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CHAPITRE 7 — MON FRÈRE ÉTAIT VIVANT

CHAPITRE 7 — MON FRÈRE ÉTAIT VIVANT

« Bonjour, petite sœur. »

Ces trois mots suffirent à faire disparaître tout le reste.

Le bruit de la ville.

Les sirènes au loin.

Les respirations de mon père.

Même le battement de mon propre cœur.

Je ne voyais plus que cet homme.

Alexandre.

Mon frère.

Le garçon dont on m'avait dit qu'il était mort quinze ans plus tôt.

Il se tenait à quelques mètres de moi, vêtu d'un long manteau noir. Son visage avait changé, bien sûr. Il était devenu adulte. Plus dur. Plus froid.

Mais ses yeux étaient exactement les mêmes que sur la photographie.

Les mêmes que les miens.

Je baissai lentement mon arme.

— Alexandre ?

Il sourit.

— Tu te souviens de moi ?

Je secouai la tête.

— Je ne devrais pas.

— Non.

Il fit un pas vers moi.

— Ils ont effacé tes souvenirs.

Je regardai ma mère.

— Elle savait.

— Oui.

— Papa savait.

— Oui.

Je me tournai vers Gabriel.

— Et vous m'avez tous menti.

Personne ne répondit.

Alexandre s'approcha encore.

— Ce n'était pas pour te faire du mal.

Je ris nerveusement.

— Vous avez une drôle de façon de protéger quelqu'un.

Il baissa les yeux.

— Tu as raison.

Je levai mon arme.

— Alors donne-moi une seule raison de ne pas te tirer dessus.

Alexandre me regarda droit dans les yeux.

— Parce que je ne suis pas ton ennemi.

— Tu es membre de la Confrérie.

— Oui.

— Tu as travaillé pour eux.

— Oui.

— Tu connaissais la Reine Blanche.

— Oui.

— Et tu as laissé croire que tu étais mort.

— Oui.

— Alors tu es exactement ce que je déteste.

Il resta silencieux.

Puis il sortit quelque chose de sa poche.

Une petite voiture rouge en métal.

Je me figeai.

Un souvenir traversa mon esprit.

Un garçon riait dans un jardin.

Une femme nous regardait depuis une terrasse.

J'avais quatre ans.

Le garçon me tendait une petite voiture.

— « Elle est à toi maintenant. »

Je clignai des yeux.

La pièce revint.

Alexandre tenait toujours le jouet.

— Tu te souviens ?

Je murmurai :

— Le jardin...

Il sourit.

— Oui.

— Tu me poussais sur une balançoire.

— Et tu pleurais quand je te poussais trop haut.

Une deuxième image apparut.

Moi.

Lui.

Un gâteau d'anniversaire.

Des ballons.

Mon père.

Ma mère.

Nous quatre.

Une famille heureuse.

Je portai une main à ma tête.

— Pourquoi je ne me souviens pas ?

Alexandre répondit :

— Parce que maman a demandé aux médecins de supprimer les souvenirs les plus dangereux.

Je regardai ma mère.

— Pourquoi ?

Elle s'approcha.

— Parce qu'après la mort de ton père légal, ils voulaient te retrouver.

— Qui ?

— Tous ceux qui avaient peur d'Alexandre.

Je regardai mon frère.

— Pourquoi avaient-ils peur de toi ?

Il répondit :

— Parce que je connaissais les noms.

— Quels noms ?

Il sourit.

— Les noms de ceux qui dirigent réellement le pays.

Je fronçai les sourcils.

— La Confrérie contrôle le gouvernement ?

— Une partie.

— Des présidents ?

— Certains.

— Des ministres ?

— Beaucoup.

— Des juges ?

Il hésita.

— Certains.

Je reculai.

— Alors pourquoi personne ne les arrête ?

Alexandre répondit :

— Parce que personne ne sait qui ils sont.

Je regardai le dossier.

— Sauf toi.

— Et maintenant, toi.

Je serrai les dents.

— Qu'est-ce que tu veux de moi ?

Son sourire disparut.

— Que tu m'aides à les détruire.


Une porte claqua derrière nous.

Gabriel se retourna.

— Nous devons partir.

Alexandre acquiesça.

