CHAPITRE 6 — LE VISAGE DERRIÈRE LE MASQUE

CHAPITRE 6 — LE VISAGE DERRIÈRE LE MASQUE
Le coup de feu résonna dans le tunnel.
Je n'eus même pas le temps de comprendre ce qui venait de se passer.
Gabriel tomba.
— PAPA !
Je me jetai vers lui.
Mais il me repoussa violemment.
— Ne reste pas là !
Je regardai son torse.
Aucune trace de sang.
La balle avait frappé le mur derrière lui.
Madame Valmont tenait toujours son arme.
Elle souriait.
— Toujours aussi théâtral, Gabriel.
Mon père se releva.
— Toujours aussi lâche, Hélène.
Je me tournai vers elle.
— Hélène ?
Elle retira lentement ses lunettes.
Son visage semblait soudain différent.
Pas physiquement.
Mais quelque chose dans son expression avait changé.
La femme froide et élégante que je connaissais depuis neuf mois avait disparu.
À sa place se trouvait quelqu'un d'autre.
Quelqu'un qui avait attendu ce moment pendant des années.
— Oui, Clara.
Elle abaissa son arme.
— Je m'appelle Hélène Valmont.
— Et Élise ?
— Élise était ma sœur.
Je secouai la tête.
— Vous avez pris son identité.
— Pendant quinze ans.
— Pourquoi ?
Elle regarda Gabriel.
— Demande-lui.
Je me tournai vers mon père.
Il ne répondit pas.
— Papa ?
Il ferma les yeux.
— Parce qu'Élise travaillait avec moi.
— Elle faisait partie de la Confrérie ?
— Non.
Hélène ricana.
— Voilà où il ment encore.
Gabriel se tourna vers elle.
— Tu ne sais rien.
— Je sais tout.
Elle sortit une photo.
Elle me la tendit.
Je la regardai.
Mon père.
Hélène.
Et ma mère.
Tous les trois devant le Palais d'Or.
Au dos :
« Projet Orphée — première phase terminée. »
Je regardai Gabriel.
— Qu'est-ce que c'est ?
Il détourna les yeux.
— Une erreur.
— Une erreur ?
Hélène éclata de rire.
— Ton père n'était pas seulement un enquêteur.
Je sentis mon estomac se nouer.
— Qu'était-il ?
Elle répondit :
— L'un des fondateurs.
Je restai immobile.
— De la Confrérie ?
— Oui.
Je regardai mon père.
— C'est faux.
Il ne répondit pas.
— Papa...
Il murmura :
— C'était avant ta naissance.
Je reculai.
— Tu faisais partie d'eux ?
— Oui.
Le mot me transperça.
Je me sentis trahie.
Encore.
Toujours.
— Pourquoi ?
Mon père s'approcha.
— Parce que je croyais pouvoir changer les choses de l'intérieur.
— Et tu les as changées ?
Il baissa la tête.
— Non.
Hélène intervint.
— Il a essayé de partir.
— Et vous l'en avez empêché ?
— Non.
Elle me regarda.
— Nous avons essayé de le tuer.
Je regardai Gabriel.
— Alors pourquoi est-il vivant ?
Hélène sourit.
— Parce qu'il avait quelque chose que nous voulions.
— Quoi ?
Elle me fixa.
— Toi.
Je reculai.
— Moi ?
— Tu étais la clé du Projet Orphée.
Je secouai la tête.
— Je ne suis personne.
— C'est précisément ce que ton père voulait que tu crois.
Elle sortit un dossier.
— Quand tu étais enfant, tes capacités de mémorisation ont été testées.
— Par qui ?
— Par nous.
— Vous m'avez utilisée ?
— Non.
Elle marqua une pause.
— Ton père t'a utilisée.
Je regardai Gabriel.
Il ne nia pas.
Je sentis les larmes monter.
— Pourquoi ?
Il s'approcha.
— Parce que je savais que la Confrérie allait te chercher.
— Alors tu as fait de moi un outil.
— Non.
— SI !
Ma voix explosa dans le tunnel.
— Tu m'as entraînée sans me dire pourquoi ! Tu m'as fait mémoriser des visages ! Tu m'as appris à détecter des poisons ! Tu savais que j'étais surveillée !
Il baissa la tête.
— Je voulais que tu survives.
— Tu voulais que je sois utile.
Silence.
Hélène sourit tristement.
— Enfin, tu comprends.
Je la regardai.
— Et vous ? Qu'est-ce que vous voulez ?
Elle répondit :
— La même chose que ton père.
