je sais.

Il prit la petite clé noire.

— C'est justement pour ça que je vais y aller préparé.

Dans son esprit, une seule question demeurait :

Pourquoi Julien avait-il besoin qu'Adrien se souvienne de cette nuit ?

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Et surtout...

qu'avait réellement vu Adrien lorsqu'il n'avait que trois ans ?

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