— Ils arrivent.

— Qui ?

— Ceux qui ont suivi Clara.

Ma mère se leva.

— Combien ?

— Une dizaine.

Gabriel regarda sa montre.

— Il nous reste combien de temps ?

— Deux minutes.

Je regardai Alexandre.

— Comment sais-tu tout ça ?

Il répondit :

— Parce que je les ai vus entrer.

— Où ?

Il pointa vers les caméras.

— Ils sont partout.

Je levai les yeux.

Les petites lumières rouges clignotaient dans le plafond.

Je compris soudain.

Nous étions observés depuis le début.

Une voix sortit des haut-parleurs.

— Clara.

Je me figeai.

La voix était masculine.

— Tu as enfin retrouvé ton frère.

Alexandre devint livide.

— Non...

— Alexandre.

Mon frère serra les poings.

— Tu as toujours été trop sentimental.

Je demandai :

— Qui parle ?

Alexandre murmura :

— Victor.

La voix continua.

— Vous avez exactement trois minutes pour sortir du bâtiment.

Je regardai ma mère.

— Sinon ?

La voix répondit :

— Sinon, nous détruisons le Palais d'Or.

Gabriel pâlit.

— Il y a des civils à l'extérieur.

— C'est précisément le but.

Je compris.

Ils voulaient créer un massacre.

Puis ils pourraient nous faire porter la responsabilité.

Une explosion retentit au-dessus de nous.

Le plafond trembla.

Des morceaux de plâtre tombèrent.

— Maintenant ! cria Alexandre.

Nous courûmes.


Le tunnel secret nous conduisit jusqu'à une ancienne station de métro désaffectée.

L'air était humide.

Les murs étaient couverts de graffitis.

Nous nous arrêtâmes quelques secondes.

Ma mère respirait difficilement.

Je m'approchai d'elle.

— Tu savais qu'Alexandre était vivant.

— Oui.

— Depuis combien de temps ?

— Douze ans.

Je fermai les yeux.

— Douze ans...

Elle baissa la tête.

— Je voulais te le dire.

— Mais tu ne l'as pas fait.

— J'avais peur.

— De quoi ?

Elle me regarda.

— De ce que tu deviendrais si tu savais.

Je secouai la tête.

— Je suis déjà devenue quelqu'un que je ne reconnais plus.

Alexandre intervint.

— Elle avait raison sur une chose.

Je me tournai vers lui.

— Quoi ?

— Si tu avais su la vérité plus tôt, tu serais morte.

— Et maintenant ?

— Maintenant, tu es assez forte.

Je le regardai.

— Pourquoi as-tu attendu quinze ans pour revenir ?

Il baissa les yeux.

— Parce que je pensais que tu me détesterais.

— Tu es mon frère.

— Mais je suis aussi celui qui t'a effacée de sa vie.

Je restai silencieuse.

Il poursuivit :

— Quand j'ai compris que la Confrérie voulait utiliser ta mémoire, j'ai accepté de disparaître.

— Tu étais volontaire ?

— Oui.

— Tu as laissé tout le monde croire que tu étais mort ?

— Oui.

— Même moi.

— Surtout toi.

Je ne trouvais plus rien à dire.

Soudain, Gabriel posa une main sur mon épaule.

— Il faut continuer.

Nous avancions dans le tunnel lorsqu'Alexandre s'arrêta.

— Attendez.

Il regardait le sol.

— Quoi ?

Il s'accroupit.

Une petite lumière rouge clignotait entre les rails.

— Microphone.

Il le détruisit.

— Ils nous écoutent.

Je regardai autour de moi.

— Comment savoir où ils sont ?

Alexandre répondit :

— On ne peut pas.

Puis il sourit.

— Mais je sais comment les faire venir.

Il sortit son téléphone.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Je leur donne une fausse information.

Il tapa rapidement.

Puis il montra l'écran.

Un message avait été envoyé à un numéro inconnu.

LA LISTE EST À LA GARE CENTRALE.

Je fronçai les sourcils.

— Ils vont y aller ?

— Oui.

— Comment le sais-tu ?

— Parce qu'ils ont besoin de cette liste.

Gabriel intervint.

— Et s'ils ne mordent pas à l'hameçon ?

