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CHAPITRE 7 — CELUI QUI AVAIT TOUT COMMENCÉ

CHAPITRE 7 — CELUI QUI AVAIT TOUT COMMENCÉ

Adrien resta immobile.

Gabriel Morel se tenait à quelques mètres de lui, parfaitement calme.

Derrière lui, les immenses lustres du palais étaient éteints.

La salle, quelques heures plus tôt remplie de centaines d'invités, ressemblait maintenant à un théâtre abandonné.

— Tu mens, dit Adrien.

Gabriel ne réagit pas.

— Ton père n'était pas un innocent.

— Je ne t'ai pas demandé ton opinion.

— Alors demande-moi pourquoi il a disparu.

Adrien s'approcha.

— Pourquoi ?

Gabriel soupira.

— Parce qu'il savait qu'il allait devoir répondre de ses actes.

Claire intervint :

— Gabriel, arrête.

Il se tourna vers elle.

— Tu as passé vingt ans à protéger son image.

— Parce que c'était mon mari.

— Non.

Gabriel secoua la tête.

— Parce que tu avais peur que la vérité détruise Adrien.

Adrien regarda sa mère.

— Quelle vérité ?

Claire ne répondit pas.

Gabriel sortit un dossier.

Il le posa sur la table.

— Ton père a créé Aurora.

Adrien fronça les sourcils.

— Il me l'a déjà expliqué.

— Pas toute l'histoire.

Gabriel ouvrit le dossier.

À l'intérieur se trouvaient plusieurs photographies.

— Aurora devait protéger les entreprises familiales contre les prédateurs financiers.

Il montra une première image.

— Ton père a conçu le système.

Puis une deuxième.

— Leonard Delorme l'a financé.

Puis une troisième.

— Et moi, j'ai construit les infrastructures.

Adrien regarda les documents.

— Alors pourquoi Aurora est-elle devenue criminelle ?

Gabriel répondit :

— Parce que ton père a découvert qu'il pouvait contrôler davantage que les marchés.

— Quoi ?

— Les personnes.

Un silence.

Gabriel continua :

— Avec les informations qu'Aurora collectait, nous pouvions faire pression sur les dirigeants, les banques, les ministres.

Adrien secoua la tête.

— Mon père n'aurait jamais fait ça.

Gabriel eut un sourire triste.

— Tu ne connaissais pas ton père.

Ces mots frappèrent Adrien plus durement qu'une gifle.

— Tu n'étais pas là quand il rentrait tard.

Gabriel poursuivit :

— Tu ne l'as pas vu perdre des nuits entières devant ses écrans.

— Tu ne sais rien de moi.

— Je sais ce qu'il m'a demandé de faire.

Adrien se figea.

— Quoi ?

Gabriel baissa les yeux.

— Il m'a demandé de supprimer certaines personnes.

Claire intervint immédiatement :

— Ça suffit !

Adrien regarda sa mère.

— Qu'est-ce qu'il veut dire ?

Claire ferma les yeux.

— Ton père a fait des choses terribles.

Adrien recula.

— Vous me l'avez caché.

— Parce que nous voulions que tu puisses vivre normalement.

— Je n'ai jamais vécu normalement !

Sa voix résonna dans toute la salle.

— J'ai grandi en pensant que mon père était mort !

Il regarda Claire.

— Et maintenant j'apprends que vous saviez qu'il était vivant.

Puis Gabriel.

— Et toi, tu savais tout.

Gabriel répondit :

— Oui.

Adrien s'approcha de lui.

— Où est mon père ?

Gabriel resta silencieux.

— Réponds !

— En Suisse.

Adrien se figea.

— Depuis combien de temps ?

— Deux semaines.

— Tu sais où exactement ?

— Oui.

Adrien attendit.

Gabriel sortit une enveloppe.

— Mais tu ne peux pas y aller seul.

Adrien prit l'enveloppe.

Une adresse était écrite dessus.

Genève — Clinique Saint-Antoine.

Claire pâlit.

— Non.

Adrien la regarda.

— Pourquoi ?

— Parce que si ton père est là-bas...

Elle s'arrêta.

— Quoi ?

Claire murmura :

— Il est gravement malade.


Trois heures plus tard, Adrien était dans un avion.

Claire l'accompagnait.

Gabriel était resté à Paris.

Adrien regardait par le hublot.

— Pourquoi tu ne m'as jamais dit qu'il était malade ?

Claire répondit :

— Parce qu'il ne voulait pas que tu viennes.

— Pourquoi ?

— Il pensait que tu serais plus en sécurité sans lui.

Adrien serra les poings.

— Il décide encore pour moi.

Claire ne répondit pas.


À Genève, ils arrivèrent à la clinique au lever du jour.

Une infirmière les conduisit dans un couloir privé.

Adrien s'arrêta devant une porte.

La chambre portait un numéro :

317.

Il posa la main sur la poignée.

Il hésita.

Puis entra.

Un homme était allongé sur le lit.

Plus âgé.

Amaigri.

Un masque d'oxygène sur le visage.

Mais Adrien reconnut immédiatement ses yeux.

— Papa...

L'homme ouvrit lentement les yeux.

Il regarda son fils.

Et pendant plusieurs secondes, aucun des deux ne parla.

Puis Gabriel Morel murmura :

— Tu n'aurais jamais dû venir.

Adrien sentit les larmes monter.

— J'ai passé vingt ans à attendre ce moment.

Son père détourna les yeux.

— Tu ne sais pas ce que tu viens de réveiller.

— Je veux la vérité.

Son père ferma les yeux.

— Alors écoute-moi attentivement.

Adrien s'approcha.

— Aurora n'est plus sous mon contrôle.

— Qui la contrôle ?

Son père regarda Claire.

— Elle.

Claire se figea.

— Moi ?

Il hocha lentement la tête.

— Ton ancien réseau.

Claire secoua la tête.

— Je l'ai détruit.

— Non.

Il prit difficilement une respiration.

— Tu as cru l'avoir détruit.

Adrien regarda sa mère.

Puis son père.

— De quoi parlez-vous ?

Son père murmura :

— Le véritable cerveau d'Aurora n'a jamais été moi.

— Alors qui ?

Il regarda Adrien.

Toi.

Adrien resta pétrifié.

— Moi ?

Son père acquiesça.

— Le système a été construit autour de ton identité.

Adrien secoua la tête.

— Pourquoi ?

Son père répondit :

— Parce qu'Aurora devait avoir un héritier.

Puis il ajouta :

— Et depuis ta naissance, tu as été préparé à devenir cet héritier.

Adrien recula.

— C'est impossible.

Son père ferma les yeux.

— Je suis désolé.

À cet instant, tous les écrans de la chambre s'allumèrent.

Une seule phrase apparut :

« BIENVENUE, ADRIEN. »

Puis une deuxième :

« IL EST TEMPS DE RENTRER CHEZ VOUS. »

Adrien regarda son père.

— Qui fait ça ?

Son père répondit dans un souffle :

— Aurora.

Puis l'écran devint noir.

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Et Adrien comprit que quelqu'un, quelque part, venait de prendre le contrôle de son identité.

À suivre…

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