— La vérité ?
— Non.
Elle désigna le dossier.
— Le contrôle.
Soudain, une sirène retentit.
Hélène regarda sa montre.
— Nous n'avons plus beaucoup de temps.
Gabriel se tendit.
— Qu'as-tu déclenché ?
— Rien.
Elle sourit.
— C'est eux.
Des pas résonnèrent dans le tunnel.
Beaucoup de pas.
Je regardai Gabriel.
— Qui arrive ?
— L'armée.
Je crus avoir mal entendu.
— L'armée ?
Hélène secoua la tête.
— Pas exactement.
Elle ouvrit une porte latérale.
— Des agents gouvernementaux.
Je reculai.
— Ils travaillent pour la Confrérie ?
— Certains.
— Combien ?
— Assez.
Gabriel attrapa mon bras.
— Il faut partir.
— Et ma mère ?
— Elle vient avec nous.
Nous nous précipitâmes vers la sortie.
Mais Hélène resta derrière.
— Vous ne venez pas ?
Elle sourit.
— Je vous retrouverai.
— Pourquoi vous nous laissez partir ?
Elle répondit :
— Parce que je veux que tu découvres la vérité.
Je fronçai les sourcils.
— Quelle vérité ?
Elle murmura :
— Qui était réellement ta mère.
Puis elle disparut dans l'obscurité.
Nous atteignîmes la maison.
Ma mère était toujours blessée mais consciente.
Elle me regarda.
— Tu as découvert quelque chose.
Je m'assis près d'elle.
— Beaucoup trop.
Elle ferma les yeux.
— Ton père t'a tout dit ?
— Pas tout.
Elle soupira.
— Il ne pouvait pas.
— Pourquoi ?
— Parce que certaines vérités tuent.
Je pris sa main.
— Qui est réellement Hélène Valmont ?
Ma mère se figea.
— Tu l'as rencontrée ?
— Oui.
— Alors elle sait.
— Quoi ?
Ma mère regarda Gabriel.
— Elle sait qui tu es.
Je fronçai les sourcils.
— Qui je suis ?
Elle hocha la tête.
— Tu n'es pas simplement la fille de Gabriel.
Je regardai mon père.
— Qu'est-ce que ça signifie ?
Ma mère inspira profondément.
— Ton existence était prévue.
Je restai silencieuse.
— Comment ça ?
— Avant ta naissance, la Confrérie cherchait à créer une personne capable de mémoriser et de reproduire des informations complexes sans laisser de trace.
Je sentis un frisson.
— Ils voulaient créer une arme humaine ?
— Non.
Elle secoua la tête.
— Ils voulaient créer un témoin parfait.
Je ne comprenais pas.
— Un témoin ?
Gabriel intervint.
— Quelqu'un capable de voir une personne une seule fois et de ne jamais oublier son visage.
Je regardai mes mains.
— Moi.
— Oui.
Ma mère continua :
— Mais le projet a échoué.
— Pourquoi ?
— Parce que les scientifiques ne savaient pas comment reproduire ce phénomène.
Elle me regarda.
— Puis ils ont découvert que certaines personnes naissaient naturellement avec cette capacité.
— Et j'en faisais partie.
— Oui.
Je compris soudain.
— Ils voulaient m'utiliser pour identifier les membres de la Confrérie.
Gabriel hocha la tête.
— Exactement.
— Alors pourquoi mon père a-t-il voulu me cacher ?
— Parce qu'il a découvert ce que la Confrérie comptait faire de toi.
Je fermai les yeux.
— Ils voulaient m'enfermer.
— Oui.
— Me tester.
— Oui.
— Peut-être me tuer si je refusais.
— Oui.
Je me levai.
— Alors pourquoi ne m'avoir jamais dit la vérité ?
Gabriel me regarda.
— Parce qu'un enfant ne devrait pas vivre avec la peur d'être une cible.
Je me tournai vers lui.
— Mais maintenant, je suis adulte.
Il acquiesça.
— Maintenant tu dois décider ce que tu veux faire de cette vérité.
Je regardai le dossier.
— Je veux les arrêter.
Mon père secoua la tête.
— C'est dangereux.
— Ils ont essayé de tuer ma mère.
— Je sais.
— Ils ont détruit notre famille.
— Je sais.
— Ils ont tué des gens.
— Je sais.
Je pris une profonde inspiration.
— Alors je ne vais plus courir.
Gabriel me fixa.
Pour la première fois, il sourit.
— C'est exactement ce que je voulais entendre.
À l'aube, nous retournâmes discrètement au Palais d'Or.
