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CHAPITRE 12 — LE SUJET 00

CHAPITRE 12 — LE SUJET 00

« Tu étais destinée à le remplacer. »

Les mots d'Evelyn résonnèrent dans la salle.

Je ne bougeai plus.

— Remplacer quoi ?

Evelyn s'avança lentement.

— Le système.

— Orphée ?

— Oui.

Je secouai la tête.

— Je ne veux rien remplacer.

— Ce n'est pas une question de volonté.

Je serrai les poings.

— Alors pourquoi moi ?

Evelyn regarda les écrans.

Des centaines de visages défilaient.

Puis un seul resta affiché.

Le mien.

— Parce que tu es la seule personne qui possède les trois capacités.

Je fronçai les sourcils.

— Lesquelles ?

— Mémoriser.

— Reconstruire.

— Et transmettre.

Je regardai Alexandre.

— Lui peut reconstruire.

Puis Adrien.

— Lui peut effacer.

Evelyn acquiesça.

— Mais toi, Clara, tu peux connecter les deux.

Je sentis un froid parcourir mon corps.

— Je peux connecter les mémoires ?

— Oui.

— Pourquoi ne m'en souvenais-je pas ?

Evelyn sourit.

— Parce que nous avons bloqué cette partie de ton cerveau.

— Qui ?

Elle regarda ma mère.

— Elle.

Ma mère baissa les yeux.

Je me tournai vers elle.

— Pourquoi ?

Elle répondit d'une voix tremblante :

— Parce que la dernière fois que tes capacités se sont activées, quelqu'un est mort.

— Qui ?

— Élias.

Je reculai.

— Tu viens de dire qu'il était vivant.

— Son corps est vivant.

Elle s'arrêta.

— Mais une partie de lui est restée connectée à toi.

Je ne comprenais plus.

— Alors il est où ?

Evelyn répondit :

— Partout.


Un écran s'alluma.

Élias apparut.

Mais cette fois, il n'était plus un enfant.

C'était un homme.

Il avait environ trente ans.

Ses cheveux étaient noirs.

Son visage était pâle.

Il regardait directement la caméra.

— Clara.

Je cessai de respirer.

— Élias ?

Il sourit.

— Tu m'entends enfin.

Alexandre s'approcha de l'écran.

— Où es-tu ?

— Je ne suis nulle part.

— Arrête tes énigmes.

— Je ne peux pas.

— Pourquoi ?

Élias répondit :

— Parce que je ne suis plus une personne.

Je sentis mes yeux se remplir de larmes.

— Alors qu'es-tu ?

Il me regarda.

— Une mémoire.

Un silence.

— Une mémoire de quoi ?

— De tous ceux qui ont été sacrifiés pour Orphée.

Je compris.

Les centaines de visages.

Les enfants.

Les adultes.

Les scientifiques.

Les victimes.

Ils vivaient dans son esprit.

— Tu les portes tous ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Parce que quelqu'un devait se souvenir.

Je murmurai :

— Et maintenant ?

Élias sourit.

— Maintenant, je veux que tu m'aides à les libérer.


Une explosion secoua la salle.

Tout le monde tomba.

Des alarmes retentirent.

Marianne cria :

— Ils attaquent !

Des portes blindées se fermèrent.

Les écrans s'éteignirent.

Evelyn regarda autour d'elle.

— Astra est compromise.

Alexandre leva son arme.

— Qui attaque ?

Evelyn répondit :

— La Confrérie.

Gabriel se plaça devant ma mère.

— Ils ont trouvé la base.

Marianne regarda Clara.

— Nous devons partir.

Je secouai la tête.

— Non.

Tout le monde me regarda.

— Quoi ?

— Je ne pars pas.

Alexandre fronça les sourcils.

— Clara...

— Toute ma vie, j'ai fui.

Je regardai les écrans.

— Maintenant, je veux savoir.

Evelyn s'approcha.

— Savoir quoi ?

Je répondis :

— Qui a créé Orphée.

Elle resta silencieuse.

— Et qui l'a financé.

Personne ne répondit.

— Et surtout…

Je regardai ma mère.

— Qui a tué Élias.

Ma mère ferma les yeux.

— Je ne peux pas te le dire.

— Pourquoi ?

— Parce que si je te le dis, tu vas le chercher.

— Oui.

— Et tu vas mourir.

— Alors je prendrai le risque.

Evelyn regarda Gabriel.

— Elle est prête.

Mon père acquiesça.

— Oui.

Evelyn sourit.

— Alors il est temps.

Elle ouvrit une porte cachée.

Derrière se trouvait un escalier.

— Où allons-nous ?

— Sous le bâtiment.

— Encore plus bas ?

— Oui.

Nous descendîmes.

Un étage.

Deux.

Trois.

Puis cinq.

L'air devint plus froid.

Au dernier niveau, une énorme porte métallique apparut.

Evelyn posa sa main sur un scanner.

La porte s'ouvrit.

Je restai bouche bée.

Derrière se trouvait une immense salle.

Des centaines de serveurs.

Des câbles.

Des écrans.

Et au centre...

une capsule transparente.

À l'intérieur, un homme était allongé.

Je m'approchai.

Je reconnus immédiatement son visage.

Élias.

Mon frère.

Son corps était relié à des dizaines de câbles.

Je posai ma main sur la vitre.

— Élias...

Ses yeux s'ouvrirent.

Il me regarda.

Puis sa voix sortit d'un haut-parleur.

— Clara.

Je pleurai.

— Tu es vraiment vivant.

Il sourit.

— Mon corps, oui.

— Et ton esprit ?

— Partagé.

— Avec qui ?

