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CHAPITRE 3 — LE FRÈRE QUE JE N’AVAIS JAMAIS CONNU

CHAPITRE 3 — LE FRÈRE QUE JE N’AVAIS JAMAIS CONNU

« Ton frère. »

Le mot resta suspendu dans l’air.

Je ne compris pas.

Ou plutôt, mon esprit refusait de comprendre.

Victor Delorme.

Conseiller spécial du président.

Ancien ministre.

L’un des diplomates les plus puissants du pays.

L’homme dont le visage apparaissait presque chaque soir sur les chaînes d’information.

Mon frère ?

Je regardai Julien.

Il avait cessé de respirer.

Madame Valmont, elle, gardait son arme pointée vers la silhouette.

— Montrez votre visage.

L’homme ne bougea pas.

— Vous savez déjà qui je suis.

— Montrez votre visage !

Un silence.

Puis il retira lentement sa capuche.

Je vis un homme d’environ cinquante ans.

Cheveux noirs striés de gris.

Visage anguleux.

Une cicatrice fine traversant son sourcil droit.

Mais ce furent ses yeux qui me terrifièrent.

Je les connaissais.

Je les avais vus sur une vieille photographie de famille.

Les yeux de ma mère.

Je reculai.

— Qui êtes-vous ?

Il me regarda.

— Gabriel.

Mon cœur se serra.

— Gabriel qui ?

Il sourit tristement.

— Gabriel Delorme.

Julien lâcha presque son arme.

— Non...

L’homme se tourna vers lui.

— Tu pensais que j'étais mort.

Julien murmura :

— Nous t'avons vu brûler dans cette voiture.

— Ce n'était pas moi.

Je regardai mon oncle.

— Qu'est-ce qu'il raconte ?

Julien ne répondit pas.

Gabriel s'approcha.

— Clara, ton père biologique n'est pas Victor Delorme.

Je respirai enfin.

— Alors qui est-ce ?

Il posa la main sur sa poitrine.

— Moi.

Le silence devint absolu.

Je secouai lentement la tête.

— Vous mentez.

— J'aurais aimé.

— Mon père s'appelait Gabriel Morel.

— C'était ton père légal.

— Il m'a élevée.

— Oui.

— Il m'aimait.

— Plus que tout.

Une larme coula sur ma joue.

— Alors pourquoi personne ne m'a jamais rien dit ?

Gabriel baissa les yeux.

— Parce que si tu savais que j'étais vivant, tu serais devenue une cible.

Je regardai Julien.

— Vous le saviez ?

Il acquiesça.

— Depuis toujours.

Je me tournai vers Madame Valmont.

— Et vous ?

Elle répondit doucement :

— Depuis quinze ans.

Je sentis une colère immense monter.

— Tout le monde savait sauf moi !

Ma voix résonna dans le sous-sol.

— Vous m'avez tous regardée grandir avec un mensonge dans les yeux !

Gabriel ne répondit pas.

Je le frappai au visage.

Ma main me fit mal.

Il ne réagit pas.

— Voilà pour quinze ans.

Je le frappai une deuxième fois.

— Et ça, pour mon père.

Il accepta le coup.

Puis il dit :

— Tu as raison.

Je levai encore la main.

Mais je n'y arrivai pas.

Je me mis à pleurer.

Gabriel s'approcha.

— Je ne mérite pas ton pardon.

— Alors pourquoi êtes-vous revenu ?

Il regarda la clé USB.

— Parce qu'ils savent que tu l'as.

Je serrai la clé dans ma main.

— Qui ?

Il répondit :

— La Confrérie.

— Je sais déjà.

— Non.

Il secoua la tête.

— Tu ne comprends pas encore.

Il désigna l'ordinateur.

— La Confrérie que ton père combattait il y a quinze ans n'existe plus.

Je fronçai les sourcils.

— Comment ça ?

— Elle a été remplacée.

— Par qui ?

