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CHAPITRE 9 — L’HOMME DERRIÈRE LA PORTE

CHAPITRE 9 — L’HOMME DERRIÈRE LA PORTE

La poignée continua de tourner.

Lentement.

Très lentement.

Personne ne respirait.

Je regardai Gabriel.

Son visage était devenu complètement livide.

— Qui est-ce ? demandai-je.

Il ne répondit pas.

— Papa ?

Toujours rien.

Alexandre recula d'un pas.

Même Evelyn semblait avoir perdu son assurance.

Puis la voix derrière la porte retentit :

— Clara… ouvre.

Je connaissais cette voix.

Je l'avais entendue pendant mon enfance.

Dans mes rêves.

Dans mes souvenirs.

Dans les enregistrements que mon père avait laissés.

Mais quelque chose était différent.

Elle semblait plus grave.

Plus froide.

Je murmurai :

— C'est impossible.

Gabriel s'approcha de la porte.

— Ne l'ouvre pas.

— Pourquoi ?

— Parce que ce n'est pas lui.

La voix répondit immédiatement :

— Gabriel… tu mens toujours aussi mal.

Mon père recula.

Alexandre le regarda.

— Tu le connais.

— Oui.

— Qui est-ce ?

Gabriel ferma les yeux.

— Alexandre…

— Qui ?

Il répondit enfin :

— Notre père.

Je me figeai.

— Ton père ?

— Oui.

Je regardai Alexandre.

Puis la porte.

— Ton grand-père est vivant ?

Alexandre ne répondit pas.

Je posai la main sur ma bouche.

— Mais on m'a dit qu'il était mort il y a vingt ans.

Gabriel murmura :

— C'est ce que nous voulions que tout le monde croie.

La porte trembla.

— Clara !

Cette fois, la voix était plus forte.

— Ne crois personne dans cette pièce.

Je regardai ma mère.

Elle pleurait.

— Maman ?

Elle secoua la tête.

— Ne lui ouvre pas.

Je reculai.

— Pourquoi ?

Elle répondit :

— Parce que ton grand-père est la seule personne dont nous ayons tous peur.

Evelyn regarda l'ordinateur.

— Nous devons partir.

— Pourquoi ?

— Parce qu'il ne vient pas seul.

Comme pour confirmer ses paroles, des bruits de pas résonnèrent derrière la porte.

Des dizaines.

Je regardai Evelyn.

— Combien ?

— Beaucoup trop.

Alexandre chargea son arme.

— Il faut sortir par l'autre côté.

Nous courûmes vers la sortie secondaire.

Mais avant que j'atteigne la porte, un bruit métallique retentit.

Une explosion.

La porte vola en éclats.

Je tombai au sol.

La fumée envahit la pièce.

Des silhouettes apparurent.

Des hommes armés.

Je vis Gabriel tirer.

Alexandre riposter.

Evelyn se précipiter vers l'ordinateur.

Ma mère cria :

— Clara !

Je me relevai.

Un homme entra dans la pièce.

Il ne portait aucune arme.

Costume gris.

Cheveux blancs.

Visage marqué par l'âge.

Il marchait lentement.

Calmement.

Comme si personne ne tirait autour de lui.

Puis il me regarda.

Et je compris immédiatement.

C'était lui.

Mon grand-père.

Il sourit.

— Tu as les yeux de ta grand-mère.

Je pointai mon arme.

— Restez où vous êtes.

Il s'arrêta.

— Tu peux baisser cette arme.

— Non.

— Tu ne me tireras pas dessus.

— Pourquoi ?

— Parce que tu veux des réponses.

Je serrai les dents.

— Alors donnez-les-moi.

Il sourit.

— Tu n'es pas encore prête.

— Je suis fatiguée d'entendre ça.

Il fit un pas.

— Tu crois que ta famille t'a menti pour te protéger.

— Oui.

— C'est faux.

Je fronçai les sourcils.

— Alors pourquoi ?

Il répondit :

— Ils t'ont menti parce qu'ils avaient peur que tu découvres ce que tu es réellement.

Je secouai la tête.

— Je suis leur fille.

— Non.

Silence.

— Tu es beaucoup plus que cela.

Il se tourna vers Gabriel.

— Dis-lui.

Gabriel ne bougea pas.

— Dis-lui ce qu'il s'est passé avant sa naissance.

Mon père baissa les yeux.

Je le regardai.

— Papa ?

Il inspira profondément.

— Clara...

— Dis-moi.