— Avec toi.

Je retirai ma main.

— Quoi ?

Il répondit :

— Depuis ton enfance, une partie de ma mémoire vit dans ton cerveau.

Je secouai la tête.

— C'est impossible.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que tu étais la seule personne capable de me recevoir.

Evelyn intervint.

— C'est pour cela que nous avons protégé Clara.

Je la regardai.

— Vous m'avez protégée pour préserver Élias.

— Oui.

— Pas pour me sauver.

Elle baissa les yeux.

— Pas uniquement.

Je regardai mon frère.

— Comment le libérer ?

Evelyn répondit :

— Il faut détruire le réseau.

— Alors faisons-le.

Marianne secoua la tête.

— Si nous détruisons le réseau brutalement, des milliers de personnes pourraient mourir.

Je me figeai.

— Pourquoi ?

— Parce qu'une partie de leur activité cérébrale est actuellement synchronisée avec Orphée.

— Donc si on coupe…

— Leur mémoire peut être détruite.

Je regardai Élias.

— Alors comment faire ?

Il répondit :

— Il faut transférer la mémoire.

— Où ?

— Dans quelqu'un.

Je compris immédiatement.

— Moi.

Élias acquiesça.

— Oui.

Alexandre s'interposa.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que tu pourrais ne jamais revenir.

Evelyn confirma.

— Le transfert complet pourrait effacer ta propre identité.

Je regardai mon frère.

— Mais si je ne le fais pas ?

Élias répondit :

— Orphée continuera d'exister.

Je regardai les serveurs.

— Alors je le ferai.

Alexandre secoua la tête.

— Clara, non.

— Tu m'as toujours protégée.

— Oui.

— Maintenant, laisse-moi décider.

Il resta silencieux.

Puis il me prit dans ses bras.

— Alors reviens.

Je fermai les yeux.

— Je vais essayer.


Une alarme retentit.

Evelyn regarda l'écran.

— Trop tard.

— Quoi ?

— Ils ont activé le protocole de destruction.

Marianne pâlit.

— Combien de temps ?

— Quatre minutes.

Je regardai Élias.

— Il faut commencer.

Evelyn prépara les appareils.

— Clara, tu dois t'allonger.

Je m'installai.

Des électrodes furent placées sur ma tête.

Un casque métallique descendit.

Je regardai Alexandre.

— Si quelque chose tourne mal...

Il me coupa.

— Ça ne tournera pas mal.

Je souris.

— Tu mens.

— Oui.

Je fermai les yeux.

La machine démarra.

Un bourdonnement envahit la pièce.

Puis une voix.

Élias.

— Clara.

— Oui ?

— Quand tu verras la porte rouge, ne l'ouvre pas.

— Pourquoi ?

— Parce que derrière se trouve le souvenir que tu as oublié.

— Quel souvenir ?

— Celui qui explique pourquoi notre mère a vraiment créé Orphée.

La machine accéléra.

Les images commencèrent.

Des centaines.

Des milliers.

Des vies entières.

Je vis des enfants.

Des laboratoires.

Des réunions secrètes.

Des assassinats.

Des gouvernements.

Puis je vis ma mère.

Très jeune.

Elle tenait un bébé.

Moi.

À côté d'elle se trouvait un homme.

Je le reconnus.

Mon grand-père.

Il disait :

— L'enfant doit être enregistrée sous le nom de Clara.

Ma mère répondait :

— Et Élias ?

— Il sera le Sujet 01.

— Et Alexandre ?

— Sujet 02.

Puis une autre personne entra.

Je ne voyais pas son visage.

Mais sa voix...

Je la connaissais.

Elle disait :

— Et si les trois échouent ?

Mon grand-père répondit :

— Alors nous utiliserons le quatrième.

La femme demanda :

— Qui sera le quatrième ?

Mon grand-père sourit.

— Toi.

Je me figeai.

La femme retira lentement son voile.

Je reconnus son visage.

Je hurlai.

— Non !

La machine s'arrêta.

Je rouvris les yeux.

Tout le monde me regardait.

Alexandre était terrifié.

— Qu'est-ce que tu as vu ?

Je respirais difficilement.

— J'ai vu la quatrième personne.

Evelyn s'approcha.

— Qui ?

Je regardai ma mère.

Puis Evelyn.

Puis Gabriel.

Enfin, je murmurai :

— Ma grand-mère.

Gabriel pâlit.

— Elle est morte.

— Non.

— Clara...

— Elle n'est jamais morte.

Un silence.

Puis la porte de la salle s'ouvrit.

Une vieille femme entra.

Cheveux blancs.

Canne.

Visage calme.

Elle regarda tout le monde.

Puis moi.

— Tu as enfin retrouvé ta mémoire.

Ma mère s'effondra en larmes.

Gabriel murmura :

— Maman...

La vieille femme sourit.

— Bonjour, mon fils.

Je levai lentement mon arme.

— C'est vous.

Elle me regarda.

— Oui.

— Vous avez créé Orphée.

Elle hocha la tête.

— Oui.

— Pourquoi ?

Elle répondit calmement :

— Parce que la mémoire est le pouvoir le plus dangereux du monde.

Puis elle me fixa.

— Et toi, Clara...

Elle sourit.

— Tu es devenue plus puissante que je ne l'avais imaginé.

Derrière elle, des hommes armés apparurent.

La porte se verrouilla.

Et ma grand-mère prononça la phrase qui glaça tout le monde :

— Maintenant, nous allons reprendre ce qui nous appartient.

Elle regarda Élias dans sa capsule.

— Et cette fois...

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Son sourire disparut.

— Personne ne survivra au Projet Orphée.

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