Gabriel me regarda.

— Par des gens qui étaient censés la détruire.

Julien pâlit.

— Les gouvernements.

Gabriel hocha la tête.

— Certains membres des services de renseignement. Certains diplomates. Certains industriels.

Il marqua une pause.

— Et quelques personnes à l'intérieur même du Palais d'Or.

Je regardai autour de moi.

— Qui ?

Gabriel ne répondit pas.

Madame Valmont leva son arme.

— Il faut partir.

— Pourquoi ?

— Parce que cette pièce n'est plus sûre.

Comme pour confirmer ses paroles, un bruit de pas résonna au-dessus de nous.

Plusieurs personnes.

Rapides.

Armées.

Gabriel sortit une arme de sa veste.

— Ils sont déjà là.

Julien regarda l'escalier.

— Combien ?

— Au moins six.

Madame Valmont éteignit l'ordinateur.

— Il y a une sortie secondaire.

— Où ?

— Derrière la cave.

Nous courûmes.

Je suivis Gabriel sans réfléchir.

Nous traversâmes un couloir étroit.

Au-dessus de nous, des coups de feu retentirent.

BANG.

Je sursautai.

Puis un deuxième.

BANG.

Des cris éclatèrent.

Nous atteignîmes une porte blindée.

Madame Valmont entra un code.

Rien.

Elle recommença.

Toujours rien.

— Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je.

— Le système a été piraté.

Gabriel se retourna.

— Écartez-vous.

Il sortit un petit dispositif métallique.

Quelques secondes plus tard, la serrure claqua.

La porte s'ouvrit.

Nous entrâmes dans un tunnel sombre.

L'air sentait l'humidité et la pierre.

— Où mène ce tunnel ? demandai-je.

— À trois rues d'ici.

— Pourquoi existe-t-il ?

Julien répondit :

— Parce que ce restaurant n'a jamais été seulement un restaurant.

Je m'arrêtai.

— Quoi ?

Il continua à marcher.

— Pendant la guerre froide, certains diplomates utilisaient cet endroit pour des réunions clandestines.

Je secouai la tête.

— Et personne ne m'a jamais dit ça ?

Gabriel me regarda.

— On ne t'a jamais dit beaucoup de choses.

Nous avançâmes encore.

Puis un bruit retentit derrière nous.

Un tir.

La balle frappa le mur.

— Courez !

Nous courûmes.

Je n'avais jamais couru aussi vite.

Mes poumons brûlaient.

Mes jambes tremblaient.

Mais je savais que ralentir signifiait mourir.

Nous atteignîmes enfin une grille.

Gabriel la poussa.

Nous débouchâmes dans une petite ruelle.

Une voiture noire nous attendait.

— Montez !

Nous entrâmes.

Gabriel prit le volant.

La voiture démarra brutalement.

Je regardai derrière moi.

Deux hommes sortirent du restaurant.

L'un d'eux leva son arme.

Gabriel accéléra.

Un coup de feu traversa la vitre arrière.

Je me baissai.

— Ils nous suivent !

— Je sais.

Gabriel prit un virage brutal.

La voiture dérapa.

Je me cramponnai à la portière.

— Où allons-nous ?

— Dans un endroit où ils ne nous chercheront pas.

— Où ?

Il me regarda dans le rétroviseur.

— Chez ta mère.

Je me figeai.

— Ma mère est morte.

— Non.

Je cessai de respirer.

— Quoi ?

— Ta mère est vivante.

Je regardai Julien.

Il détourna les yeux.

— Vous saviez aussi ?

— Oui.

Je sentis quelque chose se briser en moi.

— Je vous déteste.

Julien ferma les yeux.

— Je sais.


Une heure plus tard, nous arrivâmes devant une petite maison située à la périphérie de la ville.

Rien de spectaculaire.

Une façade grise.

Un jardin mal entretenu.

Des rideaux blancs.

Gabriel coupa le moteur.