Il finit par murmurer :

— Tu n'es pas née naturellement.

Je cessai de respirer.

— Quoi ?

Ma mère ferma les yeux.

— Ton père et moi...

Gabriel interrompit :

— Nous avons utilisé un programme médical expérimental.

— Quel programme ?

Mon grand-père répondit à sa place.

— Le Projet Orphée.

Je regardai l'écran.

Le dossier.

Les photographies.

Les fichiers.

Tout commençait à prendre sens.

— Vous avez créé mon ADN ?

— Pas exactement.

Il s'approcha.

— Nous avons sélectionné certains traits génétiques.

— Ma mémoire ?

— Entre autres.

— Et Alexandre ?

— Le premier prototype.

Je me tournai vers mon frère.

Il semblait détruit.

— Tu étais un prototype ?

Il hocha la tête.

— Oui.

Je regardai mon grand-père.

— Et moi ?

Il sourit.

— Tu étais la version parfaite.

Je reculai.

— Je ne suis pas une expérience.

— Aujourd'hui, non.

— Mais à l'origine ?

— Oui.

Une colère immense monta en moi.

Je pointai mon arme directement sur lui.

— Vous avez décidé de ma vie avant ma naissance.

Il répondit calmement :

— Nous avons décidé que tu aurais une vie.

— Vous n'aviez pas le droit.

— Le droit n'a jamais existé dans notre monde.

Je tirai.

La balle passa à quelques centimètres de sa tête.

Tout le monde se figea.

Il ne bougea même pas.

— Tu vois ?

Il sourit.

— Tu es déjà comme nous.

Je baissai l'arme.

— Non.

— Tu as tiré.

— Pour vous faire peur.

— Tu pourrais me tuer.

— Oui.

— Mais tu ne le feras pas.

— Pourquoi ?

Il répondit :

— Parce que tu veux savoir qui a tué ton père.

Je me figeai.

— Lequel ?

Il sourit.

— Les deux.


Le silence devint insupportable.

Je regardai Gabriel.

— Vous m'avez dit qu'Alexandre était mort.

Il acquiesça.

— Oui.

— Vous m'avez dit que mon père légal était mort.

— Oui.

— Vous m'avez dit que Gabriel était mort.

— Oui.

— Vous m'avez dit que ma mère était morte.

— Oui.

Je regardai mon grand-père.

— Et maintenant vous êtes tous vivants.

Il répondit :

— Parce que la mort est parfois une identité.

Je secouai la tête.

— Je ne comprends plus rien.

Il s'approcha.

— Alors écoute-moi.

Il fit signe à ses hommes de baisser leurs armes.

— Il y a vingt ans, la Confrérie était dirigée par trois familles.

Il désigna Gabriel.

— Les Delorme.

Puis ma mère.

— Les Morel.

Puis lui-même.

— Et les Valmont.

Je regardai Evelyn.

— Les Valmont ?

Elle ne répondit pas.

Mon grand-père continua :

— Nous contrôlions une grande partie des institutions du pays.

— Politique.

— Finance.

— Défense.

— Médias.

— Diplomatie.

Il marqua une pause.

— Puis Gabriel a voulu quitter l'organisation.

Gabriel intervint :

— Parce que vous aviez commencé à tuer des innocents.

Mon grand-père sourit.

— Les innocents sont toujours une notion relative.

— Vous êtes malade.

— Peut-être.

Il se tourna vers moi.

— Mais Gabriel avait découvert quelque chose.

— Quoi ?

— Que la Confrérie avait été infiltrée par une organisation étrangère.

Je fronçai les sourcils.

— Par qui ?

Il répondit :

— Une cellule clandestine appelée Astra.

Evelyn prit soudain la parole.

— Ils existent encore.

Mon grand-père acquiesça.

— Oui.

Je regardai Evelyn.

— Vous les connaissez ?

— J'ai travaillé avec eux.

Je reculai.

— Tout le monde a travaillé avec eux !

Evelyn répondit :

— Parce qu'Astra ne travaillait pas comme la Confrérie.

— Comment ?

— Elle ne contrôlait pas les gens.

— Elle contrôlait l'information.

Mon grand-père sourit.

— Exactement.

Il regarda l'ordinateur.

— Et c'est pour cela qu'ils veulent la mémoire de Clara.

Je compris soudain.

— Ils veulent que je reconnaisse tous leurs agents.

— Oui.

— Pourquoi ?

— Pour les identifier.

— Et ensuite ?

Il ne répondit pas.

Je compris.

