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CHAPITRE 8 — POURQUOI ELLE M’A LAISSÉE VIVRE

CHAPITRE 8 — POURQUOI ELLE M’A LAISSÉE VIVRE

Le silence tomba sur le quai.

Evelyn se tenait à quelques mètres de nous, parfaitement immobile.

Une longue robe blanche.

Un manteau noir posé sur ses épaules.

Aucune arme visible.

Aucun garde autour d'elle.

Et pourtant, je savais qu'elle était la personne la plus dangereuse de cette station.

Elle souriait.

Pas le sourire chaleureux que je connaissais.

Pas celui qu'elle m'offrait au restaurant.

C'était un sourire froid.

Un sourire de quelqu'un qui avait attendu cette rencontre pendant des années.

— Enfin, Clara.

Je serrai mon arme.

— Ne bougez pas.

Evelyn leva lentement les mains.

— Je ne suis pas venue pour me battre.

Alexandre ricana.

— Tu disais la même chose il y a quinze ans.

Le sourire d'Evelyn disparut.

— Tu as toujours été difficile à contrôler.

— Et toi toujours trop arrogante.

Gabriel se plaça devant moi.

— Pourquoi es-tu ici ?

Evelyn le regarda.

— Pour récupérer ce qui m'appartient.

Je fronçai les sourcils.

— Je ne vous appartiens pas.

Elle me fixa.

— Tu ne comprends pas encore.

— Alors expliquez-moi.

Evelyn fit quelques pas.

— Il y a vingt-six ans, un groupe de scientifiques a découvert quelque chose d'extraordinaire.

Elle marqua une pause.

— Certaines personnes possèdent une capacité neurologique rare leur permettant de mémoriser des quantités incroyables d'informations avec une précision presque parfaite.

Je répondis :

— Ma mémoire.

— Oui.

— Et Alexandre ?

— Ton frère possédait cette capacité à un niveau exceptionnel.

Alexandre serra les dents.

— Et tu as voulu nous transformer en armes.

— Non.

Evelyn le regarda.

— Je voulais vous protéger.

Il éclata de rire.

— Tu nous as enfermés dans un laboratoire.

— Pour vous protéger de ceux qui voulaient vous tuer.

— Tu mens.

Evelyn se tourna vers moi.

— Ton frère a toujours refusé de comprendre.

Je demandai :

— Alors pourquoi m'avoir laissée vivre ?

Elle resta silencieuse.

Puis elle répondit :

— Parce que tu étais différente.

— Différente comment ?

— Tu n'avais pas seulement une mémoire parfaite.

Elle s'approcha.

— Tu pouvais reconstruire ce que tu avais vu.

Je ne comprenais pas.

— Reconstruire ?

— Une scène.

— Un visage.

— Une pièce.

— Une conversation.

Elle marqua une pause.

— Même un événement entier.

Je sentis un frisson.

Des souvenirs me traversèrent.

Le restaurant.

La cuisine.

Le poison.

La sauce.

La caméra.

La montre.

Le couteau.

Tout revenait dans mon esprit.

Je fermai les yeux.

Et soudain...

je revis quelque chose.

Quelque chose que je n'avais pas remarqué.

Dans la cuisine, derrière Antoine Renaud...

un homme.

Debout près de la porte.

Je ne distinguais pas son visage.

Mais je voyais sa main.

Une bague noire.

Le serpent.

Je rouvris les yeux.

— Je me souviens.

Evelyn sourit.

— Je savais que tu finirais par y arriver.

— L'homme derrière Antoine...

— Oui.

— C'était Victor.

Elle secoua la tête.

— Non.

— Alors qui ?

Evelyn ne répondit pas.

Alexandre intervint :

— Quelqu'un de beaucoup plus proche.

Je regardai Gabriel.

Puis ma mère.

Puis Evelyn.

— Qui ?

Evelyn s'approcha encore.

— Ton père.

Je me figeai.

— Lequel ?

Elle regarda Gabriel Morel.

— Lui.

Je secouai immédiatement la tête.

— Non.

Gabriel resta immobile.

— Papa ?

Il ne répondit pas.

— C'est faux.

Evelyn sourit tristement.

— Demande-lui ce qu'il faisait dans la cuisine avant ton arrivée.

Je me tournai vers lui.

— Papa ?

Il ferma les yeux.