— Elle est là.

Je restai immobile.

— Pourquoi m'avoir fait croire qu'elle était morte ?

Gabriel répondit :

— Parce qu'elle était la seule personne capable de protéger ton identité.

Je sortis de la voiture.

La porte s'ouvrit avant même que nous arrivions.

Une femme âgée apparut.

Elle avait les cheveux blancs.

Les épaules légèrement voûtées.

Mais ses yeux...

Je les reconnus immédiatement.

— Maman ?

Elle porta une main à sa bouche.

— Clara.

Je courus vers elle.

Elle me serra dans ses bras.

Je pleurais.

Elle aussi.

Pendant plusieurs minutes, aucun de nous ne parla.

Puis je la repoussai.

— Pourquoi ?

Elle baissa la tête.

— Je suis désolée.

— Pourquoi m'avoir abandonnée ?

— Je ne t'ai jamais abandonnée.

— Alors pourquoi ?

Elle regarda Gabriel.

— Parce que ton père est mort pour que tu puisses vivre.

— Gabriel ?

Elle hocha la tête.

— Ton père légal.

Je regardai Gabriel.

— Alors toi ?

Ma mère prit une profonde inspiration.

— Gabriel Delorme est ton père biologique.

Je fermai les yeux.

Toutes les pièces du puzzle commençaient à s'assembler.

— Pourquoi mon père légal a-t-il accepté de m'élever ?

Ma mère sourit tristement.

— Parce qu'il t'aimait.

— Et pourquoi toi et Gabriel avez-vous disparu ?

— Parce que la Confrérie nous avait trouvés.

Elle nous fit entrer.

La maison était remplie de livres.

Des dossiers.

Des photographies.

Des cartes.

Un mur entier était couvert de noms.

Je m'approchai.

Certains noms étaient barrés.

D'autres entourés de rouge.

— Qu'est-ce que c'est ?

Ma mère répondit :

— Les membres de la Confrérie.

Je regardai la liste.

Puis un nom attira mon attention.

ÉLISE VALMONT.

Je me retournai.

— Madame Valmont était vraiment l'une des leurs.

Ma mère acquiesça.

— Elle l'était.

— Mais elle travaille maintenant contre eux.

— Peut-être.

Je fronçai les sourcils.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ma mère ne répondit pas.

Gabriel entra dans la pièce.

— Parce que personne ne quitte réellement la Confrérie.

Je me tournai vers lui.

— Vous lui faites confiance ?

Il répondit :

— Non.

Je pensai à la caméra.

À la sauce.

À la façon dont Madame Valmont avait immédiatement su quoi faire.

Puis une autre pensée me traversa.

— Le chef.

Gabriel hocha la tête.

— Antoine Renaud.

— Il travaillait pour la Confrérie.

— Oui.

— Alors pourquoi voulait-il m'accuser ?

— Parce que quelqu'un lui avait ordonné de le faire.

— Qui ?

Gabriel posa un dossier sur la table.

— Nous ne savons pas encore.

J'ouvris le dossier.

Une photo.

Antoine Renaud.

Puis une deuxième.

Il sortait d'une voiture.

Une troisième.

Il rencontrait quelqu'un.

Je rapprochai la photo.

La personne en face de lui était floue.

Mais je reconnus la montre.

La même que celle retrouvée dans la cuisine.

Je regardai Gabriel.

— Qui est cet homme ?

Il resta silencieux.

Ma mère s'approcha.

Elle regarda la photo.

Son visage se vida de ses couleurs.

— Non...

— Maman ?

Elle recula.

— C'est impossible.

— Qui est-ce ?

Elle secoua la tête.

— L'homme qui a tué Gabriel Morel.

Je me figeai.

— Mon père ?

Elle acquiesça.

— Celui que tu croyais mort dans un accident.

Je regardai encore la photo.

L'homme était de dos.

Impossible de voir son visage.

Mais je remarquai quelque chose.

