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CHAPITRE 10 — LE JUMEAU CACHÉ

CHAPITRE 10 — LE JUMEAU CACHÉ

Le train était plongé dans l'obscurité.

Je n'entendais plus que ma propre respiration.

Puis une petite lumière s'alluma au-dessus de l'homme.

Son visage apparut.

Je regardai Alexandre.

Puis l'inconnu.

Même regard.

Même mâchoire.

Même cicatrice au-dessus du sourcil gauche.

Je reculai instinctivement.

— Qui êtes-vous ?

L'homme me regarda.

— Tu connais déjà mon nom.

— Non.

Il sourit.

— Pourtant, ton cerveau s'en souvient.

Je secouai la tête.

— Je ne vous ai jamais vu.

— Pas consciemment.

Alexandre fit un pas vers lui.

— Tu es mort.

L'homme répondit calmement :

— C'est ce qu'on t'a fait croire.

— J'ai assisté à ton enterrement.

— Ce n'était pas mon enterrement.

Alexandre resta immobile.

— Alors à qui ?

L'homme sourit.

— À personne.

Un silence glacial tomba dans le wagon.

Ma mère murmura :

— Adrien...

Je me tournai brusquement vers elle.

— Tu connais son nom ?

Elle ferma les yeux.

— Oui.

Je sentis la colère revenir.

— Encore un mensonge.

Elle me regarda.

— Clara...

— Non !

Je me levai.

— Je veux tout savoir.

Adrien me fixa.

— Alors asseyez-vous.

— Pourquoi ?

— Parce que cette histoire va être longue.

Il prit place.

Puis il regarda Alexandre.

— Nous sommes nés à trois minutes d'intervalle.

Je fronçai les sourcils.

— Trois ?

Alexandre ne répondit pas.

Adrien continua :

— Alexandre est né le premier.

— Moi ensuite.

Il me regarda.

— Et toi...

Il marqua une pause.

— Tu es née quelques années plus tard.

Je regardai ma mère.

— Pourquoi personne ne m'a jamais parlé d'Adrien ?

Elle répondit :

— Parce qu'il n'était pas censé exister.

Je fronçai les sourcils.

— Comment un enfant peut-il ne pas être censé exister ?

Adrien répondit :

— Parce que je suis né dans le laboratoire.

Je me figeai.

— Quoi ?

— Je n'ai pas été enregistré.

— Aucun certificat.

— Aucun acte de naissance.

— Aucun dossier médical officiel.

Il sourit tristement.

— Pour le gouvernement, je n'ai jamais existé.

Je regardai Alexandre.

— Et toi ?

— Moi, j'étais l'enfant officiel.

Adrien acquiesça.

— Alexandre avait une identité.

— Moi, j'avais une fonction.

Je demandai :

— Quelle fonction ?

Adrien me regarda droit dans les yeux.

— Me souvenir de ce qu'ils voulaient oublier.


Le train redémarra.

Lentement.

Le paysage souterrain défilait derrière les fenêtres.

Adrien sortit une tablette.

Il ouvrit un fichier.

Une photographie apparut.

Trois enfants.

Alexandre.

Adrien.

Et moi.

Nous étions assis devant une table.

J'avais environ cinq ans.

Alexandre en avait dix.

Adrien aussi.

Je fixai la photo.

Une sensation étrange me traversa.

Une odeur de désinfectant.

Une lumière blanche.

Un homme en blouse.

Une porte métallique.

Et une voix.

« Sujet 17, regardez-moi. »

Je fermai les yeux.

— Je me souviens.

Adrien sourit.

— Quoi ?

— Le laboratoire.

Alexandre s'approcha.

— Qu'est-ce que tu vois ?

— Nous trois.

— Et après ?

Je portai une main à ma tête.

— Une femme.

— Qui ?

— Je ne sais pas.

Je me concentrai.

La scène devint plus nette.

Une femme en blouse blanche.

Elle tenait un dossier.

Puis elle disait :

« Ne leur dites jamais qu'ils sont trois. »

J'ouvris les yeux.

Adrien me regardait avec gravité.

— Tu viens de retrouver ton premier souvenir interdit.

— Pourquoi nous cacher qu'on était trois ?

Il répondit :

— Parce que le Projet Orphée n'avait pas besoin d'un enfant exceptionnel.

Il regarda Alexandre.

— Il en fallait trois.

Puis il me regarda.

— Un pour mémoriser.

Il regarda Alexandre.

— Un pour reconstruire.

Puis il se désigna.

— Et un pour oublier.

Je fronçai les sourcils.

— Oublier ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Adrien répondit :

— Parce qu'une personne qui sait tout devient impossible à contrôler.