— J'y étais.

Mon cœur s'arrêta.

— Pourquoi ?

— Je voulais vérifier quelque chose.

— Quoi ?

Il regarda Evelyn.

— Si elle avait commencé à se souvenir.

Je reculai.

— Vous m'avez tous utilisée.

Gabriel s'approcha.

— Clara, écoute-moi.

— Non !

Je levai mon arme.

— Ne m'approche pas.

Il s'arrêta.

Je sentais les larmes couler sur mon visage.

— Je croyais que tu étais la seule personne qui ne m'avait jamais menti.

Il baissa les yeux.

— Je suis désolé.

— Depuis quand ?

— Depuis le début.

Je secouai la tête.

— Alors pourquoi ?

Gabriel répondit :

— Parce que j'avais peur que si tu retrouvais tes souvenirs trop tôt, ils te tueraient.

— Qui ?

— Tout le monde.

Evelyn intervint.

— Il t'a protégée pendant quinze ans.

Je me tournai vers elle.

— Vous n'avez pas le droit de parler de protection.

— Peut-être.

Elle regarda Alexandre.

— Mais si je n'étais pas intervenue, ton frère serait mort définitivement.

Alexandre devint livide.

— Tu n'as pas le droit de dire ça.

— Pourtant c'est vrai.

Je regardai mon frère.

— Qu'est-ce qu'elle veut dire ?

Il ne répondit pas.

Evelyn continua :

— Alexandre n'est pas mort.

— Je sais.

— Mais il n'est pas revenu intact.

Je fronçai les sourcils.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

Evelyn regarda Alexandre.

— Montre-lui.

Il resta immobile.

— Non.

— Elle doit savoir.

— Non.

— Alexandre...

Il ferma les yeux.

Puis il retira lentement sa veste.

Je vis une longue cicatrice descendre de son cou jusqu'à sa poitrine.

Puis une autre.

Et une troisième.

Des marques anciennes.

Profondes.

Je portai une main à ma bouche.

— Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?

Alexandre répondit :

— Ils ont essayé de m'effacer.

— Comment ?

— Médicaments.

— Isolement.

— Hypnose.

— Manipulation de mémoire.

Il regarda Evelyn.

— Et elle était là.

Je regardai Evelyn avec horreur.

— Vous avez fait ça ?

Elle répondit calmement :

— Je l'ai empêché de mourir.

Alexandre cracha :

— Tu m'as détruit.

— Mais tu es vivant.

— À quel prix ?

Evelyn ne répondit pas.


Soudain, un bruit de moteur retentit.

Des voitures approchaient au-dessus de nous.

Gabriel se retourna.

— Ils sont arrivés.

Evelyn regarda sa montre.

— Plus tôt que prévu.

Alexandre sortit son arme.

— Combien ?

— Une vingtaine.

Je regardai Evelyn.

— Vos hommes ?

Elle secoua la tête.

— Non.

— Alors qui ?

Elle répondit :

— Ceux qui veulent me tuer.

Je ne compris pas.

— Pourquoi quelqu'un voudrait vous tuer ?

Evelyn sourit.

— Parce que je ne leur obéis plus.

Alexandre la regarda.

— Depuis quand ?

— Depuis que j'ai compris qu'ils allaient sacrifier Clara.

Je restai silencieuse.

— Pourquoi me protéger ?

Evelyn s'approcha.

— Parce que j'ai fait une promesse.

— À qui ?

Elle regarda ma mère.

Ma mère détourna les yeux.

— À elle.

Je regardai ma mère.

— Quoi ?

Evelyn expliqua :

— Ta mère m'a demandé de te protéger lorsque tu avais quatre ans.

Je me tournai vers ma mère.

— Tu connaissais Evelyn ?

Elle acquiesça.

— Oui.

— Depuis combien de temps ?

— Avant ta naissance.

Je sentis une nouvelle vague de colère.

— Tout le monde se connaissait avant ma naissance !

Alexandre soupira.

— C'est plus compliqué.

— Non.

Je me retournai vers lui.

— Vous avez tous décidé de ma vie avant même que je puisse parler.

Silence.

— Vous avez choisi où je vivrais.

— Qui serait mon père.

— Ce dont je me souviendrais.

— Ce que je deviendrais.

Je regardai Evelyn.

— Mais vous avez oublié une chose.