Alexandre sourit.

— Alors ils enverront quelqu'un qu'on connaît.

Une minute plus tard, son téléphone vibra.

Il regarda l'écran.

Son sourire disparut.

— Quoi ?

Il me tendit le téléphone.

Un message :

RENDEZ-VOUS À LA GARE CENTRALE.

APPORTEZ CLARA.

NOUS PRENDRONS SA MÈRE EN ÉCHANGE.

Je levai les yeux.

— Ils ont ma mère.

Alexandre répondit :

— Non.

— Quoi ?

— C'est justement ça.

Il agrandit la photo jointe.

Je regardai attentivement.

Ma mère était attachée sur une chaise.

Mais derrière elle, il y avait une horloge.

Je me concentrai.

Les aiguilles indiquaient 22 h 15.

Je regardai ma montre.

Il était 4 h 30 du matin.

La photo était ancienne.

— Ils bluffent.

Alexandre acquiesça.

— Ils n'ont pas maman.

Je me tournai vers lui.

— Alors où est-elle ?

Il sourit.

— Juste derrière nous.

Nous nous retournâmes.

Ma mère se tenait à quelques mètres.

Je courus vers elle.

— Tu vas bien ?

Elle acquiesça.

— Oui.

Puis elle regarda Alexandre.

— Tu as compris.

— Oui.

— Alors ils savent que nous avons découvert la vérité.

Alexandre hocha la tête.

— Ils savent aussi que Clara peut les identifier.

Je demandai :

— Qui doit-elle identifier ?

Ma mère répondit :

— Le véritable chef.

— La Reine Blanche ?

Elle secoua la tête.

— Non.

Je me figeai.

— Alors qui ?

Ma mère regarda Alexandre.

Il murmura :

— Celui qui contrôle la Reine Blanche.

Je sentis un frisson.

— Il existe quelqu'un au-dessus d'elle ?

— Oui.

— Qui ?

Alexandre sortit une dernière photo.

Il me la donna.

Je regardai.

Une réception officielle.

Des dizaines de personnes.

Présidents.

Ministres.

Ambassadeurs.

Industriels.

Et au centre...

un homme âgé.

Je connaissais son visage.

Tout le pays le connaissait.

Je murmurai :

— Le président du Sénat.

Alexandre acquiesça.

— Exact.

— Il dirige la Confrérie ?

— Non.

Je regardai son visage.

— Alors qui ?

Alexandre pointa une personne derrière lui.

Une femme.

Cheveux courts.

Robe blanche.

Elle souriait.

Je connaissais ce sourire.

Je reculai.

— Non...

Alexandre me regarda.

— Tu la reconnais.

Je ne pouvais plus respirer.

La femme derrière le président du Sénat était...

Evelyn Carter.

Ma patronne.

La femme qui m'avait engagée au Palais d'Or.

La femme qui avait découvert mon talent.

La femme qui m'avait toujours protégée.

Je murmurai :

— Elle savait.

Alexandre répondit :

— Depuis le début.

Je secouai la tête.

— Pourquoi m'avoir recrutée ?

Il me regarda.

— Parce qu'elle voulait savoir si tu avais retrouvé ta mémoire.

Un silence.

Puis mon téléphone vibra.

Un nouveau message.

TU AS CINQ MINUTES.

VIENS SEULE.

ET CETTE FOIS, NE FAIS CONFIANCE À PERSONNE.

Je regardai ma famille.

Puis le message.

Et soudain, une dernière pensée me traversa.

Si Evelyn savait tout...

alors elle savait aussi que nous avions découvert son identité.

Je relevai les yeux.

— Elle va venir nous chercher.

Alexandre sourit froidement.

— Non.

Il chargea son arme.

— Cette fois, c'est nous qui allons la chercher.

Au loin, un train abandonné se mit soudain à démarrer.

Et sur le quai désert, une silhouette apparut.

Une femme en blanc.

Evelyn.

Elle nous regardait.

Et elle applaudissait lentement.

— Enfin, Clara.

Elle sourit.

— Tu as retrouvé toute ta famille.

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Puis elle ajouta :

— Maintenant, il est temps de découvrir pourquoi je t'ai laissée vivre.

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