Il marqua une pause.

— Alors ils ont créé quelqu'un capable d'effacer les souvenirs des autres.

Je cessai de respirer.

— C'était toi ?

Adrien hocha la tête.

— Oui.

Je regardai Alexandre.

— Tu savais ?

— Non.

— Alors pourquoi ?

Adrien répondit :

— Parce que même mon frère ne devait pas savoir.


Le train s'arrêta.

Les portes s'ouvrirent.

Un long couloir éclairé par des néons s'étendait devant nous.

Des hommes et des femmes en vêtements noirs nous observaient.

Aucune arme visible.

Mais tous portaient une petite broche argentée.

Un symbole.

Une étoile entourée d'un cercle.

Adrien descendit.

— Bienvenue chez Astra.

Je regardai ma mère.

— Tu connaissais cet endroit ?

Elle hocha la tête.

— Oui.

— Tu y es déjà venue ?

— Plusieurs fois.

Je me tournai vers Gabriel.

— Et toi ?

Il répondit :

— Une fois.

Je soupirai.

— Évidemment.

Nous avançâmes.

Au bout du couloir, une immense porte s'ouvrit.

Derrière se trouvait une salle circulaire.

Des écrans couvraient les murs.

Des centaines de dossiers numériques défilaient.

Des cartes.

Des visages.

Des noms.

Des gouvernements.

Des entreprises.

Des organisations.

Astra n'était pas une petite cellule clandestine.

C'était un réseau mondial.

Je regardai Adrien.

— Combien êtes-vous ?

— Officiellement ?

Il sourit.

— Zéro.

— Et réellement ?

— Environ huit mille.

Je restai sans voix.

— Huit mille personnes ?

— Dans cinquante-deux pays.

Gabriel murmura :

— Ils ont toujours été plus puissants que nous.

Adrien acquiesça.

— Parce que vous contrôliez les institutions.

— Nous contrôlions le pouvoir.

— Nous contrôlions l'information.

Je compris.

La Confrérie contrôlait les hommes.

Astra contrôlait ce que les hommes savaient.


Une femme apparut au bout de la salle.

Elle avait environ cinquante ans.

Cheveux gris.

Costume sombre.

Visage impassible.

Elle s'approcha.

Tous les membres d'Astra se redressèrent.

Adrien baissa la tête.

Alexandre fit de même.

Ma mère resta immobile.

Gabriel murmura :

— Non...

La femme s'arrêta devant nous.

— Clara.

Je la regardai.

— Qui êtes-vous ?

Elle sourit.

— La seule personne qui ait connu toute ton histoire avant même ta naissance.

Je me raidis.

— Vous êtes la chef d'Astra ?

— Oui.

— Votre nom ?

Elle répondit :

— Marianne Voss.

Je connaissais ce nom.

Tout le monde le connaissait.

Ancienne diplomate.

Ancienne conseillère internationale.

Disparue depuis douze ans.

Officiellement morte dans un accident d'avion.

Je regardai Gabriel.

— Elle était morte.

Marianne sourit.

— Décidément, votre famille aime beaucoup les morts qui reviennent.

Alexandre demanda :

— Pourquoi nous avoir amenés ici ?

Marianne regarda Clara.

— Pas pour vous.

— Alors pour qui ?

— Pour elle.

Elle me désigna.

Je me sentis immédiatement sur mes gardes.

— Qu'est-ce que vous voulez ?

Marianne répondit :

— Que tu te souviennes.

— De quoi ?

— De la nuit où ton frère a disparu.

Alexandre pâlit.

— Elle était là ?

— Oui.

— Elle a vu ce qui s'est passé ?

— Oui.

Je regardai Marianne.

— Je ne me souviens de rien.

— C'est précisément le problème.

Elle fit signe.

Les écrans s'éteignirent.

Puis une vidéo apparut.

Je me vis enfant.

J'avais environ six ans.

Alexandre était à côté de moi.

Adrien se tenait derrière.

Un homme entrait dans la pièce.

Je ne voyais pas son visage.

Mais je connaissais sa voix.

Je me penchai vers l'écran.

— Cette voix...

Marianne demanda :

— Tu la reconnais ?

Je fermai les yeux.

La voix répétait :

« Ils ne doivent jamais découvrir qu'il existe un quatrième sujet. »

Je me tournai vers Adrien.

— Quatrième ?

Il ne répondit pas.

Alexandre recula.

— Ce n'est pas possible.

Marianne arrêta la vidéo.

— Le Projet Orphée n'avait pas trois sujets.

Elle regarda chacun de nous.

— Il en avait quatre.

