CHAPITRE 19 — LA TOMBE SANS CORPS

CHAPITRE 19 — LA TOMBE SANS CORPS
La nuit était tombée sur Paris lorsqu'Adrien, Julien, Claire et Maître Lefèvre arrivèrent au cimetière du Père-Lachaise.
Une pluie fine recouvrait les allées.
Adrien tenait toujours l'enveloppe du docteur Vasseur.
Il avait relu la phrase des dizaines de fois.
« Votre père n'est pas mort dans l'explosion. »
Pourtant, il avait vu la salle détruite.
Il avait entendu l'explosion.
Il avait cru perdre Gabriel une seconde fois.
— Tu es sûr que c'est ici ? demanda Julien.
Adrien regarda l'adresse.
— Oui.
Ils avancèrent entre les tombes jusqu'à atteindre une petite chapelle familiale.
Sur la pierre centrale était gravé :
GABRIEL MOREL
1962 — 2026
Julien resta immobile.
— C'est impossible.
Adrien s'approcha.
Il posa la main sur la pierre.
— Papa...
Claire pleurait silencieusement.
Mais Maître Lefèvre remarqua quelque chose.
— Attendez.
Elle s'agenouilla.
La terre devant la tombe semblait avoir été récemment déplacée.
— Cette tombe a été ouverte.
Adrien se retourna.
— Quand ?
— Très récemment.
Julien s'approcha.
— Alors il n'y a peut-être jamais eu de corps ici.
Ils retirèrent délicatement la plaque de pierre.
Derrière se trouvait une petite ouverture.
Adrien introduisit la clé noire.
Un mécanisme se déclencha.
La pierre pivota.
Un escalier apparut.
Julien regarda son frère.
— Encore un tunnel.
Adrien soupira.
— Papa aimait vraiment les secrets.
Ils descendirent.
Au bout du passage se trouvait une petite pièce.
Et au centre...
un fauteuil.
Gabriel y était assis.
Vivant.
Adrien s'arrêta net.
— Papa...
Gabriel leva les yeux.
Il était pâle, épuisé, mais vivant.
Julien courut vers lui.
— Tu es vivant !
Gabriel sourit.
— Je vous avais dit que je ne disparaîtrais pas une deuxième fois.
Adrien le prit dans ses bras.
Pendant quelques secondes, aucun d'eux ne parla.
Puis Adrien recula.
— Pourquoi ?
Gabriel répondit :
— Parce que je devais vous faire croire que j'étais mort.
— Pour quelle raison ?
Gabriel désigna les murs.
— Parce que quelqu'un nous surveillait encore.
Adrien comprit.
— Vasseur.
Gabriel acquiesça.
— Il travaille pour moi.
Julien fronça les sourcils.
— Il nous a menti.
— Il vous a protégés.
— Il m'a dit que Leonard était mon père biologique.
Gabriel regarda Julien.
— C'est vrai.
Julien resta silencieux.
— Tu le savais ?
— Oui.
— Depuis toujours ?
Gabriel acquiesça.
— Oui.
Julien recula.
— Pourquoi ne me l'avoir jamais dit ?
Gabriel répondit :
— Parce que je voulais que tu puisses choisir qui tu voulais être.
Julien serra les poings.
— Et maintenant ?
Gabriel sourit.
— Maintenant, tu es libre.
Adrien s'approcha.
— Aurora est détruite.
— Non.
Adrien se figea.
— Quoi ?
Gabriel secoua la tête.
— Le réseau financier a été détruit.
— Mais les données ?
— Une partie a disparu.
— Une partie ?
Gabriel désigna un ordinateur.
— Le véritable cœur d'Aurora n'était pas dans la villa.
Adrien comprit.
— Où est-il ?
Gabriel répondit :
— Ici.
Julien regarda l'écran.
— Pourquoi ?
— Parce qu'Aurora n'était pas seulement une entreprise.
Gabriel inspira.
— C'était un système conçu pour identifier et neutraliser ceux qui menaçaient notre famille.
Adrien demanda :
— Alors Leonard...
— N'était qu'un pion.
— Et le ministre ?
— Un autre pion.
Julien regarda son père.
— Qui était au-dessus d'eux ?
Gabriel resta silencieux.
Puis il prononça un nom.
— Victor.
Adrien pâlit.
— Victor Delorme ?
— Oui.
Julien recula.
— Mais il est mort.
Gabriel répondit :
— C'est ce qu'il voulait vous faire croire.
La porte s'ouvrit soudain.
Claire se retourna.
Un homme entra.
Costume noir.
Cheveux gris.
Regard froid.
Adrien le reconnut immédiatement.
Victor Delorme.
— Bonsoir.
Julien leva son arme.
— Vous...
Victor sourit.
— Je vous ai cherchés pendant vingt ans.
Gabriel se plaça devant ses fils.
— Tu ne les toucheras pas.
Victor regarda Gabriel.
— Tu as toujours été sentimental.
— Et toi toujours lâche.
Victor eut un petit rire.
— Vous avez détruit Aurora.
Adrien répondit :
— Oui.
— Vous pensez avoir gagné ?
— Non.
Victor sortit une enveloppe.
— Vous avez simplement terminé la première partie.
Il la lança sur la table.
Adrien l'ouvrit.
À l'intérieur se trouvait une photographie.
Un enfant.
Un garçon d'environ quatre ans.
À côté de lui...
une femme.
Adrien fronça les sourcils.
— Qui est-ce ?
Victor répondit :
— Votre sœur.
Le silence fut absolu.
Julien regarda Gabriel.
— Nous avons une sœur ?
Gabriel ferma les yeux.
Victor sourit.
— Elle est vivante.
Adrien sentit son cœur battre plus vite.
— Où ?
Victor répondit :
— À l'étranger.
— Pourquoi nous l'avoir cachée ?
Victor regarda Gabriel.
— Parce qu'elle est la véritable héritière d'Aurora.
Gabriel ne répondit pas.
Adrien se tourna vers son père.
— Est-ce vrai ?
Gabriel finit par acquiescer.
— Oui.
Julien murmura :
— Alors pourquoi nous avoir fait croire que nous étions les héritiers ?
Gabriel répondit :
— Parce que votre sœur était la seule personne qu'Aurora ne pouvait pas protéger.
Victor sourit.
— Et maintenant qu'Aurora est détruite...
Il marqua une pause.
— ...elle est vulnérable.
Adrien regarda son frère.
Puis son père.
— Où est-elle ?
Victor répondit :
— Je peux vous conduire jusqu'à elle.
Adrien se méfia.
— Et qu'est-ce que vous voulez ?
Victor sourit.
— Rien.
Julien secoua la tête.
— Personne ne fait rien gratuitement.
Victor regarda les deux frères.
— Je veux simplement que vous découvriez pourquoi votre père a passé vingt ans à vous mentir.
Puis il se dirigea vers la sortie.
Avant de partir, il ajouta :
— Votre sœur s'appelle Élise.
La porte se referma.
Adrien resta immobile.
Puis Gabriel murmura :
— Il faut la retrouver avant lui.
Adrien regarda son père.
— Alors nous partirons ce soir.
Julien acquiesça.
Pour la première fois, les deux frères étaient parfaitement d'accord.
Mais aucun d'eux ne savait qu'au même moment, à plusieurs centaines de kilomètres de Paris...
une jeune femme regardait une vieille photographie.
Et sur cette photographie figuraient trois enfants.
Adrien.
Julien.
Et elle.
Élise.
Elle retourna la photo.
Au dos, une seule phrase était écrite :
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« Quand tes frères viendront te chercher, ne leur fais confiance à aucun prix. »
À suivre…