Une bague.

Une bague noire.

Avec un serpent gravé dessus.

Je connaissais cette bague.

Je l'avais déjà vue.

Au doigt d'un homme.

Un homme que j'avais rencontré quelques heures plus tôt.

Je me tournai lentement vers Gabriel.

— Victor Delorme.

Il ne répondit pas.

— C'est lui ?

Gabriel ferma les yeux.

— Oui.

Le frère de Gabriel.

Mon demi-frère.

L'un des hommes les plus puissants du pays.

Et apparemment...

le meurtrier de mon père.


Nous restâmes silencieux pendant plusieurs minutes.

Puis ma mère dit :

— Il y a quelque chose que vous devez savoir.

Je me tournai vers elle.

— Quoi encore ?

Elle posa une vieille boîte métallique sur la table.

Elle l'ouvrit.

À l'intérieur se trouvaient des photographies.

Des lettres.

Un petit carnet.

Et une clé.

— Ton père m'a demandé de garder ça jusqu'au jour où tu découvrirais la vérité.

Je pris le carnet.

La première page portait une phrase.

« La personne que Clara doit craindre n'est pas celle qui veut la tuer. »

Je tournai la page.

« Elle doit craindre celle qui veut la protéger. »

Je levai les yeux.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

Personne ne répondit.

Puis le téléphone de ma mère sonna.

Elle regarda l'écran.

Son visage devint livide.

— Qui est-ce ? demandai-je.

Elle ne répondit pas.

Le téléphone sonna encore.

Puis un message apparut.

Elle me tendit l'appareil.

Un seul texte :

NOUS AVONS TROUVÉ CLARA.

Puis une deuxième notification.

ELLE NE DOIT PAS ATTEINDRE LA CAPITALE.

Je regardai Gabriel.

— Ils savent où nous sommes.

Il hocha la tête.

— Oui.

Puis un troisième message arriva.

Cette fois, mon sang se glaça.

MADAME VALMONT EST AVEC NOUS.

Je reculai.

— Non.

Gabriel me regarda.

— Quoi ?

— Ce n'est pas possible.

— Clara...

Je secouai la tête.

— Elle m'a sauvée.

Gabriel répondit :

— Peut-être.

Je regardai le téléphone.

Un dernier message venait d'arriver.

DEMANDE-LUI POURQUOI ELLE A PLACÉ LA CAMÉRA.

Je cessai de respirer.

La caméra.

La caméra qui avait sauvé ma vie.

La caméra qui avait révélé le chef.

La caméra que Madame Valmont avait braquée sur lui.

Pourquoi l'avait-elle placée là ?

Et surtout...

Pourquoi quelqu'un venait-il de me dire que ce dispositif faisait partie de son plan ?

Je me tournai vers ma mère.

— Il faut retourner au restaurant.

Gabriel secoua immédiatement la tête.

— Non.

— Je dois savoir.

— C'est exactement ce qu'ils veulent.

— Alors nous allons leur donner ce qu'ils veulent.

Il me fixa.

Je serrai le carnet de mon père contre ma poitrine.

— Mais cette fois, c'est nous qui choisirons le terrain.

Au même instant, mon téléphone vibra.

Numéro inconnu.

Une photo venait d'arriver.

Je l'ouvris.

C'était une image prise quelques secondes auparavant.

Moi.

Dans la maison.

Avec ma mère.

Gabriel derrière nous.

Quelqu'un nous observait.

Puis un message apparut :

MINUIT. LE PALAIS D'OR.

VIENS SEULE.

OU TA MÈRE MEURT.

Je relevai lentement les yeux.

Ma mère me regardait.

Elle avait compris.

Je savais que je ne pouvais pas y aller seule.

Mais je savais également une chose.

Quelqu'un dans notre groupe était probablement un traître.

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Et si nous faisions confiance à la mauvaise personne...

nous ne sortirions jamais vivants du Palais d'Or.

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