Elle leva un sourcil.

— Laquelle ?

Je baissai lentement mon arme.

— Vous ne m'avez jamais demandé ce que je voulais.

Un sourire apparut sur mon visage.

— Maintenant, je vais décider.

Evelyn me regarda longuement.

Puis elle sourit.

— Enfin.


Les portes de la station explosèrent.

Des hommes armés envahirent le quai.

— À couvert !

Nous nous dispersâmes.

Les tirs éclatèrent.

Gabriel riposta.

Alexandre courut vers un escalier.

Ma mère se cacha derrière un pilier.

Evelyn resta au milieu du quai.

Elle ne bougeait pas.

Un homme s'approcha d'elle.

— Vous êtes encerclée.

Elle sourit.

— Je sais.

Il leva son arme.

— Rendez-vous.

Evelyn sortit un petit appareil.

Elle appuya sur un bouton.

Toutes les lumières de la station s'éteignirent.

Puis un bruit sourd retentit.

Les portes métalliques se verrouillèrent.

Les hommes se retrouvèrent enfermés.

Evelyn me regarda.

— Maintenant !

Je courus.

Nous traversâmes un tunnel secondaire.

Alexandre était devant.

Gabriel derrière moi.

Nous atteignîmes une vieille salle technique.

Evelyn ferma la porte.

— Ils ne peuvent pas entrer ici.

Je respirai difficilement.

— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

Evelyn posa une mallette sur la table.

— On révèle la vérité.

Elle ouvrit la mallette.

À l'intérieur se trouvait un ordinateur.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Une copie des archives de la Confrérie.

Alexandre s'approcha.

— Tu les as gardées ?

— Depuis vingt ans.

Gabriel pâlit.

— Pourquoi ?

Evelyn répondit :

— Parce que je savais qu'un jour, nous aurions besoin de les détruire.

Je regardai l'écran.

Des milliers de fichiers.

Des noms.

Des photos.

Des comptes bancaires.

Des enregistrements.

Des ordres d'assassinat.

Et soudain, un dossier apparut.

PROJET ORPHÉE — FAMILLE MOREL.

Je cliquai.

Une vidéo démarra.

Mon père apparut.

Plus jeune.

Il parlait devant une caméra.

— Si cette vidéo est visionnée, cela signifie que Clara a découvert la vérité.

Je sentis mon cœur se serrer.

La vidéo continua.

— Clara, si tu regardes ceci, écoute-moi jusqu'au bout.

Mon père regarda directement la caméra.

— Je ne suis pas mort.

Je regardai Gabriel.

Il ferma les yeux.

La vidéo continua.

— Mais tu dois comprendre une chose. Je ne suis pas celui que tu crois.

Mon cœur s'accéléra.

— La personne qui t'a protégée toutes ces années...

Il marqua une pause.

— ...est aussi celle qui a déclenché le Projet Orphée.

Je regardai ma mère.

Elle était immobile.

La vidéo continua.

— Et cette personne n'est pas Evelyn.

Je me figeai.

— Ce n'est pas Hélène.

— Ce n'est pas Victor.

— Ce n'est même pas la Reine Blanche.

L'écran devint noir.

Puis une dernière phrase apparut :

« C'est quelqu'un qui porte ton sang. »

Je me tournai lentement vers Alexandre.

Il semblait aussi choqué que moi.

— Quelqu'un de notre famille...

Evelyn regarda la porte.

— Nous devons partir.

Je demandai :

— Qui ?

Elle répondit :

— Je ne sais pas.

Puis un bruit retentit.

Trois coups.

À la porte.

Tout le monde se figea.

Trois coups supplémentaires.

Puis une voix.

Une voix que je connaissais.

Une voix qui me fit perdre toute couleur.

— Clara ?

Je cessai de respirer.

Ma mère porta une main à sa bouche.

Gabriel murmura :

— Non...

Alexandre recula.

— Impossible.

La voix derrière la porte reprit :

— Ouvre-moi.

Je regardai ma famille.

Puis la porte.

La voix appartenait à quelqu'un que nous pensions mort.

Quelqu'un qui n'aurait jamais dû être là.

Quelqu'un dont la présence signifiait que toute notre histoire reposait peut-être sur un mensonge.

La poignée commença lentement à tourner.

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Et derrière la porte...

mon autre père attendait.

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