La police encerclait déjà le bâtiment.
Mais personne ne savait que nous avions une entrée secrète.
Nous descendîmes dans les sous-sols.
L'endroit était ravagé.
Les archives avaient brûlé.
Les dossiers étaient détruits.
Mais quelque chose avait survécu.
Le vieux piano.
Mon père s'approcha.
Il passa la main sous le clavier.
Puis il sortit une petite enveloppe.
— Qu'est-ce que c'est ?
— La dernière pièce du puzzle.
Je l'ouvris.
À l'intérieur se trouvait une photographie.
Je regardai le visage.
Je cessai de respirer.
C'était moi.
Mais j'avais environ six ans.
À côté de moi se tenait un homme.
Je ne le connaissais pas.
Mais quelque chose dans son visage me semblait familier.
Au dos :
« Rencontre avec le sujet 17 — témoin principal : Alexandre Morel. »
Je regardai mon père.
— Qui est Alexandre ?
Il pâlit.
— Ton frère.
Je fronçai les sourcils.
— J'ai un frère ?
— Tu avais un frère.
— Où est-il ?
Mon père resta silencieux.
— Papa.
Il ferma les yeux.
— Il est mort.
Je regardai la photo.
— Quand ?
— La même année que toi.
Je relevai brusquement la tête.
— Mais j'étais fille unique.
— C'est ce qu'on t'a fait croire.
Je sentis mes mains devenir froides.
— Pourquoi ?
Mon père répondit :
— Parce qu'Alexandre était le premier sujet du Projet Orphée.
Je regardai la photographie.
Un garçon d'environ dix ans.
Il me ressemblait.
Même yeux.
Même forme du visage.
Même expression.
— Alors pourquoi moi ?
Gabriel répondit :
— Parce qu'Alexandre avait quelque chose que tu n'avais pas.
— Quoi ?
— Il se souvenait de tout.
Je restai immobile.
— Absolument tout.
Il marqua une pause.
— Chaque visage.
Chaque conversation.
Chaque chiffre.
Chaque voix.
— Alors pourquoi est-il mort ?
Mon père me regarda.
— Parce qu'il s'est souvenu du visage de la Reine Blanche.
Je sentis mon cœur s'arrêter.
— Il savait qui elle était ?
— Oui.
— Qui ?
Mon père hésita.
Puis il prononça un nom.
Je crus que j'allais tomber.
— Ta mère.
Je regardai la femme assise dans la pièce voisine.
Ma mère.
La femme qui m'avait élevée.
La femme que j'avais retrouvée après quinze ans.
La femme que j'étais prête à protéger.
— Non.
Mon père répéta :
— La Reine Blanche est ta mère.
Je reculai.
— Tu mens.
— Non.
Je regardai ma mère.
Elle nous observait.
Elle ne pleurait pas.
Elle ne semblait pas surprise.
Elle se leva lentement.
— Ton père ne devait pas te le dire maintenant.
Je la regardai.
— Alors c'est vrai ?
Elle ne répondit pas.
— Maman...
Elle ferma les yeux.
— Oui.
Le monde s'écroula une nouvelle fois.
Ma mère était la Reine Blanche.
La femme que tout le monde cherchait.
La femme qui contrôlait peut-être la Confrérie.
La femme qui avait menacé des gouvernements.
La femme responsable de tant de morts.
Je sortis lentement mon arme.
— Depuis combien de temps ?
Elle me regarda.
— Depuis avant ta naissance.
Je tremblais.
— Pourquoi m'avoir protégée ?
Elle répondit :
— Parce que tu es ma fille.
— Et Alexandre ?
Son visage se fissura.
— Alexandre était mon fils.
— Alors pourquoi l'avoir laissé mourir ?
Elle ne répondit pas.
Je compris.
Elle n'avait peut-être pas voulu sa mort.
Mais elle savait.
Elle avait laissé le projet continuer.
Je pointai mon arme.
— Tu as tué mon frère.
Une larme coula sur sa joue.
— Non.
Elle me regarda.
— Ton frère est vivant.
Je cessai de respirer.
— Quoi ?
Elle sourit.
Puis derrière elle, une porte s'ouvrit.
Un homme entra.
Je regardai son visage.
Même yeux.
Même cicatrice.
Même sourire que sur la photographie.
Je reconnus immédiatement son visage.
Alexandre.
Mon frère.
Il me regarda.
— Bonjour, petite sœur.
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Puis il ajouta :
— Maintenant que tu es enfin là, nous pouvons commencer la vraie partie.