Je sentis mon cœur accélérer.

— Qui est le quatrième ?

Marianne répondit :

— Nous ne savons pas.

Je fronçai les sourcils.

— Vous êtes Astra. Vous savez tout.

— Non.

Elle marqua une pause.

— Le quatrième sujet a été effacé de toutes les archives.

Adrien murmura :

— Par la Reine Blanche.

Je regardai ma mère.

Elle était devenue blanche.

— Maman ?

Elle ne répondit pas.

Marianne la fixa.

— Tu savais.

Ma mère baissa les yeux.

— Oui.

Je reculai.

— Qui est le quatrième sujet ?

Ma mère me regarda.

Ses yeux étaient remplis de larmes.

— Ton père.

Je me figeai.

— Gabriel ?

Elle secoua la tête.

— Non.

Je compris.

— Mon autre père...

Marianne acquiesça.

— Celui que tu croyais mort.

Le sang quitta mon visage.

— Mon père biologique ?

— Oui.

Je regardai Gabriel.

— Alors qui est-il ?

Avant qu'il puisse répondre, tous les écrans de la salle s'allumèrent simultanément.

Une image apparut.

Un homme âgé.

Le même homme que nous avions vu dans la station.

Mon grand-père.

Mais cette fois, il n'était pas seul.

À côté de lui se tenait une femme.

Je la reconnus immédiatement.

Evelyn.

Puis un troisième visage apparut.

Je cessai de respirer.

C'était le visage d'un homme que je connaissais depuis mon enfance.

Un homme que j'avais toujours appelé oncle Richard.

Je murmurai :

— Non...

Alexandre se retourna vers moi.

— Tu le connais ?

Je hochai lentement la tête.

— Il était présent à tous mes anniversaires.

Marianne répondit :

— Parce qu'il ne te surveillait pas.

Elle marqua une pause.

— Il te gardait.

Je sentis mes jambes trembler.

— Pourquoi ?

Marianne regarda l'écran.

— Parce que ton oncle Richard est le quatrième sujet.

Le silence fut total.

Puis une phrase apparut sur tous les écrans :

SUJET 04 — ACTIVATION DANS 00:17:32

Je regardai Marianne.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle répondit :

— Cela signifie qu'il vient de se réveiller.

— Et quand il se réveillera complètement ?

Marianne me fixa.

— Il commencera à effacer la mémoire de tous ceux qui connaissent la vérité.

Je regardai Alexandre.

Puis Adrien.

Puis ma mère.

Et soudain, je compris pourquoi mon grand-père n'avait pas essayé de nous tuer.

Pourquoi Astra nous avait conduits ici.

Pourquoi Evelyn m'avait protégée.

Pourquoi ma mère avait effacé mes souvenirs.

Ils n'avaient jamais eu peur que je me souvienne.

Ils avaient peur de ce que lui pouvait faire si je me souvenais trop.

Un compte à rebours apparut sur l'écran.

00:16:58

Marianne se tourna vers moi.

— Clara, il ne nous reste que seize minutes.

— Pour faire quoi ?

Elle répondit :

— Pour retrouver ton souvenir le plus dangereux.

— Lequel ?

Elle me regarda droit dans les yeux.

— Le souvenir de la nuit où tu as découvert qui était réellement la Reine Blanche.

Je déglutis.

— Et si je n'y arrive pas ?

Marianne baissa la voix.

— Alors ton oncle effacera ta mémoire.

— Et après ?

Elle fixa l'écran.

— Après toi, il effacera celle de toute ta famille.

Le compte à rebours continua.

00:16:21

Puis une dernière image apparut.

Une photo de moi enfant.

À côté de moi se trouvait Richard.

Il me tenait la main.

Mais derrière nous...

se tenait un quatrième enfant.

Un garçon que je n'avais jamais vu.

Un garçon qui me ressemblait exactement.

Je murmurai :

— Il y en avait vraiment quatre...

Adrien pâlit.

— Clara...

Je me tournai vers lui.

— Quoi ?

Il regardait la photographie avec terreur.

— Ce garçon...

Il recula.

— Ce n'est pas le quatrième sujet.

Je fronçai les sourcils.

— Alors qui est-ce ?

Adrien murmura :

— C'est le premier.

Et soudain, toutes les lumières s'éteignirent.

Dans l'obscurité, une voix d'enfant résonna derrière moi :

— Grande sœur...

Je me retournai.

— Clara...

La voix murmura :

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— Tu m'as promis de ne jamais m'oublier.

À SUIVRE — CHAPITRE 11 : L'ENFANT QUE TOUT LE MONDE AVAIT OUBLIÉ

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