CHAPITRE 4 — LE SECRET DE CLAIRE

CHAPITRE 4 — LE SECRET DE CLAIRE
Adrien fixa sa mère.
— Où étais-tu le soir où papa est mort ?
Claire ne répondit pas.
Elle resta debout devant la fenêtre, les mains tremblantes.
— Maman.
Elle ferma les yeux.
— Je savais que tu finirais par me poser cette question.
Adrien sentit la colère revenir.
— Alors réponds-moi.
Claire se retourna.
— J'étais avec ton père.
Le silence tomba.
— Quoi ?
— J'étais avec lui quelques minutes avant l'incendie.
Adrien recula.
— Mais on m'a dit que tu étais déjà morte.
— Je sais.
— Alors pourquoi étais-tu là ?
Claire prit une profonde inspiration.
— Parce que ton père m'avait demandé de venir.
Elle se dirigea vers une vieille commode et en sortit une petite boîte métallique.
— Il savait qu'il était suivi.
Elle posa la boîte sur la table.
— Il m'a donné ceci.
Adrien l'ouvrit.
À l'intérieur se trouvaient une clé USB, une montre ancienne et une photographie.
Sur la photographie, son père se tenait devant un immeuble.
À côté de lui se trouvait Victor Delorme.
Mais derrière eux apparaissait un troisième homme.
Adrien fronça les sourcils.
— Le ministre.
Claire acquiesça.
— Oui.
— Ils travaillaient ensemble ?
— Pendant plusieurs années.
Adrien prit la clé USB.
— Qu'est-ce qu'il y a dessus ?
— La raison pour laquelle ton père devait mourir.
Ils branchèrent la clé à l'ordinateur.
Un dossier apparut.
PROJET AURORA.
Adrien l'ouvrit.
Des contrats défilèrent.
Des transferts bancaires.
Des sociétés écrans.
Puis une vidéo.
Son père apparut à l'écran.
Il semblait épuisé.
— Si quelqu'un regarde cette vidéo, c'est que je n'ai pas réussi à sortir.
Adrien se figea.
Son père continua :
— Le projet Aurora n'est pas une simple fraude financière.
Il regarda directement la caméra.
— Ils contrôlent des entreprises, des banques et des responsables politiques.
Claire baissa les yeux.
La vidéo continua :
— Mais le plus dangereux...
Son père marqua une pause.
— ...c'est qu'ils possèdent des preuves compromettantes sur chacun d'eux.
Adrien murmura :
— Ils tiennent tout le monde.
— Oui, répondit Claire.
La vidéo continua.
— Si je disparais, ne cherchez pas l'argent.
Puis son père prononça une phrase qui glaça Adrien :
— Cherchez la liste.
L'écran devint noir.
Adrien se tourna vers sa mère.
— Quelle liste ?
Claire répondit :
— La liste des personnes qu'Aurora contrôle.
— Elle est où ?
— Ton père l'avait cachée.
— Où ?
Claire hésita.
— Dans la villa.
Adrien resta immobile.
— Ma villa ?
— Oui.
Il comprit soudain.
Le gala.
La villa.
Les archives.
Tout avait été organisé au même endroit.
— C'est pour ça que tu m'as fait venir ici.
Claire secoua la tête.
— Non.
— Alors pourquoi ?
Elle regarda son fils.
— Parce que quelqu'un savait que tu allais organiser ce gala.
Adrien fronça les sourcils.
— Quelqu'un savait ?
— Oui.
— Qui ?
Claire murmura :
— Victor.
Adrien retourna immédiatement à la villa.
Victor était toujours retenu dans une pièce sécurisée.
Lorsqu'il vit Adrien entrer, il se leva.
— Vous avez trouvé votre mère.
Adrien s'arrêta.
— Comment le savez-vous ?
Victor sourit faiblement.
— Parce que je savais où elle se cachait.
Adrien s'approcha.
— Tu savais qu'elle était vivante ?
— Oui.
— Depuis combien de temps ?
— Dix-huit ans.
Adrien serra les poings.
— Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit ?
Victor baissa la tête.
— Parce que j'avais peur.
— De qui ?
Victor répondit :
— D'Aurora.
Adrien posa la clé USB sur la table.
— Je sais pour le projet.
Victor pâlit.
— Alors vous savez aussi qu'il existe une liste.
— Oui.
— Vous devez la détruire.
Adrien fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Victor répondit :
— Parce que si elle devient publique, plusieurs gouvernements tomberont.
— Et vous ?
Victor eut un rire nerveux.
— Moi, je serai probablement en prison pour le restant de mes jours.
Adrien le fixa.
— Alors donne-moi la liste.
Victor secoua la tête.
— Je ne l'ai pas.
— Qui l'a ?
Victor hésita.
Puis murmura :
— Votre père.
Adrien resta silencieux.
— Il est mort.
— Oui.
— Alors comment pourrait-il l'avoir ?
Victor leva les yeux.
— Parce que votre père avait prévu sa propre disparition.
Adrien se figea.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
Victor prit une profonde inspiration.
— L'homme qui est mort dans l'incendie...
Il s'arrêta.
— ...n'était pas votre père.
Adrien ne bougea plus.
— Quoi ?
— Votre père avait organisé une substitution.
— Pourquoi ?
— Pour disparaître.
Adrien sentit sa respiration s'accélérer.
— Alors qui est mort ?
Victor répondit :
— Un homme qui lui ressemblait suffisamment pour tromper les enquêteurs.
Adrien recula.
Toutes ses certitudes s'effondraient une nouvelle fois.
— Tu veux dire que mon père pourrait être vivant ?
Victor ne répondit pas.
Adrien l'attrapa par le col.
— Est-il vivant ?
Victor finit par murmurer :
— Je ne sais pas.
Puis un bruit retentit dans le couloir.
Un garde entra précipitamment.
— Monsieur Morel !
— Quoi ?
— Il y a eu une intrusion dans le système de sécurité.
Adrien se retourna.
— Où ?
— Dans la salle des archives.
Ils coururent.
La porte était ouverte.
Les dossiers étaient éparpillés.
L'ordinateur avait été détruit.
Mais quelque chose avait disparu.
La clé USB.
Adrien se figea.
— Quelqu'un l'a prise.
Claire arriva derrière lui.
Elle regarda la pièce.
Puis son visage changea.
— Non...
— Quoi ?
Elle désigna le sol.
Une vieille montre gisait près du bureau.
La montre de son mari.
Adrien la ramassa.
Au dos, une inscription était gravée :
« 23 H 17 — Gare du Nord. »
Adrien regarda sa mère.
— Qu'est-ce que ça signifie ?
Claire tremblait.
— C'est l'heure et l'endroit où ton père devait me retrouver...
— Quand ?
Elle le regarda dans les yeux.
— Le soir même où il est censé être mort.
Adrien sentit son cœur s'arrêter.
Si cette montre était réellement celle de son père...
Alors l'homme qu'il avait pleuré pendant vingt ans...
avait peut-être survécu.
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Et s'il était vivant, une seule question restait :
Pourquoi n'était-il jamais revenu chercher son fils ?