— Les éliminer.

Silence.


Soudain, un bruit de moteur retentit.

Evelyn regarda l'écran.

— Ils sont là.

Mon grand-père se retourna.

— Qui ?

— Astra.

Son visage changea.

Pour la première fois, je vis de la peur dans ses yeux.

— Impossible.

Evelyn répondit :

— Ils ont localisé le serveur.

Gabriel se précipita vers l'ordinateur.

— Quel serveur ?

Evelyn pointa l'écran.

— Celui-ci.

Je regardai les fichiers.

Une barre rouge clignotait.

TRANSFERT EXTERNE — 87 %

— Ils copient les archives !

Alexandre se précipita.

— Je peux couper la connexion.

— Fais-le.

Il tapa rapidement.

Le transfert ralentit.

Puis s'arrêta.

93 %.

— Trop tard.

Une alarme retentit.

Mon grand-père regarda ses hommes.

— Évacuez.

— Et Clara ? demanda l'un d'eux.

Il me regarda.

— Elle vient avec moi.

Je reculai.

— Certainement pas.

Il sourit.

— Tu n'as pas le choix.

— Si.

Je pointai mon arme.

— J'ai toujours le choix.

Une explosion secoua la station.

Des morceaux de plafond tombèrent.

Nous nous séparâmes.

Gabriel me saisit.

— Par ici !

Nous courûmes.

Alexandre suivit.

Evelyn resta derrière.

Je me retournai.

— Evelyn !

Elle cria :

— Courez !

Nous atteignîmes un ancien quai.

Un train attendait.

Les portes étaient ouvertes.

— Montez !

Nous entrâmes.

Le train démarra.

Je regardai par la fenêtre.

Mon grand-père se tenait sur le quai.

Il ne nous poursuivait pas.

Il me regardait simplement.

Puis il leva la main.

Un geste étrange.

Comme un adieu.

Ou une promesse.


Le train traversa plusieurs tunnels.

Je m'assis enfin.

Ma mère était à côté de moi.

Gabriel en face.

Alexandre debout.

Personne ne parlait.

Je sortis le dossier.

— J'ai une question.

Alexandre me regarda.

— Laquelle ?

— Pourquoi grand-père n'a-t-il pas essayé de nous tuer ?

Gabriel répondit :

— Parce qu'il n'en avait pas besoin.

— Pourquoi ?

— Parce qu'il savait que nous allions faire exactement ce qu'il voulait.

Je fronçai les sourcils.

— Quoi ?

— Nous emmener jusqu'à Astra.

Je me levai.

— C'est un piège.

Gabriel acquiesça.

— Oui.

— Alors pourquoi continuons-nous ?

Il me regarda.

— Parce que c'est peut-être notre seule chance.

Le train ralentit.

Les lumières s'éteignirent.

Une voix retentit dans les haut-parleurs.

— Clara Morel.

Je me figeai.

— Qui parle ?

La voix répondit :

— Nous savons ce que tu cherches.

Alexandre sortit son arme.

— Astra.

La voix continua :

— Nous savons également qui est la Reine Blanche.

Ma mère se raidit.

— Nous savons où se trouve ton grand-père.

Gabriel serra les poings.

Puis la voix prononça les mots qui glacèrent mon sang :

— Et nous savons qui a réellement tué ton frère.

Je regardai Alexandre.

Il pâlit.

— Quoi ?

La voix continua :

— Il n'est pas mort.

— Nous l'avons sauvé.

Je me figeai.

— Alexandre...

Mon frère ne bougeait plus.

— Ils parlent de qui ?

Une porte s'ouvrit au bout du wagon.

Un homme entra.

Je le reconnus immédiatement.

Je l'avais vu sur la photographie.

Le garçon.

Le premier sujet du Projet Orphée.

Mais il était devenu adulte.

Je regardai Alexandre.

Puis l'homme.

Même visage.

Même yeux.

Je murmurai :

— Non...

Alexandre recula.

— Ce n'est pas possible.

L'homme sourit.

— Bonjour, Alexandre.

Je regardai mon frère.

— Alors...

Il murmura :

— Ce n'est pas moi.

L'homme sourit davantage.

— Non.

Il leva lentement la main.

— Je suis son jumeau.

Le train s'arrêta brutalement.

Toutes les lumières s'éteignirent.

Et dans l'obscurité, une seule phrase résonna :

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— Bienvenue chez Astra.

À SUIVRE — CHAPITRE 10 : LE JUMEAU CACHÉ.

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